Chers tous,

Joyeux anniversaire ! Cette année, l’Initiative de Bamako a trente ans. La CoP PSS voudrait mener une profonde réflexion sur cette réforme des systèmes de santé d’Afrique sub-saharienne au regard des nouveaux modèles de financement en cours. Nous vous invitons à lire l’édito de la semaine et à participer à une série de  débats sur cette initiative. Le premier que nous avons déjà lancé porte sur la relation entre l’Initiative de Bamako et la couverture sanitaire universelle récemment adopté par les Etats.

Ensuite vous lirez quatre articles très intéressants. Le premier porte sur l’impact de l’épidémie de la maladie à virus Ebola en Guinée. Le deuxième article présente la liste mondiale des 12 bactéries prioritaires multirésistantes aux antibiotiques dont la recherche et le développement de nouveaux antibiotiques devraient s’y pencher. Le troisième article  présente la situation des hépatites virales, un problème négligé en Afrique. Enfin, le quatrième article analyse les indicateurs proposés en 2016 par l’OMS pour l’évaluation de la qualité des soins maternels et néonataux.

Bonne lecture

Basile Keugoung, MD, MPH, PhD

Facilitateur CoP PSS

Edito : Initiative de Bamako, 30 ans déjà !

Par Basile Keugoung
Lire ici

Ebola

1. BMJ Global Health – Impact en santé publique de l’épidémie d’Ebola de 2014-2015 en Afrique de l’Ouest : saisir des opportunités pour l’avenir

Titre original- Public health impact of the 2014–2015 Ebola outbreak in West Africa: seizing opportunities for the future

A Delamou et al; http://gh.bmj.com/content/2/2/e000202?cpetoc

L’épidémie d’Ebola en Afrique de l’Ouest en 2014–2015 a fait 28 610 cases et 11 308 décès. La faiblesse des systèmes de santé, les facteurs socioculturels et comportementaux, la pauvreté, l’instabilité politique, la faible coordination et la mobilité transfrontalière des populations étaient des facteurs majeurs. Des stratégies de lutte mal conçues et la faible communication avec les populations ont abouti à une suspicion d’un marché d’Ebola. Les populations avaient donc refusé de fréquenter les services de santé pour des symptômes liés à Ebola. En Sierra Leone, le nombre d’accouchements dans les formations sanitaires a baissé de 30%. Les consultations externes dans les formations sanitaires ont baissé de 11%. La mortalité a également augmenté pour le paludisme, le VIH/SIDA et la tuberculose.

Les contrôles de fièvre étaient faits aux frontières et les cas suspects d’Ebola étaient interdits de voyage. On a noté aussi la fermeture des écoles marchés, hôpitaux voire des frontières. Sur le plan économique, il y a eu réduction des activités d’agriculture et de pêche.

A côté des effets négatifs, l’épidémie initialement perçue comme simple est devenue une menace à la sécurité nationale, à la stabilité sociale et politique et à la croissance économique nécessitant alors des mesures agressives pour le contrôle. La Guinée a augmenté ses dépenses santé, a recruté 2950 agents de santé (320 médecins, 950 infirmiers, 500 sages-femmes, 1010 infirmiers assistants et 170 laborantins). Deuxièmement, les pays d’Afrique de l’Ouest ont bénéficié d’une aide substantielle des bailleurs et de renforcement du système de santé en termes de compétences du personnel, de gestion logistique et de surveillance épidémiologique, de partenariat avec les instituts de recherche pour le développement du vaccin. Par ailleurs, la Guinée fait actuellement partie des pays bénéficiaires de la Coopération technique belge pour la période 2017-2021. Troisièmement, l’épidémie a été l’occasion pour certains d’avoir un emploi national ou international.

Aujourd’hui, l’attention doit être portée sur la préparation des pays à répondre efficacement aux futures épidémies et le renforcement du système de santé. Le renforcement des capacités des populations permettra d’assurer une coopération et un changement positif de comportement. Nous devons également revoir les modalités de l’aide humanitaire. Seuls des systèmes de santé forts, et une collaboration multisectorielle aboutiront à de meilleurs résultats de santé. Les effets d’Ebola doivent être davantage documentés et les leçons apprises utilisées pour informer les politiques et les programmes.

Résistance aux antibiotiques

2. OMS: Liste mondiale prioritaire des bactéries résitantes aux antibiotiques pour guider la recherche, la découverte et le développement des nouveaux antibiotiques

Titre original : Global priority list of antibiotic-resistant bacteria to guide research, discovery, and development of new antibiotics
http://www.who.int/medicines/publications/WHO-PPL-Short_Summary_25Feb-ET_NM_WHO.pdf?ua=1 L’OMS a publié la liste des 12 bactéries les plus résistantes aux antibiotiques. Cette liste a été faite sur la base des critères suivants: les causes de mortalité, la charge morbide pour les soins et en communauté, la prévalence de la résistance, l’évolution de la résistance au cours des 10 dernières années, la transmissibilité, la possibilité en milieu hospitalier et communautaire, la possibilité de traitement.

Priorité 1: Critique#
Acinetobacter baumannii, résistant au carbapenem
Pseudomonas aeruginosa, résistant au carbapenem
Enterobacteriaceae*, résistant au carbapenem et aux céphalosporines de 3e génération

Priorité 2: Elevée
Enterococcus faecium, résistant à la vancomycine
Staphylococcus aureus, résistant  à la methicillin et à lavancomycine
Helicobacter pylori, résistant à la clarithromycine
Campylobacter, résistant aus fluoroquinolones
Salmonella spp., résistant aux fluoroquinolones
Neisseria gonorrhoeae, résistant aux cephalosporines de 3e generation et aux fluoroquinolones

Priorité 3: moyenne
Streptococcus pneumoniae, non-susceptible aux pénicillines
Haemophilus influenzae, resistant à l’ampicilline
Shigella spp., resistant aux fluoroquinolone

# Mycobacteria (y compris Mycobacterium tuberculosis) responsable de la tuberculose, n’était pas inclus dans la revue car est déjà considérée comme une priorité pour laquelle des nouveaux traitements sont urgemment requis.

  • les stratégies futures de recherche doivent se concentrer sur la découverte de nouveaux antibiotiques contre bactéries Gram – multirésistants
  • Il faudrait également des antibiotiques pour les enfants et des formes orales pour les infections communautaires dont la charge morbide est élevée telles que Neisseria gonorrhoeae, Salmonella typhi et les Enterobacteriaeceae qui produisent l’ESBL.
  • La prioritisation n’a pas couvert tous les germes, toutefois, le développement de nouvelles classes d’antibiotiques sans pour faire face aux résistances actuelles devra être renforcé
  • D’autres stratégies de lutte contre les bactéries résistantes doivent être renforcées telles que la vaccination, l’hygiène et l’assainissement, et d’autres mesures de contrôle des infections.

Hépatites virales

3. The Conversation – Comment les hépatites sont devenus une épidémie négligée en Afrique

Titre original : How hepatitis became a hidden epidemic in Africa
https://theconversation.com/how-hepatitis-became-a-hidden-epidemic-in-africa-73377
Les 5 types d’hépatites virales (A, B, C, D and E) affectent 400 millions de personnes dans le monde. Les souches B et C sont les plus mortelles. En Afrique, l’hépatite C est généralisée. En 2010 et 2014, l’OMS a produit des directives pour tester les hépatites B et C. Les hépatites virales reflètent les principaux défis des systèmes de santé d’Afrique pour la prévenir, lever les barrières d’accès aux soins
On estime à 100 millions et 19 millions de personnes affectées par l’hépatite B et C respectivement en Afrique avec des prévalences de 8-10% dans certains pays et environ 1% de cas qui ont accès au traitement. Les examens pour les hépatites B et C coutent entre 200 et 400 euros au Cameroun et 210 euros au Burkina Faso.
Après le diagnostic, seuls quelques patients se traitent. Une seule injection d’interféron coûte 230 euros en Côte d’Ivoire et au Cameroun, et le traitement nécessite au moins 46 injections. Malheureusement, peu de personnels de santé sont vaccinés ou ont des équipements nécessaires pour leur protection. La vaccination contre l’hépatite devrait commencer à la naissance et non à 5 semaines.
Le constat est que l’hépatite ne reçoit pas la même attention de la part des ONG et de la société civile comme le VIH. La réponse doit inclure l’accès à l’eau potable, l’hygiène hospitalière et la sécurité transfusionnelle. Le Comité Régional pour l’Afrique promeut une approche de santé publique qui inclut la vaccination à la naissance, l’intégration des services de dépistage et l’accès au traitement. Le dépistage, les traitements et le suivi des patients atteints d’hépatite devraient être inclus dans les projets nationaux de couverture sanitaire universelle.

Santé maternelle

4. WHO Bulletin (early online) – Développement des indicateurs pour le suivi des soins maternels et néonataux: une évaluation de la faisabilité

Titre original- Developing global indicators for quality of maternal and newborn care: a feasibility assessment
B Madaj et al; http://www.who.int/bulletin/online_first/BLT.16.179531.pdf?ua=1
Les auteurs ont évalué la faisabilité d’utilisation des 15 indicateurs (6 pour la santé maternelle, 5 pour les nouveau-nés, et 4 transversaux) de l’OMS d’évaluation de la qualité des soins maternels et néonataux au niveau des formations sanitaires dans les pays à faible et moyen revenus. Les données de routine des registres des formations sanitaires obtenues d’évaluations des 963 formations de 10 pays d’Afrique et d’Asie. L’évaluation a porté sur la disponibilité des données, la clarté de la définition de l’indicateur, la méthode de collecte des données additionnelles nécessaires.
Au total, 10 indicateurs étaient bien définis dont 4 indicateurs pouvaient être appliqués directement alors que six indicateurs nécessitent des révisions avant leur application. Pour les 5 autres indicateurs, nécessitent plus de clarification dont un seul est prêt à être utilisé et quatre nécessitent la collecte supplémentaire de données. Pour les indicateurs qui mesurent la couverture des soins ou la disponibilité des services ou de produits, il y a un besoin de renforcement de l’évaluation. Les données sur les complications obstétricales d’urgence n’étaient pas enregistrées de façon standardisées, limitant la validité de l’information.
En conclusion, certains indicateurs peuvent utilisés en routine mais d’autres nécessitent une clarification ou une collecte additionnelle de données.

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