Titre Original : Lancet (editorial) – New estimates of malaria deaths: concern and opportunity

Lien vers l’article original : http://www.lancet.com/; lien vers le résumé en anglais sur le site des auteurs.

Cette semaine, nous publions des résultats surprenants et préoccupants. Selon Christopher Murray et ses collègues de l’Institut de métrologie sanitaire et d’évaluation (Institute for Health Metrics and Evaluation, IHME) à l’Université de Washington à Seattle, il y avait 1,24 millions de décès (Intervalle de confiance à 95% 0,93-1,69 millions) dus au paludisme dans le monde en 2010 – ce qui est d’environ deux fois le chiffre de 655 000 estimés par l’OMS pour la même année. Comment est-ce qu’on doit interpréter ces trouvailles? Avant de répondre à cette question, nous avons besoin de regarder ce chiffre de mortalité globale en profondeur.

Tout d’abord, la mortalité annuelle du paludisme a atteint un sommet en 2004 à 1,82 millions de décès. Depuis lors, il y a eu une réduction de 32% des décès dus au paludisme, due principalement à des « baisses accélérées » en Afrique sub-saharienne. Deuxièmement, bien qu’il y ait également eu une diminution substantielle du nombre de décès en dehors de l’Afrique subsaharienne, les adultes représentent maintenant le fardeau majeur dans ces régions. En Asie et dans les Amériques, la proportion médiane de décès chez les plus de 15 ans était de 76% et 69% respectivement. Dans l’ensemble, les données de l’IHME montrent que les décès dus au paludisme en 2010 chez les sujets âgés de 5 ans et plus étaient beaucoup plus élevés qu’on ne le pensait – 524 000 décès par rapport à 91 000 selon les estimations de l’OMS. Troisièmement le paludisme représente beaucoup plus de décès d’enfants en Afrique sub-saharienne que précédemment estimé – 24% des décès d’enfants au total, par rapport à 16% estimé précédemment pour 2008.

La fiabilité de ces résultats fera certainement l’objet de beaucoup de débats, de même que les estimations plus élevées pour l’Inde (par des méthodes différentes), rapportées en 2010. Murray et ses collègues ont utilisé des données de registres d’état civil, des rapports d’autopsie verbale publiés et non publiés, et les estimations de l’intensité de transmission du paludisme pour construire un tableau de modèles, qui ont été évalués pour la validité prédictive par la suite.

Un aspect des résultats qui soulèvera les moindres objections est l’implication que des interventions mises-à-échelle depuis 2004 ont eu un succès phénoménal dans la réduction du nombre de décès dus au paludisme. Une grande partie de ce succès peut être attribué à l’œuvre du Fonds Mondial de lutte contre le SIDA, la Tuberculose et le Paludisme, qui célèbre son dixième anniversaire. Le Fonds Mondial contribue environ les 2/3 du financement global pour les programmes de lutte contre le paludisme, et depuis sa création en 2002, a alloué 230 million de moustiquaires imprégnées d’insecticide et un nombre similaire de doses de médicaments à base d’Artémisinine. La couverture en pulvérisation intra-domiciliaire avec des insecticides à effet rémanent se situe désormais autour de 70% pour les pays ayant la plus forte charge de la maladie. Avec la récente démission prématurée de son Directeur exécutif, Michel Kazatchkine, le Fonds Mondial est confronté à une crise sans précédent. Il est essentiel pour les donateurs de réaffirmer leurs engagement au Fonds Mondial, comme ils le faisaient l’été dernier à l’Alliance Mondiale pour la Vaccination (GAVI).

La Fondation Bill & Melinda Gates a offert un billet à ordre de 750 million US$. Cet engagement pour 2011-16 est un accord juridiquement contraignant pour le paiement futur, mais compte également comme argent en banque et peut donc être utilisé pour couvrir toutes les subventions que le Fonds Mondial a déjà signées.

Ainsi, le paludisme pourrait être une cause beaucoup plus importante de la mortalité infantile qu’on ne le pensait. Ceci a des implications importantes pour les programmes de survie de l’enfant. Par conséquent, les programmes de lutte contre le paludisme devraient aussi accorder une beaucoup plus grande attention aux adultes et revitaliser les systèmes d’information de santé. Des données de causes des décès plus fiables sont nécessaires pour s’assurer que les tendances de la mortalité du paludisme sont également fiables.

Le Comité consultatif des politiques sur le paludisme(Malaria Policy Advisory Committee, MPAC)a tenu sa première réunion cette semaine. Mais la MPACa seulement 15 membres. Des analyses techniques et de politique doivent être initiées d’urgence par l’OMS – impliquant un plus large groupe d’experts (y compris ceux de survie de l’enfant par exemple) et des représentants des pays – pour examiner ces nouvelles données et leurs implications pour les programmes de lutte contre le paludisme.

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