Edito : Conférence de Rio de Janeiro sur les déterminants sociaux de la santé

Du 19 au 21 octobre 2011 s’est tenu à Rio de Janéiro au Brésil, la Conférence de l’OMS sur les déterminants sociaux de la santé organisée par l’OMS. Au moins 118 Etats membres ont pris part à la Conférence. Le Bulletin de l’OMS du mois d’octobre est d’ailleurs consacré aux déterminants sociaux de la santé.

En 2008 déjà, le Rapport OMS sur la santé portait sur les déterminants sociaux de la santé et soulignait l’importance des interventions multisectorielles pour l’amélioration de la santé. Si aujourd’hui quelques pays sont cités en exemple (Marmot, 2011), beaucoup reste à faire dans la majorité des pays pour que les interventions visant à faire face aux déterminants sociaux de la santé deviennent des priorités. Ceci est encore plus vrai pour les pays à faible revenu. Le chômage, l’iniquité entre les hommes et les femmes pour l’accès aux soins, la faible protection des enfants, et l’insécurité font que l’accès aux soins et donc l’amélioration de la santé pour certaines populations est difficile voire impossible.

Les Conférences internationales offrent la possibilité de création d’un plaidoyer à l’échelle mondiale où les scientifiques rencontrent les décideurs politiques et les organisations internationales dont l’impact sur les politiques de santé internationales est capital. Ainsi, la conférence de Rio de Janeiro offrait un espoir. Qu’une déclaration soit adoptée par tous les détenteurs d’enjeux pour que les interventions et autres programmes de santé ne se focalisent plus uniquement sur le secteur de la santé.  La multisectorialité des programmes et interventions de santé devrait devenir un critère de qualité et de meilleures pratiques des Agences des Nations-Unies, des programmes de santé bilatéraux et multilatéraux, et des ONG internationales.

Ainsi, nous assisterons à un passage à l’échelle de la mise en œuvre des résolutions de la Commission sur les déterminants sociaux de la santé publiés par l’OMS en 2008. Cette mise en œuvre est d’ailleurs une condition sine qua none de l’amélioration durable de la santé dans le monde, et surtout dans les pays à faible revenu.

Marmot M (2011) Global action on social determinants of health. Bulletin of the World Health Organization,89. doi: 10.2471/BLT.11.094862.

N’hésitez pas à nous donner votre point de vue.

Bonne lecture

Isidore Sieleunou et Basile Keugoung

 

Global AIDS Policy

1. PlosOne – Economic Returns to Investment in AIDS Treatment in Low and Middle Income Countries

Stephen Resch, Eline Korenromp, John Stover et al.;

http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0025310
Depuis le début des années 2000, les organisations humanitaires et les gouvernements des pays en développement ont lourdement investi dans le traitement du SIDA. En 2010, plus de cinq millions de personnes ont reçu une thérapie antirétrovirale (ART). Pourtant, chaque année, 2,7 millions de personnes contractent l’infection et deux autres millions meurent sans jamais avoir reçu un traitement. Comme le besoin de traitement croît sans une augmentation proportionnelle des ressources disponibles, il est essentiel d’évaluer les gains sanitaires et économiques en cours de réalisation des investissements de plus en plus conséquents dans les ART.

Cette étude évalue les coûts totaux d’un programme de mise sous ART d’une cohorte de patients dont le traitement est cofinancé par le Fond Mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme et les compare avec certains avantages économiques attendus.

Fin 2011, 3,5 millions de patients dans les pays à revenu faible et moyen seront sous traitement antirétroviral grâce à des programmes de traitement cofinancés par le Fond Mondial. En utilisant les prix des ART en 2009 et les coûts du programme, les auteurs estiment que cet investissement réduit les besoins nécessaires pour le maintient de cette cohorte à 14,2 milliards de dollars pour la période 2011-2020. Cet investissement devrait permettre d’économiser 18,5 millions d’années de vie et le retour de 12 à 34 milliards de dollars grâce à une productivité du travail accrue, aux soins aux orphelins évités et au traitement médical différé des infections opportunistes et de fin de vie.

 

2. CGD – Priorities for AIDS Spending: Evaluating Interventions Individually Obscures the Benefits of Synergy

Mead Over;

cgdev.org- html cg

Comment dépenseriez-vous 10 milliards US$ additionnels contre le VIH/SIDA en Afrique les 5 prochaines années?

C’est la question qui a été posée au Centre du Consensus de Copenhague par la Fondation Rush et qui a donnée lieu à l’élaboration d’une liste de cinq interventions prioritaires :

–          Intensifier le financement des vaccins,

–          Introduire la circoncision médicale des jeunes garçons,

–          Prévenir la transmission mère-enfant,

–          Sécuriser les transfusions sanguines,

–          Etendre la prise en charge par ARV.

 

Dans cet article, M. Over apporte quelques remarques quant à la pertinence des interventions retenues. Ces remarques portent sur trois points principaux :

  • Les interventions identifiées ne sont pas ciblées sur les populations à risque. Or les interventions qui ciblent spécifiquement les groupes à risques sont source d’externalités positives et donc sont souvent plus efficientes,
  • La préférence accordée à la circoncision des jeunes garçons plutôt qu’à celle des adultes,
  • L’importance de mener une réflexion sur la mise en œuvre d’une combinaison d’interventions et non pas sur une seule.

Global Health Policy and Financing

3. WHO Bulletin – Global action on social determinants of health

Michael Marmot; http://www.who.int/bulletin/
Les semaines précédentes ont été marquées par plusieurs rencontres relatives aux maladies non transmissibles. La Commission sur les Déterminants Sociaux de la Santé (CDSS) de l’OMS à la suite de ses travaux à publié un rapport. Michael Marmot (Department of Epidemiology and Public Health, University College London) a régi à ces événements à travers un article publié dans le bulletin de l’OMS en se basant sur l’appel de l’OMS il y a trois ans  « Combler le fossé en une génération » en ce qui concerne les déterminants sociaux. L’auteur pose la question de savoir si cela est réalisable. S’il affirme techniquement que cela est possible, il soutient qu’il faudrait améliorer les conditions dans lesquelles les individus naissent, grandissent, vivent, travaillent et vieillissent en veillant à l’équité pour tous. Cependant, selon l’auteur, la réalisation de tels progrès nécessite de faire face  à l’inégalité de pouvoir, et à l’injustice sociale qui tue à grande échelle. Selon l’auteur, l’action fondamentale à mener est de créer des conditions pour que chaque personne puisse jouir des libertés qui mènent à une meilleure santé autrement à l’autonomisation. Il espère bien que la conférence sur les déterminants sociaux de la santé tenue à Rio de Janeiro il y’a quelques jours a été un moment de la prise en compte de tous ces aspects.

4. Huffington Post – New Trade Deal Would Benefit Big Pharma At AIDS Programs’ Expense

Zach Carter; http://www.huffingtonpost.com/2011/10/05/aids-trade-regulations-patent-law_n_994940.html?page=1
Dans une contribution parue sur un blog, Zach Carter revient sur la problématique de l’accessibilité des médicaments liés au traitement du VIH/SIDA. Selon l’auteur, d’après les documents divulgués par les pourparlers, les négociateurs américains cherchent à imposer un ensemble de lois restrictives sur la propriété intellectuelle qui pourrait aider les compagnies pharmaceutiques américaines à sécuriser à long terme des monopoles. La résultante de cet accord serait l’augmentation conséquente des prix des médicaments liés au traitement du VIH/SIDA. Si ces accords ouvrent des voies bénéfiques pour les profits des firmes pharmaceutiaues, il serait désastreux pour les programmes d’urgence tels que PEPFAR qui utilisent dans leurs programmes à travers le monde des médicaments génériques à moindre coût. Quelle sera alors l’accord final entre les partisans et les opposants à ces nouvelles négociations commerciales ?

5. AJTMH – Malaria in Africa Can Be Eliminated

Carlos C. Campbell and Richard W. Steketee;

http://www.ajtmh.org/content/85/4/584.abstract
Les efforts réalisés ces dix dernières années pour lutter contre le paludisme en Afrique ont conduit à une réduction spectaculaire de la mortalité infantile. Ce premier succès a incité la communauté internationale à s’engager dans l’éradication de la mortalité due au paludisme et finalement à toutes les transmissions. Les preuves scientifiques suggèrent que cela est un objectif réalisable en utilisant les interventions actuellement disponibles et en introduisant de nouveaux outils tels que les vaccins actuellement en développement. Au final, cet article met en avant l’idée que les décès dus au paludisme sont maintenant entièrement évitables et que les engagements politiques et financiers pour prévenir ces décès pèsent dans la balance.

Development & Aid

6. Push inequality up development agenda

Sophie de Caen, Richard Jolly, Glenys Kinnock et al.;http://www.guardian.co.uk/global-development/2011/oct/04/push-inequality-up-development-agenda
Cette lettre publiée dans le « Guardian » constitue un véritable plaidoyer visant à remettre au cœur des débats internationaux  la problématique de l’équité. En effet pour les auteurs, les inégalités qu’elles soient, culturelles, sociales, politiques, géographiques ou encore économiques contribuent à maintenir les ménages dans une situation de pauvreté chronique.

Dans ce papier,  les auteurs s’appuient sur les expériences de pays tesl que le Brésil, la Malaisie ou encore le Chili et sur les recommandations contenues dans le rapport « Inequality and Social Justice Roundtable Consultation » (http://www.ids.ac.uk/idspublication/inequality-and-social-justice-roundtable-consultation).

7. ODI – ‘Non-DAC donors’: reflections on an emerging research and public affairs agenda

Lidia Cabral; odi.org.uk-blogs
Au mois de septembre, il y eu une conférence qui s’est tenue à News York avec European Association of Development Research and Training Institutes (EADI) et  Development Studies Association (DSA) et avec la participation des pays à économie émergente tels que le Brésil, l’Inde et la Chine. Il a été question de repenser le développement dans une ère de rareté et d’incertitude en regardant les nouvelles valeurs, les nouveaux interlocuteurs et de nouvelles  alliances pour accroître la résilience en considérant ces pays comme des puissances économiques transnationales et comme sources de financement pour les pays à faible revenu. En s’appuyant sur cette nouvelle vision, Lidia Cabral à travers une contribution émet des observations.

 

Ont contribué à l’édition de cette lettre: Matthieu Antony, Morris de Kouame

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2 Responses to Newsletter Politiques Internationales de Santé #138

  1. admin says:

    Michelle Guymeia nous dit:
    Bonsoir à tous.Je pense que c’est bien que cette Conférence ait eu lieu.Il est bien d’avoir insister
    sur les pays à faible revenu

  2. admin says:

    Gaston Wamba nous dit:
    Merci a toute l’équipe pour toutes ces informations. Les interventions multisectorielles dans le domaine de la sante vont a coup sur apporter une révolution dans ce domaine. De même, nous constatons que les bénéfices des investissements faits dans l’ART sont énormes et encourageant. Il faudrait donc que les actions du gouvernement Américain qui voudrait indirectement faire augmenter les prix des ARV doivent être découragées.
    Du courage!

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