Edito: Situation d’urgence (catastrophe) et système de santé

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L’ouragan Irène a commencé samedi dernier à déferler sur la côte Est des Etats-Unis en provoquant des morts, des dégâts matériels et d’importantes perturbations dans les transports.

Qu’elles résultent de déclencheurs naturels ou humains, les situations d’urgences (catastrophes) peuvent engendrer la souffrance humaine, causer des dommages matériels et semer la destruction.

Des événements comme l’ouragan Irène de ces jours, la famine dans la corne de l’Afrique depuis quelques mois, le tsunami au Japon en mars dernier, ….etc., font ressortir l’importance de se préparer à réagir à différents types d’urgences/catastrophes.

Les situations d’urgence et les catastrophes endommagent et détruisent parfois même les hôpitaux et les autres infrastructures sanitaires, réduisent la capacité des systèmes de santé à assurer des prestations sanitaires, et retardent le développement sanitaire ainsi que la réalisation des objectifs de santé.

Même si ces évènements peuvent survenir quasiment n’importe où, ses effets ne sont par contre pas répartis de façon uniforme.

Les autorités américaines ont pris des décisions importantes pour faire face à cet ouragan qualifié de « monstre », qui a un diamètre de 840 km environ, soit l’équivalent de près d’un tiers de la longueur totale de la côte Est américaine. Et on comprend pourquoi l’ampleur d’une urgence/catastrophe n’explique pas à elle seule les dommages qu’elle cause; le contexte socioéconomique, ainsi que la capacité d’intervention y compris celle du système de santé, constituent également des facteurs importants.
À titre d’exemple, on se souvient du tremblement de terre de 1989 à Loma Prieta, en Californie, qui avait atteint 6,9 de magnitude sur l’échelle ouverte de Richter et avait tué 63 personnes, alors que le tremblement de terre de 1993 à Latur, en Inde, de 6,3 de magnitude sur la même échelle avait causé la mort de quelque 9 700 personnes : soit 150 fois plus.

Il est habituellement admis qu’une urgence devient une catastrophe quand une collectivité n’a plus les capacités voulues pour faire face à ses conséquences. Pour mitiger cette évolution vers la catastrophe, la gestion des urgences devrait être comprise comme une forme de gestion des risques, supposant l’engagement et la mise en œuvre de mesures pour prévenir des événements destructeurs ou, s’ils sont inévitables, d’atténuer leurs effets une fois qu’ils se sont produits. Nous pouvons donc voir en cela quatre piliers : la prévention, la préparation, l’intervention et la réhabilitation. Il est donc important de procéder à des évaluations des risques en temps réel et de glaner suffisamment d’information pour arriver à déceler la possibilité d’un événement ou à l’arrêter avant qu’il devienne une catastrophe.

L’un des plus grands défis auxquels doit faire face le système de santé est de conjuguer les efforts multisectoriels pour optimiser la capacité de répondre aux demandes qui lui sont faites avant, pendant et après une urgence/catastrophe. L’efficacité du système se mesure notamment par sa capacité de conserver son intégrité opérationnelle tout en minimisant les taux de morbidité et de mortalité chez les victimes.
Les moyens dont disposent les systèmes de santé pour gérer les situations d’urgence et les catastrophes majeures sont souvent insuffisants. La coordination, la communication et la logistique qui sont essentiels se révèlent fréquemment comme les maillons faibles du dispositif dans les systèmes de santé peu performants. C’est pourquoi  les responsables doivent élaborer des plans regroupant toutes les capacités et acteurs pour intervenir de façon unifiée et organisée. La préparation du système de santé pour ce genre de situation et l’effort nécessaire pour y faire face exigent une planification multisectorielle exhaustive mettant à contribution les ressources à tous les niveaux du pays. A mesure que les capacités sont dépassées, on pourra alors faire appel successivement à des paliers plus élevés – local, régional, national ou international.

Une avancée a été faite lors de la 64ème assemblée mondiale de la santé tenue en mai dernier à Genève avec la déclaration appelant au renforcement au niveau national des capacités  de gestion des urgences sanitaires et des catastrophes et de la résilience des systèmes de santé.

N’hésitez pas à nous donner votre point de vue.
Bonne lecture
Isidore Sieleunou et Keugoung Basile


 

Global Health Policy & Financing

1. Lancet (editorial) – Health in the Horn of Africa: a collective response needed

http://www.lancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(11)61273-7/fulltext
Cet éditorial du Lancet s’attarde sur la famine dans la corne de l’Afrique.
Avec la famine survenue en 1984 en Ethiopie, le monde dit “plus jamais ça”. Mais 27 ans plus tard, la famine a revisité la corne de l’Afrique. Entre le 20 juillet et le 3 août, l’ONU a déclaré la famine dans cinq régions de la Somalie. On s’attend à ce que la catastrophe se propage à l’ensemble des huit régions du pays et est susceptible de persister au moins jusqu’en décembre.
Plus d’investissements à long terme dans l’agriculture et la santé sont nécessaires aux côtés d’une réponse collective mondiale. Notamment, la Chine qui a connu l’une des plus grandes famines du 20e  siècle et qui jusqu’à présent exploite 7% de terres arables pour nourrir 20% de la population mondiale, devrait être plus qu’un leader et montrer qu’elle a un intérêt pour le bien-être des peuples d’Afrique. La survenue d’un tel désastre humanitaire ne devrait plus être acceptée.

2. Lancet – World Hepatitis Day: a new era for hepatitis control

John W. Ward et al;
http://www.lancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(11)60839-8/fulltext
Face au problème de santé publique qui touche plus d’un demi milliard de personnes dans le monde, l’Assemblé Mondiale de la Santé a retenu le 28 juillet comme Journée mondiale de l’hépatite. Chaque année, cette journée va inviter le monde à répondre à l’urgente nécessité de la prévention et du contrôle de l’hépatite virale, et d’assurer les meilleurs soins et traitements possibles aux personnes infectées.
La Journée mondiale de l’hépatite confronte l’écart dans le monde entre les promesses et la réalité de la lutte contre l’hépatite. La principale priorité est la reconnaissance que, dans le monde entier, environ 500 millions de personnes (une personne sur 12) vivent avec l’hépatite virale, dont 1 million mourront chaque année. Le contrôle de l’hépatite virale ne reçoit qu’une fraction d’attention et de ressources qui sont dédiées à d’autres grandes menaces de santé publique ayant des taux de morbi-mortalités similaires voire moindres. De ce fait, des actions immédiates sont nécessaires pour sensibiliser, établir des collaborations pour mettre en œuvre des interventions appropriées, et motiver les décideurs politiques à mieux soutenir les systèmes de prévention, les soins et le traitement des hépatites virales.
Le niveau de souffrance de l’hépatite virale est inacceptable. Le 28 juillet représente un appel à l’action dans le monde entier et peut être une opportunité pour catalyser l’engagement des responsables de santé publique, décideurs, ONG, et autres acteurs qui doivent s’unir pour affronter et combattre cette épidémie silencieuse. Cette Journée devrait célébrer les progrès accomplis pour avancer et rejeter le statu quo.

3. BMJ (news) – South Africa’s rising maternal mortality is due to health system failures, says report

Peter Moszynski;
http://www.bmj.com/content/343/bmj.d5089
Malgré ses dépenses de santé per capita les plus élevées en Afrique sub-saharienne, il est peu probable que l’Afrique du Sud atteigne ses Objectifs du millénaire pour le développement pour ce qui est de la réduction de la mortalité maternelle, affirme un nouveau rapport de Human Rights Watch.
La mortalité maternelle en Afrique du Sud a plus que quadruplé au cours de la dernière décennie, passant de 150 à 625 décès maternels pour 100000 naissances vivantes entre 1998 et 2007, affirme le rapport.
Le gouvernement a entrepris plusieurs initiatives pour améliorer la santé maternelle et génésique. Malgré les bonnes intentions, les politiques et stratégies sur le papier ne sauveront pas les vies des femmes s’il n’y a pas de systèmes solides de redevabilité pour s’assurer que ces politiques sont effectivement mises en œuvre.

4. Health Affairs – Setting Cost-Effectiveness Thresholds As A Means To Achieve Appropriate Drug Prices In Rich And Poor Countries

Patricia M. Danzon et al;
http://content.healthaffairs.org/content/30/8/1529.full.pdf+html
Trouver de meilleurs mécanismes pour permettre des prix différenciés qui reflètent différents degrés de volonté à payer entre les pays n’ayant pas des niveaux de revenus similaires est un défi important pour les fabricants de médicaments et les décideurs.
Les prix des médicaments doivent être suffisamment élevés pour répondre aux besoins des fabricants – retour sur investissement adéquat en matière de recherche et développement, ainsi que générer du profit – mais suffisamment bas pour permettre aux consommateurs d’accéder aux médicaments dont ils ont besoin. En examinant les prix, les auteurs ont constaté que dans les pays riches, la couverture par l’assurance maladie peut rendre le consommateur insensible au prix, ce qui signifie que les prix des fabricants sont largement peu contenus, à moins que le payeur n’intervienne.
Dans les pays à faible et moyen revenus, où la plupart des consommateurs paient les médicaments de leur poche, Danzon et al. ont constaté que les pays les plus pauvres font face à des prix élevés en comparaison à leur revenu moyen par habitant.
Les auteurs recommandent que les pays et les payeurs définissent leurs propres seuils de rentabilité reflétant le montant pour lequel ils sont prêts à payer pour un « gain de santé ». L’adoption de cette approche devrait conduire à des différences appropriées de prix dans les pays, au bénéfice des consommateurs et des fabricants.

5. The International Journal of Health Planning and Management – Developing country health systems and the governance of international HIV/AIDS fundingNana Poku & Jim Whitman;
http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/hpm.1101/pdf
Les initiatives des donateurs pour la prévention et l’atténuation du VIH/SIDA ne sont pas une question de simple partage du fardeau. Au lieu de cela, ces pays ont fait valoir dans leur sillage beaucoup de complexité et des effets imprévus qui ont longtemps été associées à plus d’aide extérieure au développement général. Dans le cas d’un financement orienté vers le VIH/SIDA, ces effets ne sont nullement secondaires ou facilement calculables. Il est largement reconnu qu’il n’ y a pas de cadre de consensus sur la façon dont ces impacts peuvent être définis, aucun cadre pour l’évaluation des impacts et aucunes données longitudinales significatives qui pourraient fournir la substances de ces évaluations. L’objectif de cette étude est de documenter la façon dont les relations donateur-bénéficiaire pourraient être mieux délibérées, négociées et coordonnées.
Les auteurs soutiennent que le leadership et la gouvernance efficaces du système de santé des pays en développement pour le VIH/SIDA nécessitent une reconfiguration de la façon dont les relations donateur-bénéficiaire sont conçues et contractées, et à cette fin, ils proposent une adaptation des principes de l’efficacité de l’aide de la déclaration de Paris.

NCDs & upcoming UN high-level meeting
6.   WHO Bulletin – Development at risk: addressing noncommunicable diseases at the United Nations high-level meeting
Ala Din Alwana, Gauden Galea & David Stuckler;
http://www.who.int/bulletin/volumes/89/8/11-091074/en/index.html
Les maladies non transmissibles (MNT) causent plus de la moitié des décès dans les pays à faible et moyen revenu, soit près de 29 millions par an sur les 36 millions de décès dans le monde dus aux MNT. Environ 30% de ces décès surviennent avant l’âge de 60 ans. Les décès et les invalidités dus aux MNT sont en hausse dans toutes les régions du monde, mais cette hausse est plus rapide en Afrique sub-saharienne, où les projections montrent que cette augmentation dépassera la réduction des maladies infectieuses (contribuant à une hausse du double fardeau des maladies). En Afrique sub-saharienne, le taux de mortalité dû aux MNT des femmes âgées de 15-49 ans est quatre fois plus élevé que celui des femmes vivant dans les pays à revenu élevé.
Les résultats de la réunion de haut niveau des Nations Unies va dépendre des priorités exprimées par les Etats membres. La réunion devrait tout au moins accroitre la sensibilisation des décideurs politiques des conséquences de fléau, et atteindre des niveaux plus élevés de l’engagement politique. L’implication des professionnels de santé est cruciale pour s’assurer que les pays préparent bien cette rencontre et focalisent leurs discussions sur l’intensification des mesures préventives contre les MNT et le renforcement des interventions en santé. Si les professionnels de santé offrent leadership et soutien aux initiatives mondiales et nationales pour faire face aux MNT, leur participation active jouera un rôle central dans la modification de la trajectoire de l’épidémie et préviendra des millions de décès prématurés.

7.   Lancet (letters) – Priority actions for the non-communicable disease crisisJosefien van Olmen et al. ;
http://www.lancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(11)61285-3/fulltext
Les préparatifs de la réunion de haut niveau de l’ONU sur les maladies non transmissibles (MNT) sont dominés par l’Alliance des MNT et les partenaires alliés. Olmen et al. reconnaissent l’effort de ces groupes, mais note une attention biaisée en faveur de la prévention des facteurs de risque. Lors de la discussion des multiples parties prenantes organisée par l’Alliance des MNT et Le Lancet durant l’Assemblée mondiale de santé, la défense des panélistes pour l’approche « quatre par quatre » (prévention des quatre facteurs de risques pour les quatre maladies) et leur accent répétitif sur les mesures de contrôle du tabac et de l’obésité a illustré la focalisation de ce mouvement, qui est également visible dans les autres documents de préparation. Pour les auteurs, la nécessité d’une prévention secondaire et tertiaire, et l’organisation des soins de santé n’est pas bien ciblée. Bien que les soins primaires et l’organisation des soins de santé aient été souvent mentionnés, le message sur la façon dont les MNT devraient être intégrées dans les soins de santé dans les pays à faible ressource est resté flou.

Développement & Aide
Busan approche, et le débat sur le développement et l’aide après 2015 s’intensifie également.
Sur le site de l’ODI, vous trouverez un discours récent de Jonathan Glennie sur “qui devrait prendre le devant pour diriger le débat sur l’efficacité de l’aide dans le futur ».

Une première ébauche de document des résultats du 4ème forum de haut niveau sur l’efficacité de l’aide est disponible.

Un article de AFGH donne quelques commentaires sur un récent échange des points de vue sur l’efficacité de l’aide au Comité de Développement du Parlement de l’union Européen. La propriété, la transparence et la redevabilité sont les maitres mots.

Jonathan Glennie est partout ces dernières semaines. Il a publié un working paper de l’ODI sur le rôle de l’aide aux PRI (dans la politique de développement de l’UE en évolution et en général). Il a également écrit un opinion intéressant pour le blog du Global Development du Guardian sur le fait que les experts du développement du Nord feraient mieux d’acquérir une certaine perspective historique avant d’arriver dans les pays pauvres, remplis d’idées et des outils économiques fantaisistes sur la façon de s’attaquer à la pauvreté.

Lettre éditée par Isidore Sieleunou

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