Editorial de la lettre IHP News 123 en Français. Lisez la lettre en PDF (256 Kb)

Une période de conflit ou de post-conflit est toujours caractérisée par une désorganisation du système de santé. Bangaly Doumbia a très justement décrit cette situation en Côte d’Ivoire. Plusieurs facteurs concourent à cette situation parmi lesquels nous citerons la destruction des infrastructures sanitaires, la perte des professionnels de santé, l’émergence de maladies infectieuses en particulier les épidémies (choléra), les déplacements de populations et l’insécurité… En plus, les besoins des populations sont accrus car outre les maladies courantes, s’ajoutent les traumatismes physiques et psychiques post-conflits et les épidémies.

Du fait de cette incapacité des acteurs locaux à offrir les soins aux populations et de l’augmentation des besoins, les organisations non gouvernementales (ONG) internationales viennent en aide à l’Etat pour offrir les soins d’urgence aux populations. Leur arrivée est salutaire pour l’approvisionnement en médicaments, équipements et consommables médicaux, l’expertise de leur personnel et le financement des activités.

L’arrivée des ONG s’accompagne d’un recrutement local de professionnels de santé qui désertent leurs précédents postes, en général dans le secteur public.  En effet, la rémunération offerte par les ONG internationales est largement supérieure au salaire très faible octroyé dans le secteur public. Au même moment, la conscience professionnelle de ces professionnels de santé change. L’obligation de résultats est le leitmotiv. La gestion du personnel par l’ONG est rigoureuse. La ponctualité et l’assiduité de ce personnel jadis absentéiste sont maintenant exceptionnelles. La barrière financière qui limitait l’accès des patients aux soins est enlevée. Les évaluations sont régulières et des actions correctrices sont proposées pour améliorer les résultats. Tels sont quelques facteurs essentiels qui expliquent l’amélioration de la performance des ONG internationales même dans les pays en conflit.

Tout le système de santé devrait donc s’inspirer de cette vision orientée vers la performance. Pour cela, les objectifs de chaque intervenant doivent être clairement définis. L’amélioration des conditions de travail (rémunération, cadre de travail) et des procédures de gestion du personnel est essentielle pour permettre à chaque acteur d’atteindre les objectifs fixés, ou au contraire d’être sanctionné.

Tant que ces conditions ne sont pas réunies dans le secteur public, les ONG internationales causent une fuite interne de cerveaux à partir du secteur public. Ceci accroit le déficit en ressources humaines et aggrave la désorganisation du système de santé.

 

Basile Keugoung, Bangaly Doumbia, Isidore Sieleunou

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