Les patients souffrant de maladies chroniques non transmissibles dans les pays à faible revenu sont entre le marteau et l’enclume

Les services de santé dans le pays à faible revenu se sont concentrés au cours des cinq dernières décennies sur les maladies infectieuses responsables de la forte morbidité et mortalité. Parmi ces affections, le paludisme, les infections respiratoires, les maladies diarrhéiques et plus récemment le VIH/SIDA ont occupé une place prépondérante.

En dehors des salaires du personnel, ces affections consomment l’essentiel du budget alloué à la santé. Malheureusement, les stratégies utilisées n’ont pas toujours permis d’endiguer ces maladies endémiques. Pour plusieurs pays, le paludisme reste la première cause de morbidité et de mortalité, et l’épidémie de VIH touche plus de 20% de la population.

Si pour certaines de ces affections, le diagnostic et le traitement sont simples, tel n’est pas le cas pour les maladies chroniques non infectieuses. En effet, leurs prévalences ne cessent de croître en raison de l’émergence d’une classe moyenne qui adopte des habitudes de vie à risque et de l’insuffisance des mesures préventives, des moyens diagnostiques et thérapeutiques. Les taux de décès dus à ces maladies sont plus élevés dans les pays pauvres (Beaglehole et al 2011). Même si des plans de lutte contre les cancers, l’hypertension artérielle ou le diabète existent dans les pays, leur mise en œuvre est problématique à cause de l’insuffisance des moyens alloués. Les médicaments sont chers et l’approche utilisée est hospitalocentrée comme le souligne notre collègue Bermejo ci-dessous. Les patients appartenant justement à la classe moyenne ne peuvent supporter les coûts sans s’appauvrir.

Le diagnostic de telles maladies chroniques est le début d’un calvaire qui se caractérise par des dépenses catastrophiques qui prive la famille de ressources pour faire face aux maladies infectieuses, et aboutit aux décès prématurés. Le Sommet de l’ONU sur les maladies non transmissibles se tiendra en septembre 2011 à New York. Les pays à faible revenu devraient élaborer une position consensuelle qui va au-delà des discours individuels que feront les chefs d’Etat. Ce serait l’occasion de prendre des mesures concrètes et efficaces. Le plus important serait d’éviter de mettre tout le poids des activités sur le système de santé déjà très faible. Bermejo (2011) plaide pour que la stratégie mette le patient au centre des interventions et non les professionnels de santé. Il serait bon de développer des interventions multisectorielles dont chaque secteur aura une responsabilité dans la construction du puzzle.

La lutte contre les maladies chroniques pourrait représenter le fer de lance du développement qui ne soit pas basé sur la croissance consumériste qui est en train de ruiner la santé des pays riches et de la terre mais plutôt sur l’adoption des modes de vies plus sains et plus simples. L’objectif pouvant être d’augmenter le bonheur national brut comme le préconise Jigme Singye Wangchuck, roi du Bhoutan et non le produit intérieur brut comme le préconise les économistes.

 

 

Basile Keugoung, Isidore Sieleunou & David Hercot


2011 UN high-level meeting on AIDS

1. KFF – Ban Calls For Global Unity To End AIDS By 2020 At U.N. Meeting Opening

http://globalhealth.kff.org/Daily-Reports/2011/June/09/GH-060911-UN-Meeting-Opens.aspx

Les grands médias ont accordé un peu d’attention à la commémoration des 30 ans du VIH/SIDA, et le sommet de haut niveau tenu à New York une semaine après a obtenu également une assez bonne attention.

Les journaux académiques semblent se concentrer un peu plus sur la nouvelle « décennie des vaccins ». Le sommet de haut niveau a finalement inclus des cibles réelles de couverture par ARV pour 2015. Ban Ki Moon, qui a annoncé qu’il cherche un second mandat à la tête de l’ONU, est certainement satisfait de cette conclusion qui aurait été longuement débattue dans les coulisses. Lors de la réunion de l’International Aids Society, il avait exhorté les dirigeants du monde à intégrer un quatrième pilier (la recherche sur le traitement du VIH) dans la réponse mondiale à l’épidémie. Evidemment, beaucoup d’autre chose se sont passées durant ce sommet.

 

Dans les semaines qui ont précédé la rencontre de haut niveau, un nouveau rapport de l’ONUSIDA a été publié, qui souligne que 6,6 millions de patients dans les pays pauvres ont eu accès aux traitements antirétroviraux en 2010.

 

Le CFR et Science Speaks ont quelques bonnes publications sur l’histoire du SIDA après 30 ans. Il y’a également un entretien avec Laurie Garrett.

Decade of Vaccines & GAVI  fundraising

Beaucoup d’attention pour les vaccins cette semaine, à la fois dans le Lancet et dans Health Affairs – évidemment avec une vue sur le cycle futur du financement de GAVI. Pour reprendre les paroles du Lancet : « En décembre 2010, les dirigeants de la santé mondiale s’engagent à rendre les 10 prochaines années celle de la Décennie des Vaccins – pour assurer la découverte, le développement, et la distribution des vaccins dans le monde, en particulier aux pays les plus pauvres. La série du Lancet ‘New decade of vaccines’ regarde tous les aspects de cette technologie médicale, y compris les développements attendus au cours de la décennie à venir et ce que nous pouvons attendre de l’interprétation des récentes données scientifiques sur le vaccin. La série examine également l’amélioration la couverture vaccinale et le financement des vaccins nouveaux et existants, en lien avec notre façon de communiquer sur les vaccins et d’assurer la confiance de la population».

Systèmes de santé et rôle de l’état en cas de guerre

1. Ivoire Sante Publique – A PROPOS DE L’ORGANISATION DE L’OFFRE DE SOINS A ABOBO PENDANT LA GUERRE

Bangaly Doumbia ; http://doumci.blogspot.com/2011/07/propos-de-lorganisation-de-loffre-de.html

Ce n’est pas chaque semaine qu’un « emerging voice » francophone publie un essai. Nous vous proposons cet article publié sur un blog Ivoirien qui discute du rôle du personnel soignant et de l’état pendant la période d’instabilité qu’a connu la Côte d’Ivoire récemment. A lire !

Global health policy & financing

2. Lancet (letter) – Non-communicable diseases in southeast Asia

Raoul Bermejo; http://www.lancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(11)60863-5/fulltext

En réponse à Antonio Dans et al. (19 février, p680) qui décrivent les caractéristiques d’une réponse globale à la hausse des maladies chroniques non transmissibles en Asie du Sud, et qui soulignent la nécessité de renforcer les soins de santé primaires comme le moyen de garantir des soins aux millions de personnes touchées par les maladies chroniques, notre collègue Bermejo soutient que « placer les personnes vivant avec les maladies chroniques au centre de leur prise en charge doit être considéré ».

Pour lui, les plates-formes traditionnelles de prestation des services qui mettent les équipes de santé au cœur de la gestion de la pathologie pourraient ne pas être réalisables étant donné la nature des affections chroniques et celle des ressources limitées.

Selon Bermejo l’organisation des soins à vie pour les affections chroniques doit s’orienter vers une plus grande autonomie de gestion, selon laquelle les patients doivent acquérir une plus grande maitrise de leur maladie. Le rôle des patients experts, et des groupes de soutien par les pairs et la communauté devant être exploité d’avantage. Les opportunités offertes par la propagation des téléphones mobiles et des appareils intelligents pourraient également aider les patients à gérer leurs propres conditions et à remodeler la façon dont ils interagissent avec les prestataires de soins.

Selon l’auteur, nous avons besoin de repenser radicalement notre concept de soins de santé pour enrayer l’augmentation des maladies non transmissibles.

3. World Bank report (press release ) – IFC-World Bank Report Calls for Government and Private Sector Partnership to Expand Africa’s Health Services

http://go.worldbank.org/RCF0GXO2C0

Nous avons sélectionné cet article dans notre lettre 121 et cela a suscité un débat sur notre blog que nous vous invitons à consulter. Comme le souligne Wim, ce document nous semble important car il risque d’être utilisé et que les personnes travaillant dans notre domaine devraient le connaitre. Ceci ne veut pas dire que nous aimons ou soutenons ses conclusions. Il nous semble important de sélectionner plusieurs perspectives sur le développement des systèmes de santé dans les pays en développement dans notre lettre d’information même si nous n’y adhérons pas.

Ceci dit, le rapport nous parait assez faible et peu pratique. Le fait que le secteur privé lucratif est en pleine croissance en Afrique sub-saharienne n’est pas une découverte. Comment les experts de santé publique doivent gérer ce fait est nettement moins clair et ce rapport n’apporte pas vraiment de réponse. La cartographie présentée nous parait bizarrement montée mais les commentaires distillés tout au long sont assez intéressant et francs. Les fiches pays sont peu parlantes. Les conclusions semblent déconnectées des données présentées. Enfin les données présentées ont été copiées d’autres sources de données existantes tel le rapport mondial de la santé.

 

Vous pouvez lire le rapport en ligne sur Issuu, ou télécharger la version PDF ici. ( ! 26 MB)

Ajoutez vos commentaires en ligne sur notre blog ou par email et nous les publierons pour vous.

4. IPS – Rich Nations Wage Assault on Generic AIDS Drugs

http://ipsnews.net/news.asp?idnews=55969

IPS examine ce qui se passe dans les pays développés en matière de resserrement des lois sur la propriété intellectuelle qui menace de limiter la production et la distribution des médicaments génériques. L’article examine comment les négociations sur les conclusions du document de la réunion de haut de niveau sur le SIDA, ainsi que les accords commerciaux bilatéraux entre pays développés et pays en voie de développement, en cours pourraient affecter les accords des aspects liés aux commerces des droits de propriétés intellectuelles.

5. Lancet – World Report on Disability

http://www.lancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(11)60844-1/fulltext

Cet éditorial du Lancet commente sur le rapport mondial sur le handicap. Publié le 9 juin dernier, la lecture de ce  rapport convaincra  tout citoyen et devrait être obligatoire pour les professionnels de santé.

Produit par l’OMS et la Banque mondiale, le rapport est le premier en son genre qui essaye de rassembler les meilleures preuves sur le handicap. Les sujets présentés ne sont pas exhaustifs, mais illustrent les barrières qui peuvent empêcher les gens de réaliser leur plein potentiel, et fournir aussi des exemples qui favorisent l’inclusion. L’objectif est de favoriser la mise en œuvre de la convention de l’ONU de 2006 sur les droits des personnes handicapées, qui a établi le handicap comme une question de droits humains.

Le handicap est partagé inégalement. 80% des personnes handicapées vivent dans les pays en développement. Les femmes handicapées sont plus désavantagées que les hommes, et ceux économiquement moins prospères ont de moins bon résultats que ceux ayant un revenu élevé. Le rapport insiste sur l’environnement physique, social et comportemental. L’école et le lieu de travail sont d’autres environnements potentiellement invalidant.

Ce rapport rappelle aux professionnels de santé que les personnes handicapées ont droit à la plus haute norme de santé sans discrimination.

Le rapport fait des recommandations stratégiques et thérapeutiques pour les praticiens à tous les niveaux. Toutefois, les progrès ne seront possibles qu’avec des stratégies propres à chaque pays, découlant de la recherche. Malheureusement, les données sont pour l’instant fragmentées et de faible qualité. Un cadre d’analyse commun pour le handicap est nécessaire, tout comme le développement d’ indicateurs fiables et d’ instruments valides.

6. IRIN – Malawi’s Health Care System Feeling Effects Of DFID Aid Withdrawal

http://globalhealth.kff.org/Daily-Reports/2011/June/06/GH-060611-Malawi-DFID.aspx

Suite à la decision de la Grande Bretagne de recentrer son aide dans moins de pays, IRIN rapporte que le système de santé du Malawi fait « face à un important revers  après l’ultime déboursement de l’aide réalisé par le Département Britannique pour le Développement International (DFID) en mars dernier. Jusqu’à cette décision, DFID fournissait environ 122 millions de dollar au Malawi par an et étaitt le premier donateur du pays.

Dans un contexte ou l’aide étrangère couvre environ 90% du coût des médicaments distribués par le secteur publique au Malawi, les ruptures de stock des médicaments sont devenues de plus en plus fréquentes avec pour conséquence la frustration aussi bien des malades que du personnel de santé, souligne IRIN.

 

Dans un article apparenté, Andrew Mitchell a défendu une hausse des dépenses britanniques de l’aide comme un devoir moral. Cette déclaration est examinée sur le blog de Aidthoughts.

 

Enfin, ONE a publié son rapport 2011 cette semaine, sur les engagements du G7 sur les 5 dernières années. Julia Nagel commente sur ce sujet ici.

7.      The PAMJ – Sources of drug information and their influence on the prescribing behaviour of doctors in a teaching hospital in Ibadan, Nigeria.

Kazeem Adeola Oshikoya, Ibrahim Oreagba, Olayinka Adeyemi ;

http://www.panafrican-med-journal.com/content/article/9/13/full/

La promotion des médicaments par des agents commerciaux est un moyen utilisé par les sociétés pharmaceutiques pour informer les professionnels de santé sur les nouvelles molécules. Dans un contexte peu régulé, l’approche est souvent immorale et inacceptable, et peut favoriser des prescriptions irrationnelles. Le manque d’information de l’impact de la promotion des médicaments pharmaceutiques sur le comportement des médecins dans les pays africains a motivé cette étude de Oshikoya et al. qui a concerné au total 163 médecins de l’University College Hospital d’Ibadan au Nigéria.

Les auteurs ont trouvé que les prescripteurs ont tendance à s’appuyer sur un large éventail de ressources d’information de médicament, même ceux potentiellement inappropriés tels que les agents commerciaux des compagnies pharmaceutiques. Pour Oshikoya et al., des mesures doivent être prises pour minimiser les interactions entre les commerciaux des compagnies pharmaceutiques et les médecins.

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