Chers Collègues,

L’Alliance Africaine de Santé Publique s’est réjouie de la promesse réitérée par les Chefs d’Etat africains d’allouer 15% de leur budget à la santé lors du dernier sommet de l’Union Africaine (UA). Comme nous l’avons souligné la semaine passée, cette nouvelle est évidemment bonne. Mais, elle est aussi caractérisée par l’absence de deadline, de mesures de contrôle et d’outils de suivi. Car aujourd’hui, l’on peut se poser la question de la valeur et des moyens réels dont l’UA dispose pour exercer une quelconque pression ou obligation sur les Etats. L’un des leviers de la gouvernance est financier. Les états africains s’adressent directement à leurs bailleurs, aux agences internationales et aux fondations pour solliciter l’aide. Et la Banque Africaine de Développement, n’est pas une banque centrale des états africains et donc n’influe pas sur les flux financiers qui vont dans les états.
S’il ne faut être pessimiste sur le respect de cet engagement par les Chefs d’Etat africains, il ne faudrait pas aussi être trop optimiste. Pour que les Chefs d’Etat africains n’oublient pas leurs engagements, les sociétés civiles dans tous les pays, et d’autres organisations doivent poursuivre le travail dans les pays pour mobiliser l’opinion et les gouvernements vers la réalisation de ces objectifs. La santé pour tous dépend grandement du financement mis à disposition. Surtout pour ceux –les pauvres- qui ne peuvent bénéficier des évacuations sanitaires dans les hôpitaux équipés d’Europe.

Bonne lecture

Basile Keugoung, Isidore Sieleunou, David Hercot, Kristof Decoster, Josefien Van Olmen, Wim Van Damme


1. Summit Review: 15% Campaign Welcomes Restatement of Financing Commitment-Identifies 6 Key Policy & Budget Priorities

15%plus campaign; http://internationalhealthpolicies.blogspot.com/2010/08/15-plus-campaign.html

 

L’Alliance Africaine de Santé Publique et la campagne 15%-plus a fait bon accueil des décisions prises par les chefs d’Etat au récent sommet de l’Union Africaine de juillet 2010, notamment les décisions sur les diverses politiques sanitaires, et le réengagement de la déclaration d’Abuja pour assigner au moins 15% du budget à la santé. Elle a publié une déclaration résumant les principaux engagements pris lors du sommet et propose également six domaines clés sur lesquels l’accent doit être mis au niveau du pays quand viendra le moment de mettre ces engagements en application. Ces six domaines comprennent: les déterminants sociaux; l’investissement en santé par habitant; les politiques intégrées de ressource humaine pour la santé; l’équité de genre; la disponibilité des médicaments; l’équité géographique.

2.     Global Health Europe – Discussion on the future financing of the WHO

Global Health Europe; http://bit.ly/aubfxZ

 

Au cours de la 127ème réunion du Conseil Exécutif de janvier 2011, l’Organisation Mondiale de la Santé présentera un rapport sur le Financement Futur pour l’OMS. Dans la consultation lancée par M. Chan, 18 questions stratégiques sont groupées sous huit thèmes principaux : activités de base de l’OMS; santé et développement; partenariats; appui pays de l’OMS; collaboration technique; implications pour la gouvernance de l’OMS; développement des priorités et communication; et enfin, implications pour le financement. La discussion autour de ces thèmes couvre donc des questions critiques telles que le rôle de l’OMS et la nature de ses activités de base dans un environnement de santé globale en cours d’évolution, les approches à la coopération technique, les mécanismes et/ou les critères pour définir des priorités, une plus grande prévisibilité et une flexibilité du financement, aussi bien qu’un plus grand alignement des donneurs en accord avec les priorités convenues.

Le group de réflexion « Globale Health Europe » donne ainsi quelques aperçus de ce débat et souhaite prolonger la discussion aux parties prenantes au delà des Etats membres de l’OMS.

3.     Owen – INNOVATION AND PRIZES

Owen Barder; http://www.owen.org/blog/3580

Owen Barder commente l’article paru dans  ‘the Economist’ sur l’utilisation des incitants pour promouvoir l’innovation. Il pense que les arguments économiques étaient trop mis en avant et n’a pas expliqué pourquoi les arrangements institutionnels actuels ne permettent pas de créer des perspectives pour l’innovation dans les pays à faible revenu. Par exemple, le brevet permet à celui qui découvre un nouveau produit d’avoir le monopole de la production et donc de fixer le prix au-delà du coût marginal. Malheureusement, avec le brevet, le prix du nouveau produit est élévé et les pauvres sont incapables de s’en procurer. En plus, la recherche est beaucoup plus orientée vers les domaines où il y aura plus de consommateurs suffisamment riches pour payer le prix pendant la période du monopole.  Les lois du marché ne peuvent pas aussi s’appliquer aux pays pauvres. Car il est clair que les populations dans ces pays ne peuvent payer le vaccin contre le paludisme pendant la période du mono
pole et donc cela réduit l’intérêt des chercheurs pour développer de tels produits.

4.     Globalhealthpolicy.net – Mutual accountability – an idea on the brink

Andrew Harmer; http://www.globalhealthpolicy.net/?p=166#more-166

 

Harmer explore l’idée de la responsabilité mutuelle et constate une tendance inquiétante qui émerge.

Il prend un des exemples de mécanisme de responsabilité mutuelle le plus généralement cité durant les récentes années qu’est le « compact » de l’International Health Partnership (IHP+) et note malheureusement que certains donateurs et récipiendaires sont moins disposés ou moins capables que d’autres à s’engager dans un processus de responsabilité mutuelle comme le montre le fait que très peu d’entre eux rendent publiquement compte de leur performance dans l’exécution de leurs engagements envers IHP+ au niveau national ou global.

Il espère en tout cas qu’il ne s’agit que d’une question de capacité, car si ce n’est le cas, – et nous voyons les premiers signes de rétraction – , une grande opportunité d’introduire l’équité dans l’aide est sur le point d’être perdue.

5.     Plos Neglected Tropical diseases – Interactions between Global Health Initiatives and Country Health Systems: The Case of a Neglected Tropical Diseases Control Program in Mali

Anna Cavalli et al. ; http://www.plosntds.org/article/info:doi/10.1371/journal.pntd.0000798

Anna Cavalli et al. ont publié un article sur les interactions entre le Initiatives Globales de Santé et les systèmes de santé en prenant le cas des maladies tropicales négligées (MTN) au Mali. L’observation et les interviews ont été utilisées pour collecter les données au niveau national, régional et district. L’étude présente les effets positifs et négatifs des campagnes sur les 6 composantes du système de santé (offre de soins, personnels, système d’information sanitaire, approvisionnement en médicaments, financement, gouvernance).

Les synergies positives entre les interventions spécifiques des maladies et les services de routine surviennent essentiellement dans des services et systèmes de santé forts. Dans des systèmes de santé faibles, ces interventions réduisent la réactivité aux besoins des populations. Le renforcement des systèmes de santé ne peut être la somme des interventions sélectives mais nécessite une approche globale.

6.     Effect of development assistance on domestic health expenditures

 

Comme on pouvait s’y attendre, l’article de Lu et al. provoque beaucoup de débat.

Voici quelques exemples:

 

Brook Baker pense qu’en n’attribuant la « sub-additionalité » qu’à l’aide, les trouvailles de Lu et al. sont très déterministes, car ils minimisent le facteur explicatif le plus plausible à savoir le fondamentalisme macro-économique du Fonds Monétaire International. Les politiques d’ajustement structurel du FMI ont mené à la destruction des systèmes de santé des pays en voie de développement tout au long des années 80 et 90, et les analyses de Lu auraient dues les prendre en compte.

 

Emily de Riel et al. relèvent que Lu et al. omettent plusieurs points cruciaux dans leur discussion tel que l’insuffisance de coordination entre le gouvernement et les ONGs.

 

L’ONG Save the Children (Royaume-Uni) craint pour sa part que l’interprétation des trouvailles de Lu et al. n’affaiblisse l’élan pris par l’agenda du renforcement du système de santé, et enlève la pression sur les bailleurs de mettre en application les principes convenus de l’harmonisation et du soutien pour l’appropriation des plans nationaux.

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