Edito : Statistiques sanitaires 2011 en Afrique sub-saharienne : des améliorations, mais de nombreux défis à relever

L’OMS a publié les statistiques sanitaires 2011 pour la Région Afro qui compte 46 pays. En 2008, la Région Afro de l’OMS comptait près de 805 million d’habitants, le taux de mortalité des adultes de 15-60 ans était de 392 décès pour 1000 habitants (contre 180 dans le monde), l’espérance de vie était de 53 ans (contre 68 ans dans le monde), et 137 $ (PPA) étaient dépensés pour la santé par habitant (contre 863 $ PPA globalement dans le monde).

En 2004, les maladies infectieuses représentaient la principale cause de la charge morbide (71%)  dont les 5 premières était le VIH/SIDA, les maladies respiratoires basses, les maladies diarrhéiques, le paludisme et les affections néonatales. La moitié des décès chez les enfants de moins de 5 ans était due aux diarrhées (18%), à la pneumonie (17%) et au paludisme (16%).

Par rapport aux Objectifs du Millénaire pour le développement, on note une amélioration des indicateurs mais la faible tendance ne permettra pas d’atteindre ces objectifs en 2015. La prévalence de la tuberculose reste très élevée, soit 480 cas pour 100 000 habitants et est en augmentation. La prévalence globale du VIH chez les adultes de 15-49 ans est de 4,9%, alors que dans les autres régions, elle est inférieure ou égale à 0,5%.

Les financements publics restent bas et environ 9% du budget gouvernemental est alloué à la santé. Il convient de souligner qu’en 2001, l’objectif adopté à Abuja par les chefs d’Etat était d’augmenter cette proportion à 15% au moins et seuls quelques Etats ont pu le respecter.  L’essentiel du financement de la santé dans cette Région est privé et surtout provient des patients (paiements directs). Or il s’agit d’un mode de financement très inéquitable qui exclue les pauvres de l’accès aux soins et est source de dépenses catastrophiques qui entraînent le patient dans le cycle maladie-pauvreté-maladie. La charge morbide dominée par les maladies infectieuses concerne principalement cette classe sociale.

Améliorer les indicateurs nécessite une réforme du système de financement basé sur recouvrement des coûts (Initiative de Bamako) institué en 1987 sous l’impulsion de la Banque Mondiale et de l’Unicef en un système de partage de risque. De nombreuses initiatives de gratuité ciblée, de financement basé sur la performance, de mutuelles de santé et d’assurance maladie sont mise en œuvre dans les pays. Mais leur fragmentation augmente les coûts opérationnels et de transaction et ne permet pas d’assurer une couverture suffisante des pauvres. Le soutien des bailleurs est donc crucial pour créer une synergie entre toutes ces initiatives et développer un modèle de financement plus équitable. Les modèles rwandais et ghanéen montrent qu’il est possible de créer et de mettre en œuvre des innovations plus équitables dans le système de financement dans les pays de la Région OMS Afro, et offrir l’accès universel aux soins essentiels.

Basile Keugoung et Isidore Sieleunou


Lancet Mental Health Series

1.  Lancet (Comment) – A renewed agenda for global mental health

Vikram Patel et al.; http://www.lancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(11)61385-8/fulltext
Il y a quatre ans, Le Lancet publiait une série d’articles soulignant la crise sanitaire mondiale en raison d’un écart de traitement étonnamment grand : dans certains pays jusqu’à neuf personnes sur dix souffrant d’un problème de santé mentale ne recevaient pas les soins de base appropriés. La série a montré que cet écart n’était pas attribuable à l’insuffisance des preuves sur les effets des problèmes de santé mentale ou leur traitement efficace, mais à toute une gamme de barrières opérant à tous les niveaux du système de santé.

La série s’est terminée par un appel à l’action pour étendre les services aux personnes ayant des problèmes, surtout dans les pays à revenu faible et intermédiaire où les écarts sont les plus grands et ou quelques uns des abus les plus graves aux droits de l’homme sont perpétrés. Quatre ans après, cet article fait le point sur les progrès réalisés.

Global Health and climate change

2.  BMJ (editorial) – Assessing the health benefits of tackling climate change

Anita Charlesworth et al.; http://www.bmj.com/content/343/bmj.d6520.extract?etoc
Les systèmes de santé dans le monde entier ne manquent pas de grands défis à relever, tels que la gestion de la demande et des coûts, l’amélioration de l’accès, la qualité et la transparence, l’intégration des nouvelles technologies et la participation des patients et du public.

Les défis les plus récents à ajouter à cette liste comprennent la croissance de la population, la concurrence pour les ressources d’énergies limitées, la nourriture et l’eau et les changements climatiques de plus en plus graves. Si rien n’est fait pour gérer ces problèmes au niveau mondial, des preuves irréfutables  montrent que cela pourrait entraîner un effondrement économique et social, des mouvements migratoires important et des conflits. L’émergence et le caractère urgent  de ces problèmes pourraient fournir une occasion pour les professionnels de la santé et les systèmes de santé de relever les défis plus traditionnels auxquels ils font face.

Rio conference on social determinants

3.  Lancet – Building of the global movement for health equity: from Santiago to Rio and beyond

Michael Marmot et al.; http://www.thelancet.com/
Les inégalités de santé sont présentes partout dans le monde, à la fois au sein et entre les pays. La Commission sur les Déterminants Sociaux de la Santé (CDSS) a attiré l’attention sur le caractère dramatique des gradients sociaux de santé dans la plupart des pays et a fait des propositions d’actions. Ces inégalités ne sont pas inévitables.

Le but de cet article est de rapporter les activités mises en place dans le monde après le rapport de la CDSS.  Tout d’abord, ce papier a examiné la situation mondiale. Deuxièmement, il a repris les principaux résultats d’un rapport intermédiaire sur les déterminants sociaux commandé par l’Union Européenne et l’OMS.

La conférence mondiale sur les Déterminants Sociaux de la Santé qui s’est tenue à Rio de Janeiro, au Brésil en Octobre 2011 constituait pour l’auteur l’occasion de répondre à l’appel lancé par la CDSS en faveur de la justice sociale  comme voie vers une répartition équitable dans le domaine de la santé.

Health Policy and Financing

 4.    Plos – Educating a New Generation of Doctors to Improve the Health of Populations in Low- and Middle-Income Countries

Francesca Celletti et al.; http://www.plosmedicine.org/
La nécessité d’augmenter le nombre de médecins dans les pays à faible et moyen revenu a été reconnue comme un enjeu crucial. Alors que l’Afrique subsaharienne supporte 24% de la charge mondiale de morbidité, elle ne dispose seulement que de 3% des agents de santé. Bien qu’une augmentation du nombre de cadres et de prestataires de santé – notamment  les infirmières, les sages-femmes, les prestataires de niveau intermédiaire, et communautaire  –  sera essentielle pour atténuer la crise actuelle des ressources humaines, cet article souligne plus spécifiquement la nécessité d’une transformation dans la formation des médecins.

Global Fund

5.  Global Fund – Sweden announces increased three-year pledge to the GF

http://www.theglobalfund.org/
Malgré les turbulences qui secouent le Fonds mondial de la lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme suite à des malversations enregistrées dans certains pays bénéficiaires, certains bailleurs continuent d’apporter un soutien sans faille à la cause mondiale.  Ainsi,  la Suède va débourser un montant de 300 millions $ pour la période 2011-2013 tout en indiquant clairement que le Fonds mondial a besoin de passer d’un mécanisme d’intervention d’urgence à celui de  ressources durables pour la santé. Cependant, la Suède ne perd pas de vue la grande question de la corruption qui mine le Fonds. Pour le ministre suédois de la coopération internationale au développement, Gunilla Carlsson, il apparait également nécessaire de renforcer les mécanismes de contrôle de la gestion des ressources pour une utilisation plus efficace.

Emerging voices

6.  Economic and Political Weekly – Public-Private Partnerships and Health Policies

NS Prashanth; http://epw.in/16650.pdf
N S Prashanth a publié un article dans le quel il met en évidence l’apport du partenariat public-privé dans le choix des politiques de santé.  Pour l’auteur, les recherches mettant en exergue les apports de partenariat public-privé ne sont pas légion surtout en Inde et cela ne permet pas de cerner combien de fois le partenariat public-privé dans le domaine de la santé est à encourager au regard des résultats obtenus. Cependant, l’insuffisance de recherches rigoureuses dans ce sens ne permet pas aux décideurs d’asseoir une véritable politique de partenariat avec le secteur privé. L’auteur se réjouit donc que l’OMS accorde une place de choix à la recherche en santé en déclarant « Pas de santé sans la recherche ». Et les appels pour élaborer des politiques fondées sur des preuves sont devenus une exigence aujourd’hui pour apporter des réponses utiles en ce qui concerne les politiques de santé.

AIDS

7.  Le Phare. RDC Elections 2011 : Les PVV interpellant les présidentiables

Les personnes vivant avec le VIH/SIDA (PVV) ainsi que les acteurs de la lutte contre cette maladie en RD Congo sont montés au créneau pour faire entendre leur voix face au principal enjeu politique de cette année : l’élection présidentielle. (l’article en PDF)

Development & Aid

8.  ODI – EU budget support: both a ‘name changer’ and a ‘game changer’

Heidi Tavakoli; http://blogs.odi.org.uk/blogs/main/archive/2011/10/19/budget_support_european_commission_new_approach_heidi_tavakoli.aspx
Sur la base d’un long processus,  la Commission européenne a exposé  tout récemment sa nouvelle vison relative à l’appui budgétaire accordé aux pays du tiers monde.  Deux  changements importants sont à noter.  Pour le premier l’appui budgétaire sera désormais un instrument politique dont l’objectif est de renforcer le partenariat contractuel entre l’Union Européenne et les pays partenaires afin de construire et consolider la démocratie, de poursuivre une croissance économique durable et éradiquer la pauvreté.

Le second élément important est relatif à de nouvelles appellations afin de mieux refléter les objectifs de l’appui budgétaire et permettre à l’Union Européenne de mieux répondre au contexte politique, économique et social du pays partenaire. Ainsi,  l’appui budgétaire général deviendra  « la bonne gouvernance et le développement des contrats » qui prend en compte la promotion des droits humains et des valeurs démocratiques, l’amélioration de la mobilisation des ressources domestiques, et l’amélioration de la gestion financière, la stabilité macroéconomique, la croissance inclusive et la lutte contre la corruption et la fraude. L’appui budgétaire sectoriel sera appelé «contrats Réforme de l’Etat», et le soutien aux Etats fragiles, les petits Etats insulaires en développement et des pays et territoires d’outremer sera inventé comme « Etat-contrats de construction ». Espérons tous que cette nouvelle approche s’inscrive dans le cadre de l’efficacité de l’aide au développement.

Ont contribué à l’édition de cette lettre: Matthieu Antony, Morris de Kouame.

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One Response to Politiques de Santé Internationale #140 – avancées et défis pour la santé en Afrique en 2011

  1. admin dit :

    Stéphanie Stasse nous dit:
    Bonjour et Merci à toute l’équipe pour ces infos très intéressantes !
    Stephanie

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