Par Boris Derrick ANEKENG et Basile KEUGOUNG

L’Editorial de la newsletter ‘’Politiques Internationales de Santé’’ N° 311 souligne qu’en 2015, on a enregistré 36,7 millions de personnes vivant avec le VIH/SIDA dont près de 70% en Afrique Sub-saharienne et 1,1 million de décès.

Le récent débat sur les Objectifs 90-90-90 a donné des pistes stratégiques majeures. Les parties prenantes devraient donc utiliser les leçons apprises de ce débat pour adapter les politiques, les stratégies et les activités. Pour certains pays, cela exige le courage et aussi la détermination pour reconnaitre que le système de santé n’est pas sur la bonne voie pour atteindre ces objectifs et faire des changements nécessaires.

Je voudrais analyser en profondeur l’atteinte du premier objectif qui stipule que 90% de la population doit connaitre son statut sérologique VIH.

Quelques rappels

La Conférence de Dakar sur les 25 ans du district de santé en Afrique de 2013 avait recommandé que les districts de santé deviennent des systèmes apprenants pour tirer des leçons des expériences et des pratiques afin d’améliorer de façon continue leurs performances.

Le 4ème symposium sur la recherche en santé tenu à Vancouver (Canada) du 14 au 18 Novembre 2016, mettait en avant deux concepts majeurs : la résilience et la réactivité des systèmes de santé comme des biens publics. Faibles résilience et réactivité des systèmes de santé constituent une menace sécuritaire car les faibles systèmes de santé d’Afrique sub-saharienne sont fréquemment frappés par des épidémies et des maladies infectieuses responsables d’une morbidité et d’une mortalité évitables.

Quel sera l’apport du dépistage systématique à toutes les portes d’entrée des formations sanitaires des districts de santé ?

Je voudrais analyser la situation du dépistage, objet du premier 90% à atteindre en 2020 en prenant la situation du Cameroun. Dans son Rapport annuel 2014, le CNLS relève qu’en 2014, 723 096 personnes ont effectué le test de dépistage VIH parmi lesquelles 493 510 (68%) femmes enceintes, 10494 enfants nés de mères séropositives et 19 527 partenaires des femmes enceintes. Au total, 85% des dépistages ont été effectués dans les formations sanitaires.

L’Enquête Démographique et de Santé de 2011 a montré que 46% des femmes et 58% des hommes n’avaient jamais effectué un test de dépistage VIH. De plus, seuls 22% des femmes et 20% des hommes avaient reçu le résultat du dernier test du VIH effectué au cours des 12 derniers mois.

On note que le test est officiellement gratuit pour les femmes enceintes et les enfants. Il est donc payant pour les hommes âgés de plus de 15 ans et les femmes non enceintes. Il coûte environ 1 US$ dans les formations sanitaires publiques et le prix n’est pas homologué dans les formations sanitaires privées. Les ruptures en test de dépistage sont fréquentes.

Dépistage systématique du VIH : Changer de paradigme

L’approche du dépistage systématique va en droite ligne avec les objectifs 90-90-90 de lutte contre le VIH/SIDA. Son application optimale requiert que les barrières soient éliminées pour que le prestataire ait les conditions adéquates de sa mise en œuvre. Dr EBENG Romuald a d’ailleurs souligné dans le forum de la CoP PSS, la difficulté liée à la séparation des soins VIH des autres activités de soins considérés comme normaux dans les formations sanitaires. Il faudrait donc que :

  • Le test soit disponible chez le prestataire et réalisé au point de contact et non au laboratoire
  • Le test soit entièrement gratuit pour toute la population
  • Le secteur privé soit inclus à cette politique par un approvisionnement régulier en test
  • Des subventions soient allouées au secteur privé pour compenser la perte de revenus

Pour que ces conditions soient remplies, les programmes de lutte contre le VIH/SIDA devront mener une réflexion pour adapter les directives opérationnelles, rechercher des financements nécessaires et renforcer les capacités des formations sanitaires.

Sortir le dépistage des formations sanitaires

La concentration du dépistage uniquement dans les formations sanitaires permet d’avoir une plus grande proportion de personnes séropositives parce qu’il s’agit des personnes malades. Mais, ceci réduit la possibilité de dépistage pour des personnes relativement en bonne santé. Pour atteindre par exemple les 46% des femmes et 58% des hommes qui n’ont jamais effectué un test de dépistage VIH au Cameroun, il est important d’utiliser la stratégie communautaire du dépistage à travers les associations de lutte contre le VIH. Elles pourront utiliser les portes d’entrée communautaires surtout dans les zones rurales pour faire non seulement le dépistage mais aussi le suivi des personnes infectées afin d’améliorer l’observance au traitement. Les tradipraticiens, les leaders religieux et politiques devront être mis en contribution pour mener des campagnes de sensibilisation et d’information du public en vue du dépistage et d’une prise en charge précoces.

L’encadrement et l’accompagnement de ces associations de lutte contre le VIH/SIDA devraient constituer une priorité pour les programmes de lutte contre le VIH et les districts de santé. Ces associations constituent une pièce angulaire capitale dans les processus de sensibilisation, de dépistage et d’orientation des personnes séropositives vers les structures adéquates de mise sous traitement antirétroviral.

Le dépistage VIH est la première arme de prévention du VIH. Fait précocement, il permet d’enrôler la personne infectée par le VIH dans le processus de soins avant la survenue des manifestations cliniques ou des maladies opportunistes. Il s’agit pour les systèmes de santé de réaliser des économies futures de prise en charge des malades et pour le pays d’améliorer la productivité en maintenant les populations le plus longtemps possible en bonne santé.

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