Par Basile Keugoung

Dans les années 80, les pays africains font face à une crise économique. La Banque Mondiale et le Fonds Monétaire International propose des Plans d’Ajustement Structurel aux Etats. Ces plans incluent la privatisation des entreprises publiques et la réduction du train de vie de l’Etat.

Les financements publics alloués à la santé vont être réduits. Ceci va plomber la mise en œuvre des soins de santé primaires. En effet, suite à l’adoption de la Déclaration d’Alma Ata, les Etats Africains s’engagent à offrir les soins essentiels gratuits ou fortement subventionnés dans les services publics. Des agents de santé communautaires sont formés et des pro-pharmacies sont créées dans des zones rurales. Au-delà des problèmes de qualité qui sont rencontrés, c’est surtout le déficit de financement de ces services qui est le problème majeur. On note les ruptures en médicaments et le sous-équipement des formations sanitaires.

Initiative de Bamako

L’Initiative de Bamako visait à améliorer l’accès aux soins de santé primaires en améliorant la qualité. Elle s’appuyait sur la recherche de viabilité financière et l’équité des services de santé. Par conséquent, les formations sanitaires devraient offrir un paquet minimum d’activités pour répondre aux besoins sanitaires de base des communautés. L’accès aux médicaments et la participation communautaire étaient des principes fondamentaux. Ainsi, les formations sanitaires devraient disposer de médicaments essentiels génériques pour prendre en charge les problèmes de santé essentiels. Le co-financement et la co-gestion des soins et service de santé étaient offrir plus de transparence. L’IB prônait également la participation des communautés à la prise de décisions sur la santé. Des comités de santé dont les membres sont élus dans leurs villages dont créés. Ce comité élit en son sein le comité de gestion. Elle a permis de mettre en place des circuits d’approvisionnement en médicaments essentiels, de résoudre ou réduire les ruptures en médicaments. Par contre, l’exclusion des pauvres ou indigents de l’accès aux soins est l’une des critiques majeures.

30 ans après, quelle direction ?

Il y a lieu de s’interroger aujourd’hui sur l’avenir de cette politique. De nouveaux objectifs mondiaux ont été formulés tels que la couverture sanitaire universelle et les Objectifs de Développement Durables. Ces objectifs sont ambitieux et requièrent une adhésion et une inclusion de toutes les composantes sociales. il est crucial de relever qu’en trente ans, les populations se sont sacrifiées en payant les frais de soins dont ils ont bénéficié d’une part, et en participant à la gestion des formations sanitaires d’autre part. Il est donc temps que les décideurs trouvent des stratégies plus équitables de financement de la santé, redynamisent les comités de santé pour qu’elles deviennent de véritables contrepouvoirs pour garantir la transparence.

Des mécanismes innovants de financement existent aujourd’hui et peuvent être combinés pour réduire le poids financier des soins sur les usagers. Nous pouvons citer les systèmes de pré-paiements (mutuelles, assurance), le financement basé sur les résultats, et des systèmes de taxes spéciales pour la santé. L’Initiative de Bamako était nécessaires en 1987. Après trois décennies, il y a suffisamment de recul, pour tirer les leçons de cette initiative, identifier les faiblesses et proposer des stratégies correctrices afin de se projeter vers la couverture sanitaire universelle.

Nous avons lancé sur une discussion sur le forum de la Communauté de Pratiques Prestation des Services de Santé. Vous pouvez envoyer votre commentaire à [email protected] ou écrire directement dans la section commentaire de la Newsletter. Voici les deux questions : La couverture sanitaire universelle est-elle possible dans des systèmes de santé dont la politique de financement repose sur l’Initiative de Bamako ? Comment arriver à la CSU dans un contexte de recouvrement des coûts à travers les paiements directs ?

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