Par Basile Keugoung, Facilitateur CoP PSS, Cameroun

Le quatrième symposium Mondial de la recherche sur les systèmes de santé a débuté à Vancouver (Canada) le 14 et ira jusqu’au 18 novembre 2016. Le thème est « Résilience et réactivité des systèmes de santé dans un monde en changement ». Un point clé de ce symposium est la place accordée aux populations minoritaires.

Résilience et réactivité des systèmes de santé : c’est quoi ?

Pour moi, la résilience des systèmes de santé est sa capacité à pouvoir faire face aux besoins des populations et à des défis émergents. Il s’agit d’offrir des soins centrés sur le patient, la famille voire la communauté pour réduire au minimum la morbidité et la mortalité évitables. La résilience va donc au-delà de la disponibilité des ressources et de l’accès aux soins pour prendre en compte les adaptations nécessaires tant structurelles qu’organisationnelles requises pour lever les défis et les barrières et garantir la couverture universelle aux soins et services de santé de qualité.

De plus, la résilience va également au-delà du renforcement du système de santé qui est le renforcement des différents niveaux de capacités des systèmes de santé – intrants ; compétences et aptitudes ; infrastructures et personnels ; capacité structurelle, systémique et de rôle.

La réactivité est selon l’OMS (2000) dans son rapport sur la Santé dans le Monde sa capacité à répondre aux attentes de la population. La réactivité comprend deux grands volets: a) le respect de la personne (dignité, confidentialité et autonomie des personnes et des familles concernant les décisions relatives à leur propre santé); et b) attention accordée au client (rapidité de la prise en charge, accès aux réseaux d’aide sociale pendant les soins, qualité de l’environnement et choix du prestataire).

Résilience et réactivité des systèmes de santé : un mythe ?

Pour certains lecteurs, en particulier ceux qui vivent dans les pays à faible revenu en général et en Afrique sub-saharienne en particulier, ces définitions les laisseront perplexes quand ils vont comparer leurs relations avec leurs systèmes de santé et ces critères requis pour un système de santé de qualité. En effet, ils vivent dans des contextes marqués par de fréquentes épidémies, des maladies infectieuses endémiques (paludisme, tuberculose, VIH/sida, infections respiratoires et diarrhéiques) et de maladies chroniques non transmissibles (diabète, hypertension, cancers…). Celles-ci aboutissent à une forte morbidité et mortalité qu’un système de santé fort, résilient ou réactif aurait dû prévenir et/ou traiter. En effet, les enfants meurent de paludisme, de diarrhée ou de maladies respiratoires. Dans certains pays d’Afrique sub-saharienne, moins de 10% d’enfants infectés par le VIH ont accès au traitement et de fréquentes ruptures en approvisionnement en antirétroviraux limitent la compliance au traitement de ceux qui en ont accès. Les femmes enceintes n’ont pas à accès aux soins de qualité pour réduire la mortalité maternelle. Enfin, les maladies chroniques sont en recrudescence sans que les systèmes de santé soient préparés pour les prendre en charge.

Résilience et réactivité des systèmes de santé : y a-t-il une lueur d’espoir ?

La réponse à cette question est difficile si l’on veut éviter d’être pessimiste. Mais on peut se rendre aussi compte que l’optimisme pourrait avoir des limites. Toutefois, il y a un chemin à parcourir pour arriver à ce stade où les besoins et les attentes des populations sont couverts. Au début, il y a des choses parfois très simples que les systèmes de santé doivent mettre en œuvre et qui n’exigent pas trop de moyens. Ce sont les mesures préventives et promotionnelles. Ces interventions vont au-delà du système de santé pour inclure tous les autres secteurs apparentés. Il s’agit par exemple de garantir l’hygiène et l’assainissement, la sécurité alimentaire, le développement urbain et rural, l’accès à l’éducation et à l’emploi. La mise en œuvre effective de ces interventions permet de progresser et d’avancer sur le chemin de la résilience. Et pour ces interventions, les pays riches et pauvres peuvent le faire si une prise de conscience et un engagement politique sont faits pour allier tous les gestionnaires des services publics et privés dans cette perspective d’amélioration des conditions de vie des populations.

Il s’agit en définitive de mettre le bien-être des populations au centre de toutes les politiques publiques. Cela est donc possible. Pour cela, il faudrait de la volonté politique pour mettre en place des mécanismes de redevabilité et de contrôle social. Celles-ci permettent que les populations, bénéficiaires d’abord adoptent des comportements et des pratiques responsables. Ensuite, que les gestionnaires soient redevables auprès des populations pour que les services privés et publics soient à finalité publique c’est-à-dire garantissent une gestion efficiente du bien public.

Des systèmes de santé locaux forts, une précondition pour la résilience et la réactivité des systèmes de santé

Il est difficile de parler des systèmes de santé résilients si au niveau de chaque village, commune ou unité administrative, les structures sanitaires ne prennent pas en compte les minorités, les populations d’accès difficile, les pauvres et autres groupes à risque. L’évaluation nationale par des évaluations d’impact, des enquêtes démographiques et de santé ou des enquêtes ménages aboutissent à des moyennes parfois satisfaisantes. Des conclusions sont souvent positives comme l’atteinte de l’Objectif fixé. Mais ces conclusions cachent des iniquités, des discriminations et des exclusions de l’accès aux soins. Il est donc important que les évaluations soient désagrégées sur des systèmes locaux de santé. La notion d’intersectionnalité dans la pratique et les politiques est fondamentale pour désagréger les données nationales sur des groupes de populations (sexe, âge, religion, ethnies…) et des systèmes de santé locaux. La connaissance des inégalités permettrait d’adapter à chaque groupe spécifique et à chaque système local de santé les approches pour répondre localement aux besoins des populations.

En conclusion

Il reste encore un long chemin à parcourir pour arriver à des systèmes de santé résilients et réactifs dans plusieurs pays à faire revenu et en Afrique sub-saharienne en particulier. Mais, cela est possible d’appliquer les principes issus du Symposium de Vancouver à tous les systèmes locaux de santé. Mais, dans de nombreux pays d’Afrique sub-saharienne, les conditions ne sont pas encore réunies pour y arriver dans un avenir proche. En effet, les interventions des organisations internationales détournent et orientent malheureusement les systèmes de santé vers la réponse aux maladies qu’à la transformation des systèmes de santé pour répondre aux besoins des populations.

La prise de conscience est requise pour réorienter les systèmes de santé vers la recherche du bien-être effectif des populations. Elle passe et ne pourrait passer que par une appropriation, une mise en œuvre des interventions et la recherche de la résilience par tous les détenteurs d’enjeux au niveau des systèmes locaux de santé.

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