Par Cheickna Touré

Du 16 au 18 décembre 2015, la Communauté de Pratique Prestation des Services de Santé a organisé à Cotonou (Bénin), un atelier sur le thème “Du Système d’Information Sanitaire à l’Intelligence Collective : recentrer le district sanitaire sur la population grâce aux TICs“. Quelques messages forts sont sortis de cet atelier.

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En Octobre 2013, la Communauté de Pratique Prestation des Services de Santé avait organisé, en partenariat avec plusieurs agences membres de la plateforme Harmonisation pour la Santé en Afrique, une grande conférence pour faire le bilan de 25 ans de stratégie du district sanitaire en Afrique. Cette conférence avait produit une série de recommandations pour une mise à jour de la stratégie du district. L’une était relative à la transformation des districts de santé en système apprenant, une autre mettait l’accent sur la place à donner aux technologies de l’information et de la communication.

A Cotonou, concepteurs et utilisateurs ont réfléchi ensemble un système d’information sanitaire alternatif

C’est dans le prolongement de ces recommandations que la CoP a organisé cet atelier sur le thème “Du Système d’Information Sanitaire à l’Intelligence Collective : recentrer le district sanitaire sur la population grâce aux TICs“.

Une soixantaine de participants se sont donc retrouvés à Cotonou durant trois jours, pour partager leurs analyses sur les liens entre l’utilisation des technologies de l’information et de la communication (TIC) et la performance des systèmes de santé. Leur profil était varié. Parmi eux, il y avait des médecins chefs de district, des chefs de programme, des chercheurs, des développeurs de technologies, des décideurs, des assistants techniques, et la société civile. Ensemble, ils ont passé en revue les expériences d’utilisation des TICs dans les systèmes de santé en Afrique sub-saharienne. Ils ont porté une attention particulière sur la mesure selon laquelle les solutions documentées habilitaient les acteurs décentralisés dans l’exécution de leurs missions. L’agenda de l’atelier, avec le lien vers toutes les présentations, est disponible en cliquant ici.

Les travaux ont été conduits en trois étapes. La première partie était consacrée à une exploration des cadres conceptuels et des théories sur les systèmes locaux de santé, la dynamique de performance des acteurs décentralisés, l’appropriation et le test d’outils d’analyse appliqué aux TIC. La deuxième partie était dédiée aux échanges d’expériences autours des solutions déployées, avec une attention particulière sur la façon dont elles facilitaient ou pas l’autonomisation des utilisateurs décentralisés. Ces solutions portaient aussi bien sur la diffusion et le partage d’informations, le suivi des patients, la formation et le soutien à distance des professionnels de santé, le financement des services de santé, la collecte et transmission d’informations sanitaires et de gestion, etc. La dernière partie était réservée aux activités de co-création qui ont permis aux participants en petits groupes d’approfondir les connaissances sur des thématiques émergées au cours de l’atelier.

Trois leçons majeures des expériences passées

Alors, pouvons-nous ‘capaciter’ les acteurs du niveau décentralisé avec les systèmes d’information sanitaires ? Bien sûr. Notre rapport de l’atelier partage les pistes identifiées par les participants à l’atelier.

En effet, des leçons ont été tirées de l’atelier. Premièrement, les analyses, opportunément critiques des expériences présentées ont permis d’identifier leurs points forts et points faibles. Parmi les forces, nous citerons la forte pénétration d’internet et de la téléphonie mobile, la multiplicité des expériences d’utilisation des TIC à tous les niveaux de la pyramide sanitaire (depuis la communauté jusqu’au niveau central), et la forte implication des partenaires et de la société civile dans le développement de ces solutions. Comme points faibles, nous pouvons noter la fragmentation des expériences et des modèles mis en œuvre tant sur le continent qu’au sein d’un même système de santé et parfois au sein du même district de santé et le manque d’anticipation des phases de mise à échelle. De plus, les participants ont relevé comme autres points faibles, l’orientation des solutions TICs vers la collecte et la transmission des données dans une logique passablement bureaucratique ainsi que la faible prise en compte des besoins des acteurs décentralisés et des secteurs apparentés dans la conception et le déploiement des solutions adoptées. Par ailleurs, la faible qualité de l‘internet et la pénurie d’énergie dans certains districts restent des contraintes majeures.

Deuxièmement, les conférenciers ont relevé des éléments prometteurs qui contribueront à améliorer la performance des systèmes locaux de santé. il s’agit entre autres, de la mise en place d’approches intégrées de gestion de l’information sanitaire (DHIS2), le développement de logiciels destinés à la capacitation des acteurs de première ligne (Expérience DataSanté), la volonté politique et l’engagement des partenaires dans le développement des systèmes d’information sanitaire performants.

Enfin, pour développer des systèmes locaux de santé intelligents, les participants ont souligné que les solutions mises en œuvre doivent intégrer les besoins de tous les acteurs du système local de santé. Cette intégration devrait commencer dès la phase de conception des outils et inclure des stratégies pour une vraie valorisation des données disponibles. Toutefois, il a été noté que la solution technologique ne saurait être une panacée. En effet, le véritable enjeu des systèmes d’information sanitaire demeure la transformation des données en de la connaissance qui soit réellement utilisée par tous les acteurs du système local de santé pour prendre des décisions. Par conséquent, les acteurs des systèmes locaux de santé doivent passer du rôle des simples producteurs de l’information, à celui de premiers utilisateurs des données pour la prise de décision. Lors de l’atelier, il a été rappelé que ces acteurs vont au-delà des seuls professionnels de santé pour inclure la communauté et les bénéficiaires, les élus locaux, les secteurs apparentés (éducation, agriculture, affaires sociales…) et la société civile.

Baliser le chemin pour les futurs développements de systèmes d’information sanitaire capabilisants

Une des recommandations forte de l’atelier était que les solutions TICs appliquées aux systèmes d’information sanitaire doivent doter tous les détenteurs d’enjeu, de capacités réelles leur permettant de faire des choix informés dans leur prise de décision. De plus, elles doivent contribuer à un accès en temps réel à l’information à tous les acteurs. Une piste pour le développement de telles solutions serait l’organisation des hackathon. Ceux-ci feraient émerger des innovations, et créer des  passerelles pour le partage et l’utilisation en temps réel des données sanitaires pour la prise de décision.

A n’en point douter, l’atelier de Cotonou en appelle à l’organisation d’autres moments de partage et de coproduction qui vont nous permettre de progresser sur l’agenda de connaissances sur les systèmes d’information sanitaire capabilisants. D’ailleurs, les participants ont identifié cinq chantiers prioritaires pour arriver à des systèmes d’information sanitaire performants en Afrique sub-saharienne. Il s’agit du développement capacitant du niveau local, de la portée systémique des solutions à déployer, de la prise en compte des besoins des utilisateurs opérationnels, de l’apprentissage croisé et de la mise à jour systématique des connaissances.

Il revient aux décideurs nationaux d’utiliser toutes ces idées et ces leçons pour créer une nouvelle perspective. Le leadership leur revient pour développer une nouvelle vision sur laquelle s’alignerait tous les autres acteurs. La Communauté de Pratique Prestation des Services de Santé est prête à accompagner les pays et à documenter les expériences et les bonnes pratiques. Celles-ci aideraient d’autres pays à éviter les écueils et à relever plus rapidement les nombreux défis inhérents au développement des systèmes d’information sanitaire capabilisants.

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