Les Systèmes d’Information Sanitaires sont restés traditionnels dans la plupart des systèmes de santé en Afrique sub-saharienne en dépit de l’émergence des nouvelles technologies de l’information (NTICs) et de la communication. Nous pensons que les NTICs offrent un potentiel énorme pouvant permettre de construire l’intelligence collective au niveau des districts de santé. La Communauté de Pratique Prestation des Services de Santé compte organiser un atelier sur cette problématique en décembre 2015 à Cotonou au Bénin.

Basile Keugoung, Joël Arthur Kiendrébéogo, Jean-Paul Dossou, Cheickna Toure et Bruno Meessen ont mené la réflexion sur dans l’éditorial de cette semaine. Ils vous invitent à donner vos contributions pour enrichir la note conceptuelle relative à cet atelier et à nous envoyer (keugoung@gmail.com) votre expérience dans l’utilisation des NTICs au niveau district.

Dans le menu de la semaine, nous vous proposons la perspective de l’OMS sur les nouveaux Objectifs de Développement Durable, la mise à jour de l’épidémie de la maladie à virus Ebola et le nouveau partenariat sur les soins de santé primaires dénommé Primary Health Care Performance Initiative lancé le 26 novembre à New York.

 

Bonne lecture et Bonne semaine

Basile Keugoung, MD, MPH, PhD

 

Edito–Du système d’information sanitaire à l’intelligence collective : un agenda pour des systèmes locaux de santé apprenants

Par Basile Keugoung, Joël Arthur Kiendrébéogo, Jean-Paul Dossou, Cheickna Toure & Bruno Meessen

 

On dit que l’information, c’est le pouvoir. La décentralisation dans nos systèmes de santé ne sera effective que lorsque les systèmes d’information sanitaire prendront réellement en compte les besoins et contraintes des acteurs décentralisés.  Dans ce billet de blog, nous vous présentons la thématique qui va occuper notre Communauté de Pratique Prestation des Services de Santé ces prochains mois. Ce programme de connaissance culminera avec un atelier qui se tiendra à Cotonou, Bénin, les 16-18 décembre 2015. Votre participation est déjà sollicitée.

 

Depuis la Déclaration de Harare en 1987, le district de santé est la pierre angulaire des systèmes de santé en Afrique sub-saharienne. Beaucoup d’entre nous avons été ou sommes encore médecins chefs de district. En tant que médecin chef de district, on est confronté à plusieurs défis parmi lesquels la gestion des données sanitaires.

De façon traditionnelle, le district est le cœur d’un processus informationnel du haut vers le bas – des niveaux central et régional vers les districts – et de bas en haut – des formations sanitaires vers la hiérarchie. Ainsi, le niveau central définit les politiques, produit les directives, fixe les objectifs et les transmet au niveau district. Les formations sanitaires offrent des soins et services de santé aux populations et collectent les données y relatives qu’elles transmettent à la hiérarchie. Ce modèle qualifie le niveau central de niveau de prise de décision et le district de niveau opérationnel. Le district qui offre les soins transmet les données sanitaires au niveau central pour qu’il prenne des décisions informées. En pratique, dans beaucoup de pays, ce modèle induit à ignorer la place réelle de l’information sanitaire au sein du district.

Les districts de santé à l’heure des technologies de l’information et de la communication

Comme rappelé à notre conférence de Dakar, beaucoup de choses ont changé depuis Harare. Des facilités technologiques ont apparu pour la collecte, le traitement et la transmission des données sanitaires. Nous citerons entre autres les ordinateurs, les smartphones, internet et toutes les applications numériques. Le délai nécessaire à la gestion de l’information sanitaire s’est fortement raccourci; le nombre de personnes ayant accès à l’information en temps réel pourrait être presqu’illimité.

Pourtant, beaucoup de districts de santé sont restés dans une logique administrative rigide où la seule donnée sanitaire qui compte est celle exigée par la hiérarchie. Trop d’équipes cadres de district se satisfont de ce modèle administratif et font un pauvre usage des données qu’elles rassemblent. Cet état de fait contribue à la faible participation des communautés à la prise en charge de leurs problèmes de santé, à une faible qualité des soins et ne forte morbidité évitable.

Ce que nous avons affirmé à la conférence de Dakar

En novembre 2013, à l’invitation de notre Communauté de pratique, plus de 170 experts de 20 délégations nationales se sont réunis à Dakar pour revisiter la politique du district sanitaire à l’occasion du 25e anniversaire de la Déclaration de Harare. Ils ont réitéré la validité du modèle d’organisation des systèmes de santé en districts et des valeurs qui le sous-tendent (équité, efficience et autonomie). Toutefois, ils ont proposé un renouvellement de cette stratégie au vu des changements contextuels apparus en Afrique sub-saharienne au cours des deux dernières décennies et de leurs implications. Par exemple, les équipes cadres de district ne devraient plus être considérées comme de  simples représentants du ministère de la santé au sein du district, mais devenir l’organisme central de conduite et de coordination des activités de santé au niveau local.

Les participants ont recommandé que le Ministère de la santé et ses partenaires aident les districts à devenir des organisations apprenantes. Il s’agit pour les équipes cadre de district d’écouter les populations, de respecter leur autonomie, de recueillir des informations qualitatives et quantitatives sur leurs besoins sanitaires et d’identifier les interventions idoines pour y répondre. Elles doivent également recueillir des données sur les performances des différentes composantes du système local de santé et sur les déterminants qui affectent cette performance. Toutes ces informations doivent être analysées et partagées de façon aisément interprétable et ‘actionnable’ par tous les acteurs : du ménage au gynécologue en charge de la maternité, en passant par le maire et les comités de santé.

Perspective : un atelier à Cotonou en décembre 2015

Notre analyse est que les TIC vont permettre de ‘secouer fortement le cocotier’ : grâce à elles, il est désormais possible de transférer la gestion d’une information de qualité aux acteurs les plus décentralisés et de les ‘capaciter’ dans leur prise de décision. Nous pensons aussi que tout le changement ne viendra pas d’en haut. C’est aussi aux acteurs périphériques de s’organiser et de conduire cet agenda.

Dans les semaines qui viennent, nous allons vous inviter à réfléchir avec nous sur ces enjeux. Nous compterons sur vos nombreuses contributions. Ce processus culminera avec un atelier en décembre 2015 à Cotonou. Le thème de l’atelier est : « Du système d’information sanitaire à l’intelligence collective, recentrer le district sanitaire sur la population grâce aux TICs ».

Cet atelier fera le point des systèmes d’information sanitaire traditionnels pour analyser pourquoi ils n’ont pas réussi à traduire les valeurs prônées par la Déclaration de Harare. Ensuite, il s’agira de passer en revue des expériences innovantes actuelles d’utilisation des TIC testées en Afrique. Enfin, il faudrait scruter le futur pour proposer des modèles permettant de développer l’intelligence collective au niveau du système local de santé.

Une dizaine d’experts ont collaboré pour rédiger une note conceptuelle draft présentant cet atelier. Nous vous invitons vivement à lire cette note (ouvrir la note en cliquant sur le lien). Elle va servir de boussole pour nos activités ces prochains mois. Vos réactions, critiques et commentaires sont les bienvenus. Nous sommes particulièrement curieux d’entendre tous ceux d’entre vous actifs au quotidien au niveau décentralisé, en particulier les médecins chefs de district.

Que dois-je faire pour participer à ce processus ?

Dans les semaines qui viennent, nous publierons plusieurs blogs relatifs à ce programme de connaissance. Nous espérons qu’ils susciteront vos réactions et contributions. Nous faisons aussi un appel à tous ceux d’entre vous directement impliqués dans la mise en place de solutions technologiques originales pour la gestion des districts de santé. Vous êtes directeur d’un hôpital et avez une expérience riche avec une solution TIC ? Vous faites partie d’une équipe de district qui fait un usage intensif de son système d’information sanitaire ou des TICs ? Vous travaillez pour une ONG ou une startup qui a développé une solution originale ? Envoyez-nous une présentation Powerpoint de 15 diapos maximum présentant votre expérience. Un comité d’experts les examinera et identifiera celles méritant d’être largement partagées. Les experts avec les expériences les plus intéressantes seront invités à l’atelier de Cotonou.

 

 

Politiques de la santé

1.     WHO – Des Objectifs du Millénaire pour le Développement aux Objectifs de Développement Durable (ODD) : une nouvelle ère pour la santé publique mondiale entre 2016 et 2030

http://www.who.int/mediacentre/events/meetings/2015/MDGs-SDGs-Summary.pdf?ua=1

 

Les Objectifs de Développement Durable (ODD) sont pertinents pour tous les pays et vont plus loin que les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD) qui se limitaient à l’éradication de la pauvreté, la santé, l’éducation, la sécurité alimentaire et la nutrition. Les ODD intègrent les trois dimensions économique, sociale et environnementale sur les individus, la planète, la prospérité, la paix et le partenariat. La santé occupe une place centrale comme contributrice majeure et bénéficiaire des ODD. En effet, chacun des 17 objectifs est directement lié à la santé ou y contribue indirectement. Les ODD reconnaissent aussi l’importance de l’équité et une réponse doit être apportée aux besoins des femmes, des enfants, des pauvres et des groupes défavorisés.

En novembre 2015, l’OMS va publier le rapport Santé en 2015 : des OMD aux ODD. Ce rapport va faire une revue des 15 dernières années sur les tendances et les forces des OMD et évaluer les défis qui vont affectés la santé dans les 15 prochaines années.

Pour l’ODD 3, il s’agit d’assurer la bonne santé et promouvoir le bien-être de tous et à tous les âges. Le budget 2016-2017 de l’OMS comporte une série d’activités liées à l’avancement des ODD.

Des progrès ont été réalisés avec les OMD et des leçons ont été apprises. Globalement, les épidémies de VIH, du paludisme, de la tuberculose ont été atténuées et la mortalité maternelle et infantile ont baissé de façon significative (53% et 40% respectivement). Parmi les leçons, on peut citer la nécessité de renforcer les systèmes de santé, la reconnaissance que les autres secteurs affectent la santé, l’accent sur l’équité et le fait que les épidémies, les catastrophes naturelles et les crises humanitaires sont une menace pour le développement durable.

L’ODD 3 relatif à la santé a 14 cibles à atteindre d’ici 2030. Voici quelques cibles :

  1. Réduire la mortalité maternelle mondiale à moins de 70 pour 100000 naissances vivantes
  2. Réduire la mortalité néonatale mondiale à moins de 12 décès pour 1000 naissances vivantes et la mortalité infantile (< 5 ans) à moins de 25 décès pour 1000 naissances vivantes
  3. Eliminer les épidémies de SIDA, tuberculose, paludisme et les maladies tropicales négligées et combattre les hépatites, les maladies du péril fécal et d’autres maladies transmissibles
  4. Réduire d’un tiers la mortalité prématurée due aux maladies non transmissibles à travers la prévention et le traitement et la promotion de la santé mentale et du bien-être
  5. Renforcer la prévention et le traitement de la prise des substances illicites y compris les narcotiques et l’abus de l’alcool
  6. Réduire de moitié les décès et les traumatismes par accidents de la circulation
  7. Assurer l’accès universel aux services de santé de reproduction y compris le planning familial, l’information, l’éducation et l’intégration de la santé de reproduction dans les politiques nationales
  8. Assurer la couverture sanitaire universelle y compris la protection financière, l’accès aux services de santé essentiels de qualité, et l’accès ays médicaments de qualité, efficaces et abordables
  9. Réduire le nombre de décès et de maladies issues de la contamination et de la pollution de l’air, eau et sol.

 

Ebola

2.     OMS: Mise à jour de l’épidémie de Maladie à Virus Ebola

http://apps.who.int/ebola/current-situation/ebola-situation-report-7-october-2015

Voici, une première semaine (du 28 septembre au 04 octobre 2015) sans cas confirmé de Maladie à Virus Ebola. Tous les sujets contacts ont terminé leur période d’observation en Sierra Leone et 500 personnes contacts sont encore sous suivi en Guinée où le risque de transmission reste élevé et certains contacts ont été perdus de vue. Il faut souligner que moins de 10 cas étaient notifiés par semaine durant les 11 dernières semaines.

Soins de Santé Primaires

3.     OMS- Nouveau partenariat pour aider les pays à combler les lacunes en matière de soins de santé primaires

http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2015/partnership-primary-health-care/fr/

 

Convaincus qu’il est impératif de changer la manière dont les soins essentiels sont prodigués dans les pays à revenu faible ou intermédiaire, la Fondation Bill & Melinda Gates, la Banque Mondiale et l’OMS ont lancé ale 26 septembre 2015 un nouveau partenariat destiné à aider les pays à améliorer leurs prestations en matière de soins de santé primaires.

Ce nouveau partenariat, dénommé Primary Health Care Performance Initiative (PHCPI), appuiera les efforts déployés par les pays pour améliorer, suivre, contrôler et partager les principaux indicateurs de performance relatifs à la prestation des soins de santé primaires. De nombreux pays reconnaissent que les soins de santé primaires constituent une priorité absolue, mais ne disposent pas des données nécessaires pour identifier les faiblesses existantes, en comprendre les causes et apporter des solutions.

Ce partenariat a été lancé lors d’une manifestation organisée conjointement par les gouvernements de l’Allemagne, du Ghana et de la Norvège, au cours de laquelle la Chancelière allemande, Angela Merkel, a annoncé un nouveau cadre de coopération mondiale pour le renforcement des systèmes de santé, intitulé «Feuille de route: systèmes sains – vies saines». Le lancement de ces deux initiatives complémentaires a eu lieu alors même que les dirigeants du monde entier étaient réunis aux Nations Unies pour adopter 17 Objectifs de développement durable.

Les partenaires de l’initiative PHCPI ont souligné que le renforcement des soins de santé primaires présente des avantages d’une portée considérable, y compris pour promouvoir la couverture sanitaire universelle.

Les soins primaires constituent le fondement des systèmes de santé, permettant aux patients et à leur famille d’établir une relation de confiance avec des agents de santé et des systèmes de soutien auxquels ils feront appel tout au cours de leur vie et d’accéder à divers services, allant de la planification familiale à la vaccination systématique, en passant par le traitement des maladies et la prise en charge des affections chroniques. Les systèmes de santé qui peuvent s’appuyer sur la prestation de soins primaires de qualité sont plus robustes, efficaces et équitables.

Trop souvent, les soins primaires sont le maillon faible des systèmes de santé. Plus de 400 millions de personnes dans le monde n’ont pas accès aux services essentiels généralement dispensés dans le cadre des soins de santé primaires. La récente flambée d’Ebola, une maladie qui peut être évitée par des mesures sanitaires de base, a été en partie occasionnée par la défaillance des systèmes de soins de santé primaires, défaillance qu’elle a par ailleurs exacerbée.

Plusieurs pays dotés de systèmes de soins de santé primaires efficaces peuvent servir de modèles. Les efforts déployés au Brésil pour affecter des agents de soins de santé primaires à certains quartiers ont abouti à des avancées sanitaires considérables, en particulier dans les régions les plus pauvres du pays. Au Ghana, la mise en œuvre d’un système mobile de prestation de soins primaires a permis au pays de réduire la mortalité infantile et d’accroître l’espérance de vie.

Pour combler les lacunes des systèmes de soins primaires, il est essentiel de disposer de meilleures données. Les pays suivent généralement leurs dépenses de santé et mesurent la couverture obtenue pour diverses interventions, mais ne se livrent que relativement peu souvent à des activités de surveillance et de partage des données sur la prestation des soins primaires.

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