Par DR SACKO Ramata, Chef de service d’épidémiologie  au Département de Santé Communautaire de  l’Institut National de Recherche en Santé Publique – Mali

J’ai eu l’honneur de  participer au colloque EboDakar 2015 tenu du 19 au 21 mai 2015 à Dakar avec mon collaborateur Mr CISSE Zibada où nous avons partagé notre expérience dans le suivi des sujets contacts de la Maladie à Virus Ebola (MVE). Nous vous faisons ici le résumé de notre expérience.

picture270.jpgL’objectif du suivi est d’identifier toutes les personnes qui sont entrés en contact avec le cas de MVE, de rechercher les perdus de vue avec l’implication effective de la communauté   et enfin d’assurer un dépistage et une prise en charge précoces des cas.Le Mali  face à l’émergence de l’épidémie de la MVE depuis la déclaration du premier cas le 23 Octobre 2014 à Kayes, a mis l’accent sur la recherche et le suivi des contacts. Ce suivi constitue le maillon essentiel et incontournable indispensable pour rompre la chaine de transmission et endiguer la maladie.

– Suivi des personnes contacts

Le suivi des sujets contacts au Mali, a concerné 433 personnes, âgées de 6 mois à 60 ans, résidant dans les communes du District de Bamako (343 contacts), dans les districts sanitaires de  Kayes (80 contacts) et de Kangaba (10 contacts).  Parmi ces sujets contacts, nous avons enregistré 255 (59%) hommes et 178 femmes (41%).

Au total, 8 cas de maladie à virus Ebola dont 7 cas confirmés et un cas probable ont été diagnostiqués. Parmi les 7 cas confirmés, 2 cas ont développé la maladie au cours de leur suivi et ont été guéris. Nous avons enregistrés 5 décès.

Toutes ces personnes contacts ont été suivies pendant une période de 21 jours entre le 23 octobre 2014, date de début de l’épidémie et le 18 Janvier 2015, date de déclaration de la fin de l’épidémie au Mali. Après avoir identifié tous les sujets contacts potentiels, nous avons régulièrement évalué leur état de santé pendant 21 jours.

Ce suivi a été réalisé par une équipe de suivi des sujets contacts de l’Institut National de Recherche en Santé Publique (INRSP). Cette équipe faisait partie de la Sous-commission de suivi des contacts, et était intégrée à la Commission de Surveillance épidémiologique, laboratoire et gestion des données du Centre des Opérations d’Urgence. Cette équipe était dirigée par une coordinatrice qui avait pour tâche la coordination des activités et la supervision des agents de suivi et de leurs superviseurs, la vérification et la compilation des données  du suivi des sujets contacts et leur transmission   au Centre des Opérations d’Urgence.

Le travail de l’équipe consistait en l’identification des potentiels sujets contacts, la prise de température et l’évaluation clinique biquotidienne à domicile ou dans une formation  sanitaire au choix du contact. De plus, des entretiens individuels étaient menés pour  la recherche active des contacts perdus de vue dans la communauté, la sensibilisation,  et  l’identification de leurs préoccupations pour  apporter des solutions idoines et minimiser la stigmatisation. Il faut noter que cette activité de suivi des contacts a été facilitée par l’appui de nos partenaires techniques et financiers : l’OMS et le CDC d’Atlanta pour l’appui à la formation et à la supervision, la CROIX ROUGE Malienne et l’ONG MALI HEALTH  pour la mise à disposition des agents de suivi et  l’implication effective de la communauté. Il est important de souligner également que ces contacts ont bénéficié d’une prise en charge psychosociale par une équipe de socio-anthropologues pendant et après la période de suivi. Ceci a facilité non seulement leur suivi mais aussi leur réinsertion dans la communauté.

Difficultés rencontrées

Par ailleurs, quelques difficultés d’ordre organisationnel et financier ont émaillé tout le long de ce suivi des sujets  contacts  à savoir :  i) la notion de quarantaine a été mal comprise par le personnel de santé qui avait été en contact avec les cas confirmés et aussi mal interprétée par la communauté  ii) le confinement des sujets contacts  à l’hôpital iii) l’envahissement des sujets contacts par les différentes ONG internationales à la recherche d’informations au niveau des certaines familles et même au niveau de l’hôpital iv) la réticence de certains contacts à se soumettre au suivi et à la restriction des déplacements v) la stigmatisation à tous les niveaux des sujets contacts, de leurs familles, des écoles et même des marchés pour les commerçants ayant été visités par les contacts vi) les menaces proférées par les voisins aux familles des cas. Par exemple, la maison où habitait le premier cas diagnostiqué à Kayes fut endommagée et toute sa famille abandonnée par les  voisins et les siens.

Pour résoudre ces différends, il a fallu l’implication de tous à commencer par le gouverneur de la région de Kayes, le personnel de santé appuyé par les partenaires techniques et financiers, les leaders religieux, le Réseau des communicateurs traditionnels. Des réunions et des messages forts de sensibilisation ont été transmis à la population à toutes les occasions afin d’apaiser la colère des uns et des autres. Des exposés sur la maladie ont permis de lever des doutes. Les rencontres et les visites communautaires ont favorisé l’identification des sujets contacts potentiels et faire leur suivi de façon correcte afin de   minimiser le risque de contamination et éteindre l’épidémie de Kayes. A Bamako c’était des familles qui étaient entrain de se disloquer, des divorces envisagés, des bagarres aves fractures, des expulsions de locataires contacts des maisons, …. Bref, la communauté était confuse mais grâce à l’engagement sans faille de  l’équipe de suivi des contacts appuyé par les socio-anthropologues tous ces problèmes sociaux ont presque eu leurs solutions et tous les sujets contacts ont été accompagnés dans leur communauté.

Conclusion

La réponse à l’épidémie de MVE nécessite une bonne préparation et une prise en charge extrêmement rapide du premier cas, l’isolement et le suivi des contacts. La fin de l’épidémie au Mali a été rendue possible grâce à l’efficacité du suivi des sujets contacts menée par une équipe mixte d’agents de santé et de sciences sociales. Cette expérience était basée sur le développement progressif des relations de confiance établies avec les populations. Elle pourrait  servir d’exemple pour la gestion d’autres épidémies.

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4 Responses to Edito – Approche communautaire en santé : Expérience du Mali dans le suivi des sujets contacts de la Maladie à Virus Ebola

  1. Nimer Ortuno Gutierrez dit :

    Merci pour ce partage cher Dr Sacko Ramata,
    Je vois des éléments communs à ce que nous continuons à vivre en Guinée, notamment sur la réticence des contacts à suivre les consignes de déplacement et la stigmatisation. Nous avons d’autres facteurs qui peuvent expliquer cette réticence chez nous, comme la situation politique, la peur d’attraper la maladie, le manque de confiance au système de santé, la stigmatisation, etc. Nous avons encore de travail à faire en Guinée pour arriver à la fin de l’épidémie. Après plus d’une année les conséquences de l’épidémie ne font qu’augmenter, nous recevons des malades tuberculeux qui viennent se faire soigner de la TB à Conakry car les structures sanitaires ont été fermées récemment à cause de la MVE, nous avons dû adapter notre stratégie de prise supervisé à self-administrated treatment ou la surveillance par un accompagnateur car il est impossible de demander à un malade qui a fait une centaine de kilomètres pour se faire soigner à Conakry de venir avaler les médicaments devant le personnel soignant tous les jours, alors que la vie coût assez chère à la Capital Conakry (transport, nourriture, logement, etc.).
    Évidemment, je suis content pour le Mali qui a pu gérer la situation et avoir un « happy end ». Nous allons s’inspirer de votre expérience pour essayer de faire face à ces problèmes en Guinée…
    Nimer

  2. Nimer Ortuno Gutierrez dit :

    Merci pour ce partage cher Dr Sacko Ramata,
    Je vois des éléments communs à ce que nous continuons à vivre en Guinée, notamment sur la réticence des contacts à suivre les consignes de déplacement et la stigmatisation. Nous avons d’autres facteurs qui peuvent expliquer cette réticence chez nous, comme la situation politique, la peur d’attraper la maladie, le manque de confiance au système de santé, la stigmatisation, etc. Nous avons encore de travail à faire en Guinée pour arriver à la fin de l’épidémie. Après plus d’une année les conséquences de l’épidémie ne font qu’augmenter, nous recevons des malades tuberculeux qui viennent se faire soigner de la TB à Conakry car les structures sanitaires ont été fermées récemment à cause de la MVE, nous avons dû adapter notre stratégie de prise supervisé à self-administrated treatment ou la surveillance par un accompagnateur car il est impossible de demander à un malade qui a fait une centaine de kilomètres pour se faire soigner à Conakry de venir avaler les médicaments devant le personnel soignant tous les jours, alors que la vie coût assez chère à la Capital Conakry (transport, nourriture, logement, etc.).
    Évidemment, je suis content pour le Mali qui a pu gérer la situation et avoir un « happy end ». Nous allons s’inspirer de votre expérience pour essayer de faire face à ces problèmes en Guinée…
    Nimer

  3. Eric Mafuta dit :

    L’article sur la valorisation de travail des ASC aborde un sujet important actuellement dans nos systèmes de santé. Au niveau local, les infirmiers ont déclaré que l’apport des ASC, appelés relais communautaires en RDC (RECO) est irremplaçable. Cependant, il est noté de plus en plus une démotivation par eux, de sorte que leur nombre n’est plus optimal dans plusieurs aires de santé. Dans une étude qualitative en cours, sur les mécanismes de redevabilité sociale au niveau local, les RECO et les membres des comités de santé ont déclarés qu’ils savent que leur activité est un bénévolat mais étant donné l’exigence de ce travail, il est nécessaire d’avoir un incitant. Bien qu’ils ont eu du mal à donner un chiffre clair, il y a eu un consensus autour de 5 dollars.

  4. Eric Mafuta dit :

    Le texte est intéressant en terme d’expériences. Toutefois, il ne donne pas clairement en quoi a consisté l’implication de la communauté et comment cette implication a été mise en oeuvre de manière opérationnelle.

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