La fièvre hémorragique Ebola continue sa progression avec cinq pays touchés en Afrique de l’Ouest : la Guinée, la Sierra Léone, le Libéria, le Nigéria et le Sénégal et un nouveau foyer au Congo. Il s’agit non seulement d’une urgence sanitaire mondiale mais d’une menace à l’équilibre sanitaire. En effet, contrairement aux autres épidémies, le prestataire de soins est autant touché que le reste de la population du fait de l’absence d’un traitement spécifique.

Et si certains traitements antiviraux pouvaient réduire la virulence de ce germe dont le taux de mortalité se situe au-dessus de 50%.  Devant l’incertitude, il faudrait définir des pistes de lutte et envisager leurs mises en œuvre. Les nombres de cas confirmés et de décès ne cessent de croitre. Certes, sur le plan éthique, les êtres humains ne devraient pas servir de cobayes pour des expérimentations. Mais, il ne serait pas aussi éthique de ne pas se réunir au niveau international pour réfléchir de façon concertée sur les moyens que nous devons accepter de tester pour sauver plus de vies. L’OMS a autorisé l’utilisation du Sérum ZMapp. Il faudrait aller plus loin pour limiter cette épidémie afin qu’elle ne devienne incontrôlable. Nous devons apprendre des leçons du passé.

L’éditorial de cette semaine analyse le cas de la Guinée et relève la nécessite é d’organiser une conférence internationale sur la fièvre hémorragique Ebola.

Nous vous proposons ensuite  cinq articles intéressants de la semaine.

Bonne Lecture

Basile Keugoung

 

Editorial- Epidémie de fièvre hémorragique à virus Ebola : nécessité d’une conférence internationale

Par  Alpha Ahmadou Diallo, Enseignant–Chercheur à la Chaire de Santé Publique, UGANC

Lire ici

 

1. OMS-Maladie à virus Ebola en Afrique de l’Ouest – mise à jour

http://www.who.int/csr/don/2014_08_28_ebola/fr/

Épidémiologie et surveillance

  • Selon les informations communiquées par les Ministères de la Santé des quatre pays touchés (Guinée, Libéria, Nigéria et Sierra Leone), la flambée actuelle de maladie à virus Ebola a entraîné au total 3069 cas probables ou confirmés, dont 1552 décès.
  • L’accélération de la flambée se poursuit. En effet, plus de 40% des cas sont survenus au cours des 21 derniers jours. Toutefois, la plupart des cas sont concentrés dans quelques localités seulement.
  • Le taux de létalité, qui s’élève globalement à 52%, est compris entre 42% en Sierra Leone et 66% en Guinée.
  • Une autre flambée de maladie à virus Ebola, qui n’est pas liée à celle qui touche l’Afrique de l’Ouest, a été confirmée en laboratoire par la République démocratique du Congo (RDC). Elle fait l’objet d’un bulletin d’information distinct.

Action du secteur de la santé

Pour bien comprendre la nature de la flambée et mieux y répondre, il a fallu procéder à une analyse détaillée afin de déterminer où la transmission a eu lieu exactement (au niveau des districts) et quelle est l’évolution dans le temps. Il est ressort de cette analyse, en cours actuellement, que les cas restent concentrés (62% des cas notifiés depuis le début de la flambée) à Guéckédou (Guinée), l’épicentre de la flambée, à Lofa (Libéria), où le nombre de cas continue à augmenter, et à Kenema et Kailahun (Sierra Leone). Les capitales suscitent une inquiétude particulière en raison de la densité de la population et des répercussions sur les voyages et le commerce.

Sur le terrain, l’OMS et ses partenaires mettent en place des centres de traitement de la maladie à virus Ebola et renforcent les capacités concernant les tests de laboratoire, le suivi des contacts, la mobilisation sociale, la sécurité des inhumations et les soins prodigués pour d’autres problèmes de santé.

L’OMS continue de contrôler les rapports faisant état de rumeurs ou de cas suspects, qui parviennent d’un peu partout dans le monde, et la vérification systématique de ces cas continue. Les pays sont encouragés à poursuivre les activités de surveillance et de préparation. Des cas de maladie à virus Ebola ont été notifiés en République démocratique du Congo. Ils ne sont pas liés à la flambée qui touche l’Afrique de l’Ouest. Aucun nouveau cas n’a été confirmé en dehors des quatre pays touchés en Afrique de l’Ouest et de la RDC.

 

Maladies infectieuses

2. Lancet (Comment) – Comment freiner le contrôle de la tuberculose : 5 étapes simples

Titre original- How to hinder tuberculosis control: five easy steps
Mishal Khan & Richard Coker;

http://www.thelancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(14)61175-2/fulltext

L’échec historique d’inclure les résultats de la recherche dans les politiques efficaces signifie nous avons dilapidé les opportunités et les ressources. Nous faisons ressortir 5 étapes suivies par les décideurs et qui limitent les efforts de contrôle de la tuberculose.

– Mise en place d’incitants pour cacher plutôt que d’élucider les déficiences du programme

L’importance est plus accordée aux indicateurs à atteindre. Les difficultés des services et des patients sont ignorés dans le système de reportage des données. Même au niveau international, les bailleurs ont introduit des incitants pervers qui affectent les programmes. Le Fonds Mondial alloue les ressources en fonction des objectifs atteints. Etendre les services pourrait donc réduire le niveau de performance car les populations les plus difficiles seront dépistées et la proportion de personnes guéries pourrait baisser.

– Investir sur des solutions technologiques ou médicales plutôt que le renforcement du système de santé

La focalisation myopique sur l’extension des solutions technologiques aux dépens de renforcement des systèmes de santé  n’est pas seulement une mauvaise allocation de ressources, mais peut causer des effets négatifs. L’orientation des ressources vers la tuberculose multirésistante peut réduire les efforts pour améliorer l’adhérence chez des patients ayant une tuberculose sensible.

– Se focaliser sur l’achat des médicaments pour la tuberculose multirésistante et ignorer les infrastructures essentielles pour les délivrer efficacement

Les décideurs adoptent les politiques de traitement de la tuberculose multirésistante comme une urgence et non sur la base de l’évidence et des objectifs stratégiques à long terme. La tuberculose multirésistante est le résultat d’un système de traitement de la tuberculose non fonctionnel. Environ 400000 cas de tuberculose multirésistante surviennent chaque année. En les traitant tous de façon miraculeuse, 400000 nouveaux cas surviendraient l’année qui suit parce que les systèmes de santé ne sont pas fonctionnels.

– Laisser le secteur privé non régulé offrir les antituberculeux de façon incorrecte

Les médicaments antituberculeux sont souvent disponibles dans les pharmacies privées de certains pays à faible et moyen revenu. La qualité de ces médicaments est douteuse. Certains médecins installés en clientèle privée en Asie (Inde, Pakistan) prescrivent les antituberculeux de façon incorrecte.

– Débuter et arrêter brutalement les financements du programme tuberculose.

Cet arrêt brutal de financement a été observé par le passé avec des conséquences catastrophiques, comme en Zambie, en Union Soviétique et récemment en février 2014 avec l’arrêt de l’approvisionnement des antituberculeux par MSF au Myanmar.

Il est évidemment difficile de formuler des politiques optimales de contrôle de la tuberculose dans un contexte de ressources limitées. Toutefois, agir dans l’optique de l’urgence et sans évidence, ignorer les réalités sur le terrain telles que les incitants pervers et le secteur privé non régulé réduit au mieux les efforts de contrôle de la tuberculose et au pire du tort.

Les appels répétés pour un leadership fort sont naïfs quand les mêmes appels ignorent les priorités contextuelles et les mesures nécessaires au contrôle. Nous nous interrogeons si 30 ans plus tard nous n’allons pas regarder dans le rétroviseur et dire malgré nos connaissances et l’expérience, nous avons exacerbé la charge de la tuberculose à cause de notre refus d’agir.

 

3. Panafrican Medical Journal –Une revue systématique des opportunités manquées pour améliorer le contrôle de la tuberculose et du VIH/SIDA en Afrique sub-saharienne : ce qui reste encore manqué par les experts en santé publique

Titre original- A systematic review of missed opportunities for improving tuberculosis and HIV/AIDS control in Sub-Saharan Africa: what is still missed by health experts?

Basile Keugoung et al.; http://www.panafrican-med-journal.com/content/article/18/320/full/

Cet article est une revue de littérature des opportunités non saisies pour le contrôle de la tuberculose et du VIH/SIDA en Afrique sub-saharienne. En 2010, 64% des 34 millions de personnes infectées par le VIH/SIDA vivaient en Afrique sub-saharienne et seuls 41% des personnes éligibles avaient accès à la trithérapie. Cette région avait 12% de la population mondiale et avait reporté 26% des 8,8 millions de cas incidents de tuberculose. Les articles ont été recherchés dans la base de données PUBMED. Nous avons inclus les articles originaux et les revues systématiques effectuées en Afrique sub-saharienne sur les opportunités manquées liées aux soins contre le VIH/SIDA et la tuberculose.

Les opportunités manquées pour améliorer les soins liés au VIH/SIDA et à la tuberculose peuvent être classées en 5 catégories : i) le patient et la communauté ; ii) le prestataire de soins ; iii) la formation sanitaire ; iv) le système local de santé ; et enfin v) le programme vertical (VIH/SIDA et tuberculose). Aucune des études n’a identifié les opportunités non saisies pour renforcer les systèmes de santé comme une opportunité manquée.

Les opportunités manquées limitent le contrôle du VIH/SIDA et de la tuberculose dans un contexte de faiblesse des systèmes de santé en Afrique sub-saharienne. Et ce qui est davantage manqué par les experts en santé publique, c’est la reconnaissance que les opportunités qui ne sont pas saisies pour renforcer les systèmes de santé freinent aussi la prévention et le traitement du VIH/SIDA et de la tuberculose. Etudier pourquoi ces opportunités sont manquées aiderait à mieux comprendre les raisons et à mieux concevoir des stratégies adéquates pour les saisir et arriver à un contrôle effectif des maladies.

 

Talents Emergents

4. Health Research Policy and systems – La recherche sur les systèmes de santé dans la période de réforme du système de santé en Inde : revue

Titre original : Health systems research in the time of health system reform in India: a review

Krishna D Rao, Radhika Arora and Abdul Ghaffar;

http://www.health-policy-systems.com/content/12/1/37

La recherche sur les systèmes de santé est un facteur important d’amélioration de la performance du système de santé. Surtout, la recherche sur le programme et la mise en œuvre de la politique peut aussi créer une culture de redevabilité publique. Dans la dernière décennie, d’importantes réformes du système de santé ont été mises en œuvre en Inde. Il s’agit notamment du renforcement du système de santé du secteur public par la Mission nationale pour la santé rurale nationale (NRHM), et l’expansion des régimes d’assurance pour les pauvres subventionnés par le gouvernement. Cette étude fournit une analyse de la situation de la recherche sur les systèmes de santé au cours de la période de réforme.

Nous avons examiné 9477 publications faites entre 2005 et 2013 dans deux bases de données électroniques, PubMed et IndMED. Les articles ont été classés selon les composantes du système de santé de l’OMS.

Nos résultats indiquent le nombre de publications sur les systèmes de santé ont progressivement augmenté  chaque année de 92 en 2006 à 314 en 2012. La majorité des articles étaient sur l’offre des soins (40%), et moins sur l’information (16%), la les équipements et les intrants (15%), les ressources humaines (11%), la gouvernance (5%), et le financement (8%).

Environ 70% des articles étaient dirigés par un auteur basé en Inde, la majorité des auteurs situés dans seulement quatre Etats. Plusieurs Etats, en particulier dans l’est et le nord-est de l’Inde, n’ont pas eu un seul article publié par un auteur principal situé dans une institution locale. De plus, beaucoup de ces pays ne sont pas l’objet d’un article publié. En outre, quelques institutions ont produit la majeure partie de la recherche. Parmi les auteurs étrangers, 77% provenaient de cinq pays (USA, UK, Canada, Australie et Suisse).

La croissance de la recherche publiée au cours de la période de réforme en Inde est un développement positif. Cependant, le volume de cette recherche est produit dans quelques États et par quelques institutions. Renforcer davantage la recherche sur les systèmes de santé nécessite une attention aux domaines négligés des systèmes de santé comme les ressources humaines, le financement et la gouvernance. Surtout, la capacité de recherche doit être renforcée dans les Etats et les institutions qui ont une pénurie en chercheurs, ainsi que les États qui ont fait l’objet de peu de recherche. Bien que plus de fonds pour la recherche sur les systèmes de santé sont nécessaires, ce financement doit les déficiences des domaines des systèmes de santé, les zones géographiques et les institutions.

 

Recherche

5. Social Science & Medicine – Recrutement des personnes âgées dans les systèmes de protection sociale en Afrique de l’Ouest –l’exclusion sociale joue-t-elle un rôle ?

Divya Parmar, Gemma Williams, Fahdi Dkhimi, Alfred Ndiaye, Felix Ankomah Asante, Daniel Kojo Arhinful, Philipa Mladovsky

Titre original- Enrolment of older people in social health protection programs in West Africa – Does social exclusion play a part?
http://www.sciencedirect.com/science/article/pii/S0277953614005280

Bien que la population de personnes âgées en Afrique est en augmentation, et les personnes âgées sont de plus en plus vulnérables en raison de l’urbanisation, l’éclatement des structures familiales et l’augmentation des coûts de soins de santé, la plupart des pays africains n’ont pas de protection sociale de la santé pour les personnes âgées. Il y a tout de même deux exceptions. Le plan Sésame du Sénégal où les personnes âgées sont exemptes des paiements directs et le Système national d’assurance maladie du Ghana (SNAM) où les personnes âgées sont exonérées du paiement des primes. L’évidence si ces personnes âgées connaissent et s’inscrire à ces programmes fait toutefois défaut. Cette étude vise à combler cette lacune. Outre l’exploration des indicateurs économiques, nous étudions également si l’exclusion sociale détermine l’inscription des personnes âgées. Il s’agit de la première étude qui tente d’explorer les  dimensions sociales, politiques, économiques et culturelles (SPEC) de l’exclusion sociale dans le cadre des programmes de protection sociale de la santé pour les personnes âgées. Les données ont été recueillies par deux enquêtes transversales  auprès des ménages menées au Ghana et au Sénégal en 2012. Nous avons développé des indices de SPEC et avons effctué des régressions logistiques pour étudier les déterminants du recrutement. Nos résultats indiquent que les personnes âgées vulnérables à l’exclusion sociale dans toutes les dimensions de SPEC sont moins susceptibles de s’inscrire dans le Plan Sésame et ceux qui sont vulnérables à la dimension politique sont moins susceptibles de s’inscrire dans SNAM. Des efforts devraient être prises pour inscrire spécifiquement les personnes âgées dans les zones rurales, les minorités ethniques, les femmes et ceux isolés en raison d’un manque de soutien social. On devrait également particulière pour  modifier les caractéristiques du régime tels que l’élimination des frais d’inscription pour les personnes âgées dans SNAM et la création de bureaux de l’administration des cartes d’identité dans les communautés éloignées du Sénégal.

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