Le 15 juin dernier s’est célébrée la Journée Mondiale des dons de sang sous le thème ‘un sang sécurisé pour sauver des mères’. Une journée pour nous rappeler de l’importance des dons de sang pour non seulement constituer des banques de sang mais surtout pour sauver les vies de celles qui veulent donner des vies. En effet, de nombreuses complications pendant la grossesse ou après l’accouchement aboutissent à des anémies sévères qui nécessitent d’être corrigées en urgence pour préserver le pronostic vital.

Près de 800 femmes meurent chaque jour  suite à des complications pendant la grossesse ou l’accouchement. Et les hémorragies sont la première cause des décès maternels car elles peuvent entraîner le décès en deux heures. Selon Dr Margaret Chan, Directeur général de l’OMS, ‘si tous les établissements assurant des soins obstétricaux pouvaient transfuser du sang sécurisé, un grand nombre de ces mères pourraient être sauvées.’

Malheureusement, les dons de sang ne couvrent pas les besoins surtout en Afrique sub-saharienne où les taux de dons de sang sont les plus faibles et où les ratios de mortalité maternelle sont les plus élevés au monde. En effet, on compte moins de 10 dons de sang pour 1000 habitants contre 35 dons de sang pour 1000 habitants dans les pays riches.

Au Cameroun (20 millions d’habitants) où cette journée s’est célébrée le 15 juillet dernier,  environ 50000 poches de sang sont collectées chaque année pour des besoins estimés à 400000 poches, et 20 femmes décèdent chaque jour des complications liées à la grossesse.

En plus des problèmes de pénurie, les dons de sang dans les pays à faible revenu sont surtout familiaux alors que dans les pays riches, plus de 90% des dons de sang sont faits gratuitement par des volontaires.

Le troisième problème concerne celui de la sécurité transfusionnelle. Dans le cas des dons de sang par les familles, le sang est collecté dans des situations de stress et d’urgence qui peuvent influer le nombre de tests ou compromettre la qualité des tests à effectuer.

Enfin, les prélèvements sont souvent faits sans tester au préalable le donneur, ce qui aboutit à la destruction d’un nombre important de poches à cause des infections telles que le VIH/SIDA  et les hépatites virales. Une étude faite dans une Banque de sang à Yaoundé a montré que 18% des poches de sang prélevées chez les donneurs (les dons étant essentiellement familiaux) étaient détruites parce qu’elles étaient infectées par le VIH ou les hépatites virales B ou C.

En rappelant l’importance du don de sang pour sauver les vies, cette Journée doit aussi interpeller les gouvernements pour qu’elles mettent en place des politiques cohérentes qui tiennent compte des perspectives du donneur, du prestataire et du patient qui nécessite le sang.

En ce qui concerne le donneur, il doit bénéficier d’une prise en charge qui accompagne sa volonté de don de sang. Ainsi, les tests rapides doivent être utilisés pour les dépistages des infections potentielles (VIH, hépatites, syphilis…) pour éviter de prélever et pour ensuite détruire le sang infecté. Car il s’agit d’un gaspillage dans des contextes où l’insuffisance des ressources est cruciale. Le sang ne devrait être collecté que si ces tests rapides sont négatifs. De plus, le donneur potentiel qui se trouve malheureusement infecté devrait bénéficier d’une prise en charge adéquate, non seulement pour rompre la chaîne de transmission mais aussi améliorer son état de santé.

Ceci exige une réorganisation des espaces de dons de sang pour qu’ils ne soient pas seulement des locaux de prélèvement des poches de sang qui sont ensuite testées et stockées. La première étape doit être le conseil et le dépistage, ensuite la référence vers des structures de prise en charge si le donneur a un problème incompatible avec le don de sang, ou le prélèvement de sang pour des tests approfondis.

Le prestataire a un rôle capital à jouer surtout dans des contextes où le financement des soins est basé sur les paiements directs par les patients. Les frais à payer par le patient pour obtenir une poche de sang sont souvent très élevés et ne reflètent pas  toujours le recouvrement des coûts nécessaires pour faire des tests sur une poche de sang obtenue gratuitement d’un donneur volontaire. Pour une poche de sang, il est souvent exigé au patient près de 50 US$. Ceci entraîne un manque de confiance des populations à leur système de don de sang (et au système de santé en général).

Enfin, nous devons tous œuvrer pour améliorer notre état de santé. Le don de sang que nous faisons aujourd’hui peut nous aider demain. Les gestionnaires des systèmes de santé doivent repenser les politiques des dons de santé en Afrique subsaharienne. La garantie des soins pour le donneur serait une mesure incitative forte pour améliorer les taux de dons volontaires.

 

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