Pr Philippe Reinert

Pédiatre

Président d’honneur de la revue médicale Développement & Santé (www.devsante.org)

Membre de la Commission Santé d’Excision, parlons-en (www.excisionparlonsen.org)

Et

Dr Béatrice Cuzin

Chirurgien, urologue, sexologue

Membre du bureau d’Equilibre et Population (www.equipop.org)

Membre de la Commission Santé d’Excision, parlons-en (www.excisionparlonsen.org)

La revue médicale de formation continue Développement et Santé vient de publier,  en partenariat avec le collectif francophone Excision, parlons-en !, un numéro spécial consacré à la pratique de l’excision (encore appelée mutilation génitale féminine, MGF, ou mutilation sexuelle féminine, MSF).

Si de nombreux acteurs, en Afrique et ailleurs, prônent son abandon depuis des décennies, c’est bien parce que l’excision a des conséquences graves sur la santé des jeunes filles et des mères, et plus globalement sur l’ensemble des populations. Il nous est apparu essentiel de traiter ce sujet sous ses différents aspects afin que tous les acteurs aient connaissent des motivations perpétuant cette pratique ainsi que l’ensemble des conséquences médicales, et enfin pour promouvoir les meilleures pistes qui faciliteront son abandon définitif.

Rappelons que, selon l’UNICEF, près de 125 millions de filles et de femmes en vie en Afrique ont subi une MGF et environ 3 millions de jeunes filles seraient potentiellement à risque chaque année. Si la pratique baisse de manière continue, elle varie beaucoup selon les zones géographiques, et les efforts sont encore insuffisants dans de nombreux pays.

Sans être exhaustif, nous pouvons citer parmi les principales conséquences identifiées :

– médicales immédiates : douleurs violentes, hémorragies, troubles de la miction et ade l’exonération en raison de l’œdème, douleurs, infections ;

 

A titre indicatif, une étude réalisée au Yémen, dans laquelle 600 femmes ont été interrogées sur les complications observées chez leur fille après MGF, a rapporté un taux de décès de 2,3 %.

– médicales à long terme : les kystes dermoïdes et les abcès, les infections pelviennes chroniques, responsables de douleurs chroniques, et les infections urinaires à répétition ;

Des études suggèrent également que les MGF pourraient potentiellement augmenter le risque d’infection par le VIH. Le risque d’augmentation de la stérilité est également suspecté, en raison d’infections ou de problèmes psychologiques.

D’importantes études réalisées par l’OMS dans plusieurs pays ont montré que les risques  de complications obstétricales sont également plus significatifs pour les mères ayant subi une MGF : davantage de césariennes, d’enfants morts-nés ou ou de décès néonatal précoce, surmortalité des femmes qui accouchent, etc…

– psychologiques : syndrome de stress post-traumatique, dépression, et anxiété.

Une étude a montré que 80 % des femmes ayant subi une MGF avaient des flash back, 58 % un trouble affectif, 38 % des troubles anxieux autres et 30 % un stress post-traumatique.

Dans ce cadre, les professionnels de santé ont un rôle crucial à jouer. Dans la prévention tout d’abord, en informant correctement les familles sur les conséquences induites par cette pratique. Ils peuvent également informer puis demander assistance aux responsables religieux locaux ou nationaux, en s’appuyant sur les interprétations de textes sacrés comme celles de l’Université Al-Azahr en Egypte, pour inciter à l’abandon collectif.

En tout état de cause, les prestataires de soins doivent refuser toute forme de médicalisation, car il n’y a pas de bonne pratique de l’excision. Ainsi, des réseaux internationaux, comme le SIDIIEF (Secrétariat International des Infirmières et Infirmiers de l’Espace Francophone), ont donné à leurs membres des recommandations claires et fermes en ce sens. Par ailleurs, un certain nombre de dispositifs permettant de réduire certaines conséquences de l’excision méritent d’être connues par les praticiens, même si cela ne doit en aucun cas être un blanc-seing pour poursuivre cette pratique.

Si des politiques nationales existent en Afrique, elles devraient être renforcées pour mieux lutter contre l’excision. Mais nous savons qu’il y a souvent une différence  entre les politiques formulées au niveau national et leur adoption ou leur mise en œuvre par les populations. Pour cela, les médecins chefs de district ont un rôle capital à jouer dans la lutte contre l’excision. Ils vivent dans les contextes où se déroule justement l’excision et peuvent donc interagir directement avec les différents détenteurs d’enjeux –parents, exciseurs, leaders religieux, politiques, et traditionnels, autorités administratives et traditionnelles, …- pour faire le plaidoyer. Ainsi, ils pourront développer progressivement des coalitions au niveau district voire des aires de santé pour que ces détenteurs d’enjeux s’approprient l’abandon de cette ‘coutume ancestrale’ et amène les populations à cesser la pratique.

La lutte contre l’excision ne devrait plus se limiter au niveau politique. Au niveau de l’aire de santé, les prestataires de soins peuvent discuter avec les populations pour avoir une meilleure connaissance des raisons évoquées pour justifier l’excision, des personnes impliquées, et des détenteurs d’enjeux à inclure dans la coalition. Cette meilleure connaissance permettrait d’adapter les messages et les stratégies.

Considérant que les acteurs impliqués dans la lutte contre l’excision et en particulier les prestataires de soins, doivent être en pointe pour mettre fin à cette mauvaise pratique. Nous espérons donc que le numéro spécial consacré à l’excision qui contient une quinzaine d’articles sur des thèmes variés, est volontairement holistique, et donnera les clefs nécessaires et suffisantes pour les aider à rallier le plus grand nombre possible de personnes d’abandonner cette pratique.

Vous pouvez télécharger le numéro spécial complet sur l’excision en cliquant ici. Nous vous encourageons aussi à le diffuser librement à toute personne du milieu de la santé, associatif ou même religieux qui pourrait y trouver des réponses utiles en leur envoyant ce lien : http://devsante.org/numeros/numero-205.

 

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