Par Alpha Ahmadou Diallo
Chaire de santé Publique
Université de Conakry-Guinée
Ministère de la santé

Diallo1

La recherche pour la santé peut contribuer à infléchir les tendances des indicateurs de santé en Guinée. Le profil sanitaire du pays reste caractérisé par des indicateurs pour la plupart en dessous de ceux des pays africains. Les taux de mortalité maternelle, infantile et infanto-juvénile sont respectivement de 724 pour 100.000 naissances vivantes, 67‰ et 123‰ (EDS 2012). En effet, la recherche opérationnelle sur le système de santé a été amorcée en Guinée à la faveur de la réforme du système de santé intervenue en 1988 dans l’optique de la mise en œuvre des soins de santé primaires et l’Initiative de Bamako. Ce type de recherche, axé sur les problèmes prioritaires, consiste à cibler une problématique donnée et s’y investir en vue de générer de nouvelles connaissances pouvant permettre  de  promouvoir, de restaurer et de maintenir la santé des individus et des communautés avec leur participation.

Elle est donc importante pour le niveau district car elle permettrait d’analyser des problèmes concrets de mise en œuvre de l’offre soins et de proposer des solutions innovatrices et adaptées au contexte.

L’une des actions prioritaires sur de la Conférence de Dakar sur le district sanitaire est d’encourager tous les acteurs à développer un programme de recherche et de développement des connaissances d’envergure autour de la santé en contexte urbain et péri-urbain (que faire et comment le faire?).

Les forts taux de mortalité de Guinée seraient aussi le reflet d’une insuffisance de recherche et d’utilisation des résultats pour mettre des stratégies d’offre de soins basées sur l’évidence et adaptées au contexte local, régional ou national.
La politique nationale de la recherche en santé (PNRS) ainsi qu’un plan directeur quinquennal de développement de la recherche  pour la période 2003-2007 ont été élaborés en 2002 et sont en cours de révision grâce à l’appui technique et financier de l’OMS et de l’Organisation Ouest Africaine de la Santé (OOAS /WAHO).
Au sein du Ministère de la santé à travers le Bureau de Stratégie et Développement (BSD), une Division Information Sanitaire et Recherche (DISR) assure la coordination des activités de recherche et divers soutiens. Aux niveaux périphérique et intermédiaire, les chargés de la planification, de la formation et de la recherche dans les districts et les régions sanitaires sont responsables de la mise en œuvre de la politique nationale de recherche pour la santé.
Les  structures spécialisées dans le domaine de la recherche sont: l’Institut National de Santé Publique (1995), le Centre de Formation et de Recherche en Santé Rurale (1997), l’Institut de Nutrition et de Santé de l’Enfant (1989), et   le Centre de recherche et de valorisation des plantes médicinales de Dubréka/Guinée et des cabinets d’étude. Le Code Ethique de la recherche en santé a été élaboré  en 1997 et le Comité national d’éthique pour la recherche en santé a été mis en place (1999). Ce Comité n’examine en moyenne qu’une vingtaine de protocoles de recherche pour la santé par an.

Tous les niveaux du système de santé sont touchés par des problèmes qui entrainent la faible performance de la recherche en Guinée. Il s’agit de :

– Capacités humaines et matérielles
Les chercheurs dont la Guinée dispose se trouvent dans les Centres de recherche et les Facultés de Médecine au nombre de cinq (une publique et 4 du secteur privé. Au niveau district et régional, le profil de poste des responsables de la planification ne requiert aucune formation spécifique à la recherche. Au niveau central, ceux qui sont nommés dans les postes (en dehors du directeur et quelques responsables) de recherche n’ont pas publié d’articles scientifiques.
Des ateliers de formation en méthodologie de la recherche ont été organisés à l’intention des jeunes chercheurs en raison de 25 participants par session. En outre, il n’y a pas de plan de carrière pour les chercheurs.
Les besoins matériels tels que le matériel de collecte des données (dictaphone) ou les logiciels d’analyse ne sont pas exprimés dans les besoins des services lors de la planification.
Pour lutter contre les forts taux de mortalité sus-évoqués, la recherche opérationnelle au niveau du district de santé est capitale. Malheureusement, les chercheurs se trouvent au niveau central et dans les hôpitaux universitaires et mènent essentiellement la recherche clinique.

– Documentation
Il n’y a pas d’abonnement des districts de santé, des régions et même du niveau central aux journaux scientifiques. Bien que l’OMS ait le projet HINARI qui permet l’accès gratuit à des journaux scientifiques à des Institutions des pays à faible revenu, ce canal n’est pas utilisé par le Ministère de la santé pour assurer l’accès des managers à ces journaux.

– Communication
Les résultats de recherche, rarement diffusés, ne sont pas utilisés pour la prise de décision avisée. La DISR n’a pas un répertoire de la recherche publiée sur la Guinée. Le délai d’analyse des projets de recherche et d’obtention de l’autorisation de recherche est d’environ un mois. En plus, dans la majorité des cas, ce sont les projets financés par les bailleurs externes qui demandent une autorisation de recherche.

– Financement
Les budgets alloués à la recherche sont faibles et ne concernent que le fonctionnement institutionnel. Au niveau régional et district, il n’y a pas de budget spécifique dédié à la recherche.

– Liens institutionnels
La DISR collabore très peu avec les Universités. La demande en recherche en adéquation avec les besoins de santé est marginale.

Quelques pistes d’amélioration
Une meilleure communication avec un cadre approprié de partage des expériences et de rapports de recherche et des facilités de publication s’avère nécessaire.
L’idée d’inscrire tous les médecins chefs de district, les directeurs d’hôpitaux de district, les responsables régionaux et centraux du Ministère de la santé publique, les chercheurs et les décideurs à la Communauté des Pratiques Prestations des Services de Santé (CoP PSS) est une intéressante piste. Ceci faciliterait l’accès à l’information scientifique sur l’offre de soins, aux bonnes pratiques et à l’expertise du réseau de la CoP PSS.
En plus, il faudrait i) Renforcer le cadre institutionnel de la recherche pour la santé ; et ii) Développer des capacités de recherche en termes de financement et de compétences des chercheurs.
Le Ministère de la santé publique devrait s’abonner au Projet HINARI de l’OMS pour faciliter l’accès des cadres aux journaux scientifiques.

Au regard de la portée de la recherche pour la santé, les efforts conjugués de l’ensemble des parties prenantes au développement d’un programme de recherche à la dimension des besoins permettront de rehausser durablement le niveau et la qualité de la recherche en vue d’améliorer de façon durable l’offre de soins dans les districts de santé.  

 

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