Dans l’Editorial de cette semaine, Bertrand Livinec de l’Initiative Panafricaine de Lutte contre les Hépatites (IPLH) montre la relation entre les inégalités et la morbidité  liée au VIH/SIDA. La lutte contre les inégalités est donc une piste pour le contrôle des problèmes de santé dans les pays  à faible revenu en général et en Afrique sub-saharienne en particulier.

En plus, nous vous proposons des articles sur la tuberculose, l’accès aux médicaments, le rôle des facteurs contextuels sur les résultats des politiques de santé, et la comparaison entre deux méthodes visuelles de dépistage du cancer du col.

N’hésitez pas à envoyer vos commentaires par courriel à [email protected].

Bonne Lecture

Pour l’Equipe éditoriale

Basile Keugoung

 

Editorial-VIH en Afrique : N’est-il pas nécessaire de réduire les inégalités ?

Bertrand Livinec

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Tuberculose

1. WHO – Progrès dans le diagnostic de la tuberculose multirésistante

Titre original : Progress in diagnosing multidrug-resistant tuberculosis

http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2014/tb-day/en/

Par Basile Keugoung

En 2012, près d’un demi-million de personnes ont contracté une tuberculose multirésistante (tuberculose-MR), mais seulement un cas sur quatre a été diagnostiqué, principalement à cause du manque d’accès à des services de qualité.

L’Organisation mondiale de la Santé (OMS) rapporte cependant que, grâce à un projet connu sous le nom de «EXPAND-TB» (Étendre l’accès à de nouvelles méthodes de diagnostic de la tuberculose) et financé par UNITAID, 27 pays font des progrès prometteurs en matière de diagnostic de la tuberculose multirésistante.

– Atteindre les trois millions de personnes qui ne sont pas soignées

La Journée mondiale de lutte contre la tuberculose 2014 avait pour slogan «Atteindre les trois millions». Selon les estimations, un tiers des neuf millions de personnes contractant la tuberculose chaque année ne bénéficient pas des soins dont ils ont besoin. Dans de nombreux pays, il est difficile d’avoir accès aux services de diagnostic, en particulier en cas de tuberculose-MR.

Certains pays ne disposent que d’un laboratoire central, souvent avec des capacités limitées pour diagnostiquer cette forme de tuberculose. Dans certains cas, les échantillons des patients doivent être envoyés dans d’autres pays pour faire les analyses. De plus, avec les tests classiques, il faut parfois plus de deux mois pour obtenir les résultats.

La situation commence cependant à évoluer. De nouvelles technologies permettent de diagnostiquer rapidement la tuberculose et la tuberculose-MR en à peine deux heures.

En 2009, UNITAID a donné 87 millions US$ pour soutenir le projet EXPAND-TB réunissant plusieurs partenaires et visant à permettre un accès efficace et durable, ainsi que l’utilisation de nouvelles techniques de diagnostic recommandées dans 27 pays à revenu faible ou intermédiaire. Selon les estimations, ces pays représentent ensemble 40% de la charge de morbidité mondiale imputable à la tuberculose-MR.

– Plus de 30% des cas de tuberculose multirésistante détectés

Le projet EXPAND-TB a donné des résultats impressionnants. Les pays qui en ont bénéficié ont détecté plus de 30% des cas de tuberculose-MR dans le monde en 2012. En Inde, 90% des cas de tuberculose-MR ont été décelés dans des services aidés par le projet. L’utilisation de ces tests suppose un renforcement des services de laboratoire. Fin 2013, le nombre d’établissements pleinement opérationnels était de 92. De 2009 à 2013, le nombre de cas de tuberculose-MR diagnostiqués dans les 27 pays a triplé et a atteint 36 000 pour 2013 seulement.

Le projet a permis de traiter davantage de patients avec des médicaments antituberculeux de seconde intention de qualité garantie. Grâce à cette demande, il a contribué à faire baisser d’un tiers le prix des médicaments et des schémas thérapeutiques contre la tuberculose-MR. Les prix ont également diminué pour les fournitures nécessaires au diagnostic.

Les partenaires du projet sont l’OMS, l’Initiative mondiale pour les laboratoires, le Service pharmaceutique mondial du Partenariat Halte à la tuberculose et la Fondation pour des outils diagnostiques nouveaux et innovants (FIND). Les fonds ont été utilisés pour acheter du matériel, des fournitures et pour former les techniciens de laboratoire.

Le projet EXPAND-TB complète les investissements dans le domaine des infrastructures de laboratoire et des services de diagnostic de la part de partenaires internationaux comme le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, la Banque mondiale et le gouvernement des États-Unis d’Amérique.

Les ministères de la santé s’efforcent désormais de trouver au niveau national les fonds nécessaires sur le moyen terme et collaborent avec les partenaires pour combler les déficits de financement pour des tests et services de diagnostic de qualité.

UNITAID est une initiative mondiale pour la santé créée en 2006 par les gouvernements du Brésil, du Chili, de la France, de la Norvège et du Royaume-Uni pour garantir un financement durable de la lutte contre le VIH/sida, le paludisme et la tuberculose. Environ 70% des fonds d’UNITAID proviennent d’une taxe modique sur les billets d’avion. Par l’intermédiaire d’agents d’exécution, UNITAID finance l’achat de médicaments et de produits diagnostiques de qualité garantie pour les patients des pays pauvres, usant de son influence sur le marché pour étendre l’offre, promouvoir la mise au point de produits nouveaux et mieux adaptés, réduire les délais de livraison et faire baisser les prix.

Le Service pharmaceutique mondial du Partenariat Halte à la tuberculose coordonne et gère pour les pays éligibles les achats et les livraisons de produits pour la tuberculose, comme des médicaments de qualité garantie, du matériel de diagnostic et des fournitures; il offre également une assistance technique pour établir des systèmes d’approvisionnement qui soient plus pérennes. Il a procuré et distribué des diagnostics et du matériel de laboratoire pour le projet et, en centralisant la demande mondiale de médicaments antituberculeux de seconde intention, a obtenu jusqu’à 32% de réduction des coûts pour le traitement de la tuberculose-MR en instituant une base plus large de fournisseurs produisant des médicaments de qualité garantie et en permettant une plus grande concurrence sur les marchés.

 

Médicaments

2. OMS – Octroi de licence obligatoire et capacité de production locale de médicaments en Afrique

Titre original :  Compulsory patent licensing and local drug manufacturing capacity in Africa

Auteur : Olasupo Ayodeji Owoeye

Source: http://www.who.int/bulletin/volumes/92/3/

Par Bangaly Doumbouya

L’Afrique porte le plus lourd fardeau de maladies dans le monde et continue de dépendre des importations de produits pharmaceutiques pour répondre à ses besoins de santé publique. Les fabricants asiatiques de médicaments génériques commencent à fonctionner sous un régime de propriété intellectuelle plus protectionniste; par conséquent, leur capacité de production de médicaments à des prix abordables pour les pays les plus pauvres est de plus en plus limitée. La Déclaration de Doha sur l’accord sur les ADPIC et la santé publique donne aux États membres de l’Organisation mondiale du commerce (OMC) le droit d’adopter une législation permettant l’utilisation de matériel breveté sans l’autorisation du détenteur du brevet, une disposition connue sous le nom « d’octroi de licence obligatoire ». Afin que les pays africains puissent profiter pleinement de l’octroi de licence obligatoire, ils doivent impérativement développer une importante capacité de production locale. Cependant, créer une capacité de production dans chaque pays africain est un défi presque impossible à relever; une zone de libre-échange en Afrique devrait donc être développée afin de servir de plateforme non seulement pour la libre-circulation des marchandises découlant des licences obligatoires, mais également pour instaurer une collaboration économique ou financière en vue de développer une forte capacité de production de produits pharmaceutiques sur le continent. La majorité des pays d’Afrique font partie de la liste des pays les moins avancés des Nations unies, ce qui leur permet, en vertu des dispositions de l’OMC, de refuser d’accorder des brevets pour les produits pharmaceutiques jusqu’en 2021. Par conséquent, les pays africains doivent impérativement collaborer pour créer maintenant une forte capacité de production pharmaceutique sur le continent, alors que les assouplissements du droit international de la propriété intellectuelle offrent encore des avantages considérables.

 

Recherche

3. HP&P – Facteurs contextuels comme clé pour la compréhension de effets hétérogènes d’une politique de santé maternelle au Burkina Faso?

Titre original: Contextual factors as a key to understanding the heterogeneity of effects of a maternal health policy in Burkina Faso?

Loubna Belaid & Valéry Ridde;

http://heapol.oxfordjournals.org/content/early/2014/03/

Par Basile Keugoung

Le Burkina Faso a mis en place des subsides pour les soins obstétricaux et néonataux d’urgence (SONEU) pour couvrir 80% des coûts d’accouchements normaux dans les formations sanitaires publiques. L’objectif était d’augmenter la couverture des accouchements assistés. Après la mise en œuvre de cette politique, la couverture a augmenté dans le pays, mais des disparités étaient observées entre les districts et les formations sanitaires.

Pour comprendre ces différences, nous avons évalué les facteurs contextuels et la mise en œuvre des SONEU dans six formations sanitaires de premier échelon d’un district en utilisant la méthodologie d’études de cas multiples contrastées. Nous avons interviewé 71 femmes, 7 accoucheuses traditionnelles, 11 membres de comités de gestion, et 26 personnels de santé et gestionnaires des services de santé. Vingt-six groupes de discussion ont été organisés dans la communauté. Les observations ont été faites dans 6 centres de santé.

La mise en œuvre était homogène dans tous les six centres de santé mais les facteurs contextuels et humains expliquent les variations observées entre les formations sanitaires.

Dans les centres de santé de Nogo et Tara, l’augmentation immédiate de la couverture était attribuée au leadership du personnel de santé qui a développé des initiatives pour promouvoir les accouchements dans la formation sanitaire et a renforcé les relations de confiance avec la communauté, à perception positive de la qualité des soins par les utilisateurs et l’arrivée du personnel féminin.

Le changement de l’équipe à Lata et la pénalité imposée pour les accouchements à domicile à Belem auraient retardé l’amélioration.

Enfin, l’absence de changement à Fati et Mata était probablement dû à l’absence de promotion des accouchements dans les formations sanitaires, la mauvaise perception de la qualité des soins par les utilisateurs et les conflits entre le personnel et les utilisateurs.

Avant la mise en œuvre, les décideurs doivent effectuer les études pilotes pour adapter les politiques en fonction des facteurs contextuels et humains.

 

4. OMS-Comparaison de deux méthodes d’inspection visuelle pour le dépistage du cancer du col de  l’utérus chez les femmes infectées par le VIH au Kenya

Auteurs : Megan J Huchko et al.

Titre original: A comparison of two visual inspection methods for cervical cancer

screening among HIV-infected women in Kenya

Source: http://www.who.int/bulletin/volumes/

Par Bangaly Doumbouya

L’objectif était de déterminer la stratégie optimale pour dépister le cancer du col de l’utérus chez les femmes infectées par le virus de l’immunodéficience humaine (VIH) en comparant deux stratégies: l’inspection visuelle du col de l’utérus en utilisant de l’acide acétique (IVA) et l’IVA suivie immédiatement par une inspection visuelle en utilisant du soluté de Lugol (IVA/IVL) chez les femmes ayant obtenu un résultat positif pour l’IVA.

Les données provenant d’un programme de dépistage du cancer du col de l’utérus mis en œuvre dans deux sites cliniques pour le VIH dans l’ouest du Kenya ont été évaluées. Les femmes qui consultaient dans un site central ont été examinées par IVA alors que les femmes qui consultaient dans un site périphérique ont été examinées par IVA/IVL. Toutes les femmes présentant un résultat positif pour une néoplasie intraépithéliale du col de l’utérus de grade 2 ou supérieur (CIN 2+) après examen par IVA et/ou IVL ont ensuite eu une colposcopie de confirmation, avec une biopsie si nécessaire. La positivité globale du test, la valeur prédictive positive (VPP) et le taux de détection des lésions CIN 2+ ont été calculés pour les deux méthodes de dépistage, avec la biopsie comme référence absolue.

Entre octobre 2007 et octobre 2010, 2338 femmes ont été examinées par IVA et 1124 par IVA/IVL. Dans le groupe IVA, 26,4% des femmes ont obtenu un résultat positif pour des lésions CIN 2+; dans le groupe IVA/IVL, 21,7% des femmes ont obtenu un résultat positif (P < 0,01). Des lésions CIN 2+ confirmées histologiquement ont été détectées chez 8,9% et 7,8% (P = 0,27) des femmes dans les groupes IVA et IVA/IVL, respectivement. La VPP de l’IVA pour les lésions CIN 2+ confirmées par biopsie dans une seule série de dépistage était de 35,2%, contre 38,2% pour l’IVA/IVL (P = 0,41).

Les auteurs ont conclu que  l’absence de différence entre l’IVA et l’IVA/IVL pour les taux de détection ou la VPP des lésions CIN 2+ suggère que l’IVA est une procédure de test simple, qui peut être utilisée seule comme stratégie de dépistage du cancer du col de l’utérus dans les pays à faible revenu.

 

 

 

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