Par Fadima Bocoum

Du 4 au 6 mars s’est tenu à Bethesda aux Etats-Unis, le premier forum mondial de la recherche sur les vaccins et l’immunisation organisé par l’OMS, la Fondation Bill et Melinda Gates et le National Institutes for Health (NIH) des Etats-Unis.  Il a regroupé plus d’une centaine de participants issus principalement des firmes pharmaceutiques, de centres de recherche et d’institutions de financement de développement des vaccins.

Les progrès de la recherche sur les vaccins contre le VIH, la tuberculose, le paludisme et autres maladies ont été présentés. Le débat qui m’a le plus marqué et sur lequel les échanges se sont poursuivis tout au long du forum est celui de la réglementation qui va définir les grandes lignes de développement des vaccins à grand potentiel pour la santé publique. En d’autres termes, quels sont les critères auxquels doit répondre un vaccin pour être considéré comme d’utilité pour la santé publique. Le critère sur l’efficacité a été discuté car une revue des guides de procédures des structures de règlementation/régulation a montré qu’il n’y a pas de seuil minimal défini. Cette question a été abordée  d’un point de vue biomédical et de santé publique car les vaccins en cours de développement tel celui contre le VIH, la tuberculose ou le paludisme connaissent des taux d’efficacité de moins de 50%.  La perspective des bénéficiaires de ces vaccins, qui sont en majorité dans les pays à revenu faible, n’a pas été discutée. Pourtant au-delà de la définition biomédicale des critères d’efficacité vaccinale,  les perceptions des communautés bénéficiaires sur le  vaccin et sur la maladie pour laquelle il a été élaboré  sont importantes pour l’introduction de tout vaccin.

A cet effet, nous avons mené une étude portant sur les« Perceptions des communautés sur le paludisme et les vaccins : étude qualitative réalisée dans les districts sanitaires de Kaya et Houndé, au Burkina Faso ». Cette étude a tenté de comprendre les perceptions et les expériences des communautés au sujet du paludisme et des vaccins  d’une part,  et d’explorer l’acceptabilité éventuelle d’un vaccin antipaludique par ces communautés d’autre part.  La question d’efficacité partielle a été discutée au sein de l’équipe de recherche puis avec les participants à l’étude. C’est un point crucial car les expériences de vaccination ont montré que ce sont les effets bénéfiques des  vaccins (dont entre autres leur efficacité de protection de près de 100%), qui ont permis de gagner l’adhésion de la majorité des populations cibles. De ces expériences, il ressort également que lorsqu’il est apparu des cas de maladies en dépit de la vaccination, cela a suscité des réticences du coté des populations et  a favorisé la diffusion d’informations entravant le succès des campagnes de vaccination dans certains pays africains.  Aussi il est de bon ton de s’interroger sur la réaction des populations cibles face à l’introduction de ces vaccins à « efficacité partielle ». L’une des premières questions est de savoir quel taux et type d’efficacité partielle est acceptable pour  les populations ? Est-ce que  L’introduction de tels vaccins va altérer ou non l’acceptation des vaccins déjà introduits ?

Le vaccin demeure à l’heure actuelle l’un des moyens les plus efficaces de prévention des maladies. L’un des objectifs d’introduction de vaccins à efficacité partielle est qu’ils doivent renforcer les mesures de prévention déjà existantes. Aussi l’introduction d’un tel vaccin ne doit pas conduire à l’abandon des autres mesures de prévention. Sinon, il y a un risque de voir les populations délaisser les autres mesures, du fait de leurs expériences antérieures avec  des vaccins qui protègent à 100%. Imaginons un instant qu’un vaccin contre le VIH avec une efficacité de 30% soit disponible aujourd’hui. Cela pourrait remettre en cause tous les efforts de prévention en cours depuis des décennies.   Aussi des messages adaptés doivent être soigneusement élaborés pour expliquer aux populations les implications de tels vaccins afin qu’elles n’abandonnent pas les mesures de prévention déjà existantes. Actuellement, il n’existe pas de consensus  sur le seuil minimal d’efficacité acceptable défini par les structures de règlementation des vaccins. Il est vrai que l’efficacité n’est pas le seul critère utilisé. Cependant il ne faudrait pas oublier que ces structures doivent d’abord travaillent pour la préservation de la santé des populations qui sont les utilisateurs du produit final. Par conséquent, leurs voix sont importantes et doivent être entendues dans cette définition d’efficacité partielle et non pas seulement celles des firmes pharmaceutiques et leurs partenaires.

Les voix des populations ne doivent pas seulement entendues au niveau international mais surtout au niveau local (opérationnel) où le vaccin doit être administré. Ceci permettrait aux individus de choisir ce type de vaccin, non  pas comme une stratégie alternative mais plutôt comme une mesure complémentaire à d’autres mesures de prévention qu’ils mettent déjà (ou devraient mettre) en œuvre. En plus, la recherche est primordiale pour identifier les personnes réellement immunisées et non immunisées et pour comprendre davantage les facteurs qui déterminent la séroconversion. Cela contribuerait à l’amélioration de l’efficacité de ces vaccins.

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