Par Bangaly Doumbouya

La migration des agents de santé constitue une question de premier ordre dans la sphère des experts de la santé mondiale et fait l’objet de beaucoup de  débats en matière de politique internationale de santé. Très peu d’informations existent pour autant sur le sujet, mais l’étude d’Edward N. Okeke constitue une importante contribution en ce sens qu’elle a apporté un nouvel ensemble de données sur la migration des médecins issus de 31 pays d’Afrique sub-saharienne  vers les États-Unis et le Royaume-Uni, dans la période de 1975 à 2004. Grace à ces informations, on a estimé que la conjoncture économique est la cause principale de la  migration des médecins du Sud  vers les pays développés. A ce propos, l’étude a trouvé qu’une baisse temporaire, même de 1% du PIB per capita d’un pays, a tendance à influencer le pourcentage de la migration des médecins dans le sens d’une hausse approximative de 3%. Ce phénomène a particulièrement frappé les pays africains où  le taux d’émigration a été associé au déclin de la croissance économique. Un mauvais environnement de travail et des programmes de formation défectueux, sont aussi à l’origine de cette évasion comme en Inde, au Pakistan et dans autres pays asiatiques.

Certains auteurs corroborent ces arguments en soutenant même que la migration améliore non seulement la condition de vie des travailleurs migrants, mais aussi augmente l’incitation à acquérir le capital humain nécessaire pour leur épanouissement personnel.

Par ailleurs, il est à noter que les crises militaro-politiques et les situations d’instabilité sociale sont également des facteurs très importants qui poussent les médecins de certains pays à émigrer vers d’autres horizons beaucoup plus sécurisés. Ainsi, la violence, les guerres et l’insécurité ont, dans les zones de conflit, conduit à un exode massif des médecins, comme au Liban et en Libye au cours des années de guerre civile, puis aujourd’hui en Syrie.

En 2008, des 34000 médecins enregistrés en Irak avant 2003, on estime que 20000  médecins ont exilés,  2000 ont été tués et plus de 250 ont été enlevés. En 2011, 40% environ des cliniques de premiers soins manquaient de généralistes.

Mais quoiqu’il en soit, il est aujourd’hui légitime de reconnaître que les états consentent d’énormes investissements dans le renforcement des capacités et le développement des ressources humaines de la santé, afin qu’elles répondent aux besoins et aux attentes des populations de façon efficace et équitable. Force est donc  de constater que le phénomène de fuite des cerveaux dans le domaine sanitaire, entraîne des pertes énormes dans le financement des systèmes de santé des pays en développement. En effet, les ressources investies dans la formation par les pays ne sont pas capitalisées par une offre de soins aux populations desdits pays. Cela se confirme dans les conclusions d’une  étude menée  par un groupe de chercheurs canadiens et publiée le 25 novembre 2011 dans le British Medical Journal. Le montant est énorme : deux milliards US$ !!! C’est ce que perdent, chaque année, neuf pays d’Afrique sub-saharienne à cause de l’émigration des médecins et des personnels de santé qu’ils ont formés. Pour ne rien arranger, ces pays sont également les plus touchés du continent par le VIH/SIDA – ÉthiopieKenya MalawiNigeriaAfrique du SudOugandaTanzanieZambie et Zimbabwe. Ils sont fortement victimes du phénomène du « Brain drain » des médecins.
Du coup, nous nous retrouvons devant un obstacle dans le déploiement de deux des cinq composantes essentielles au bon fonctionnement d’un système de santé ; à savoir les questions du financement et celles des ressources humaines pour une offre de services équitable et pouvant améliorer la couverture sanitaire universelle.

Il s’agira, pour les états de réduire voire d’éliminer les impacts négatifs de ce phénomène. Ainsi, il faudra améliorer le recrutement, l’éducation, la formation, la performance et la fidélisation des personnels de santé. Le plus important concerne les conditions de travail. Les Etats doivent mettre l’accent sur la définition des normes relatives à l’emploi, le déploiement de système d’appui et la création d’environnements propices au travail. Surtout mettre en place un système de paiement prévoyant des mesures incitatives pertinentes.

 

 

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