Par Phyllis Awor, Phd Candidate – Université de Bergen, Norvège, Assistant de recherche;- Université de Makerere Ecole de Santé Publique, Ouganda

 

Awor

Durant la conférence sur les districts de santé tenue à Dakar (21-23 Octobre 2013), de vibrantes discussions ont été tenues dans l’objectif de revisiter le modèle du district de santé 25 ans après la  Déclaration de Harare.

Les problématiques du changement rapide en Afrique avec des systèmes de santé pluralistes et d‘une urbanisation rapide ont été relevées d’où un appel à développer des stratégies innovatrices pour travailler avec le secteur privé.

Le secteur privé à but lucratif, en particulier les vendeurs de médicaments, sont très populaires dans la plupart des pays à faible et moyen revenu du fait de la faiblesse du secteur public. En Ouganda et au Nigeria par exemple, 50 à 70% des enfants fébriles sont traités par les vendeurs de médicaments. Ces vendeurs de médicaments sont largement non régulés, fonctionnent indépendamment du district de santé et offrent nécessairement une mauvaise qualité de soins.

Nous présentons ici un exemple de ce qui peut être fait pour améliorer la prise en charge du paludisme, de la pneumonie et de la diarrhée par les vendeurs de médicaments.

Pour atteindre nos objectifs, nous avons adopté et mis en œuvre le modèle de l’OMS/UNICEF sur la prise en charge intégrée communautaire des maladies de l’enfant destinée aux agents de santé communautaires dans les boutiques enregistrées de vente des médicaments.

Dans cette étude menée à l’Est de l’Ouganda, nous avons voulu savoir la faisabilité d’introduire et de promouvoir les tests rapides de diagnostic du paludisme ainsi que les médicaments pédiatriques contre le paludisme, la pneumonie et la diarrhée dans les boutiques de vente des médicaments. Une telle intervention pourrait contribuer à améliorer la qualité des soins, à une amélioration rationnelle de l’utilisation des médicaments dans les boutiques de médicaments et de la survie de l’enfant.

Nous avons adopté une méthodologie quasi-expérimentale en mettant en œuvre cette intervention dans un district et en choisissant un autre district comme contrôle. Nous avons fait des enquêtes avant et après l’intervention. Nous avons fait des exits interviews au niveau de ces boutiques de ventes des médicaments pour analyser leurs pratiques dans le traitement du paludisme, de la pneumonie et de la diarrhée chez les enfants. Les interviews ont été également faites dans les ménages pour évaluer les itinéraires thérapeutiques pour les enfants fébriles en mai-juin 2011 et mai-juin 2012. Les interviews en profondeur ont aussi été réalisées avec les vendeurs de médicaments et les focus groups ont été effectués avec les ceux en charge de la garde des enfants au début et à la fin du projet.

Nous avons observé des résultats positifs. La stratégie de prise en charge communautaire des maladies de l’enfant peut être adoptée et utilisée chez des vendeurs de médicaments pour améliorer l’accès à des médicaments de qualité pour les enfants de moins de 5 ans et permettre une utilisation rationnelle des médicaments. Ceci n’a pas influencé l’utilisation des structures de santé publiques par les enfants malades.

D’une très faible qualité du traitement au début, la qualité a été améliorée  en termes de traitement du paludisme, de la pneumonie et de diarrhée. Après 8 mois d’intervention, 90% des enfants fébriles qui ont consulté dans chez les vendeurs de médicaments dans la zone d’intervention ont bénéficié d’un test de  diagnostic rapide du paludisme. Egalement, pour 50% des enfants qui avaient la toux, leur fréquence respiratoire a été prise avant l’administration du traitement. Dans le groupe contrôle, aucun enfant n’a bénéficié d’un test diagnostic avant le traitement. Au total, 75% des enfants avec une diarrhée ont reçu les sels de réhydratation orale/Zinc  dans le groupe d’intervention et aucun dans le groupe contrôle.

En dehors du profit réalisé sur la vente des médicaments par les vendeurs de médicaments, être vus comme des professionnels par la communauté (spécialement du fait de l’utilisation des tests) était une motivation importante pour continuer à offrir des activités de qualité. Avec cette intervention, la majorité des vendeurs qui auparavant  redoutaient les visites des agents du district de santé acceptent les supervisions du district.

C’est ainsi que nous avons travaillé pour améliorer l’accès aux médicaments de qualité pour les enfants fébriles à travers les vendeurs de médicaments. Je voudrais également avoir vos avis et vos commentaires sur cette expérience.

 

 

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Please fill in the below * Time limit is exhausted. Please reload the CAPTCHA.