Chers lecteurs,

L’éditorial de cette semaine porte sur la santé maternelle et plaide pour un renforcement des systèmes de santé en Afrique sub-saharienne. Puis, nous partageons avec vous deux articles sur le tabagisme et les effets de la co-infection VIH-Tuberculose multirésistante.

Bonne Lecture

L’Equipe Editoriale

 

Editorial – Santé maternelle et échéance 2015

Par Basile Keugoung

La santé maternelle est au cœur des préoccupations en santé mondiale. Bien que les Etats aient reconnu cette priorité, des centaines de vies maternelles continuent d’être perdues chaque année. La plupart de ces décès surviennent dans les pays pauvres d’Asie et surtout d’Afrique. En effet, 57% des décès maternels surviennent en Afrique –en particulier sub-saharienne. Au vu du rythme de la réduction de cette mortalité maternelle, les Objectifs de Développement du Millénaire ne seront pas atteints par la plupart des pays.

En septembre 2010, les Etats se sont réunis pour accélérer les efforts de réduction de la mortalité maternelle et infantile. A moins de trois ans de l’échéance de 2015, il est urgent pour chaque pays de revoir les stratégies et pour la communauté internationale de réfléchir à l’après 2015. Des questions clés doivent être posées par les managers et les policymakers des systèmes de santé. Sans être exhaustif, quels seraient les nouveaux objectifs ? Quelle sera la place de la santé maternelle ? Pourquoi la réduction de la mortalité maternelle a été aussi faible ?

Nous pensons que le problème de la santé maternelle nécessite un renforcement du système de santé pour que les interventions reconnues efficaces soient mises en œuvre pour sauver les vies.

Sur le plan politique, les Ministres de la santé des pays de l’Union Africaine ont adopté une feuille de route qui propose d’inclure la santé au cœur des Objectifs du Millénaire après 2015. Le but est d’offrir l’accès universel et équitable aux soins de santé de qualité et d’améliorer l’espérance de vie des populations. Il s’agira de :

  •  Améliorer la santé maternelle, néonatale et infantile
  •  Renforcer l’accès aux soins de santé reproductive
  •  Réduire l’incidence des maladies infectieuses (VIH/SIDA, paludisme, et tuberculose)
  •  Renforcer les systèmes de santé y compris le financement
  • Améliorer l’hygiène

Au-delà de cette volonté politique, il faudrait alors traduire en actes concrets sur le terrain pour que ce vœu ne reste pas dans les oubliettes comme les Objectifs d’Abuja d’allouer 15% du budget public à la santé. En effet, atteindre ces objectifs nécessite des financements additionnels. Les financements des bailleurs seuls ne pourraient suffire à couvrir les besoins.


Recherche

1. TMIH – “Je pleure tous les jours” : expériences des patients co-infectés par le VIH et la tuberculose multirésistante

Titre original : I cry every day’: experiences of patients co-infected with HIV and multidrug-resistant tuberculosis

Petros Isaakidis et al.;

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1111/tmi.12146/abstract

Par Jeanne Tamarelle

Le traitement proposé aux patients co-infectés par le VIH et la tuberculose multirésistante représente un véritable défi, aussi bien d’un point de vue physiologique (interaction médicamenteuse et toxicité), psychologique et social que structural (nécessité de prise du traitement sous surveillance directe donc en se déplaçant au centre de santé de manière quotidienne). En effet, le traitement peut contenir jusqu’à 21 médicaments différents à prendre quotidiennement auxquels s’ajoutent souvent des injections.

Les auteurs Petros Isaakidis et al. ont donc voulu mettre en évidence la difficulté que représente la prise régulière du traitement et comprendre d’où vient le problème du manque d’adhérence des patients co-infectés, ceci par le biais d’entretiens poussés avec 12 patients co-infectés par le VIH et la tuberculose multirésistante, pris en charge par Médecins Sans Frontières à Mumbai. De la même façon, les auteurs ont mené des entretiens avec des professionnels de MSF s’occupant de la prise en charge des patients co-infectés sous traitement et avec des proches de ces mêmes patients (famille et amis).

Afin de mettre en évidence les déterminants de l’adhérence des patients co-infectés au traitement antiviral et antituberculeux, les entretiens ont été systématiquement analysés selon trois axes : physiologique, psycho-social et structurel.

Les résultats présentés par les auteurs intercalés de témoignages émouvants des patients interrogés indiquent dans un premier temps que la première barrière à la prise régulière du traitement est la barrière psycho-sociale. En effet, la stigmatisation (du VIH en particulier) incite les patients à cacher leur maladie à leurs proches, empêchant ainsi le recours au traitement. Pour ceux ayant commencé le traitement, cette même stigmatisation pose un problème lors de la prise des médicaments sous surveillance directe, en centre de soins. D’un point de vue social, les conséquences du traitement sont l’abandon du travail par le patient pour cause d’invalidité due aux injections en particulier, mais aussi du conjoint afin de prendre soin du patient, ce qui amplifie encore plus le sentiment de culpabilité du patient.

La deuxième barrière à l’adhérence au traitement vient de la présence de nombreux effets secondaires suite à la prise d’une telle quantité de médicaments et d’injections, notamment les nausées, la léthargie, la dépression, les troubles de la vision, les maux de tête, les vertiges ou encore les tentatives suicidaires. Les auteurs présentent quelques témoignages poignants des patients face aux effets physiologiques de leur traitement, que beaucoup décrivent comme « aussi mauvais voire pire que la maladie elle-même ».

Enfin, les auteurs mettent en exergue le fait que leur étude ayant été menée chez des patients traités et accompagnés par MSF de manière gratuite, le facteur structurel, soit la facilité d’interaction du patient avec le système de santé, n’a que très peu influencé l’adhérence au traitement. En revanche, pour la grande majorité des patients co-infectés cherchant recours dans des centres publics de santé où le traitement n’est pas gratuit et le soutien psychologique est peu adéquat, la mauvaise interaction avec le système de santé peut être une troisième barrière à l’adhérence au traitement.

Quelles solutions pour promouvoir l’adhérence au traitement chez les patients co-infectés ?

De cette étude qualitative, il en ressort que le facteur psychologique est décisif pour l’adhérence au traitement. Pour cela, il est nécessaire de travailler sur la stigmatisation de ces deux maladies afin de faciliter l’accès au traitement et la prise du traitement sous surveillance directe. Il est également nécessaire que le patient soit constamment accompagné psychologiquement, à la fois par les professionnels de santé et par ses proches, notamment par un accompagnateur de traitement formé en même temps que le patient au calendrier de la prise du traitement. Pour atteindre une adhérence maximale et libérer les patients du poids financier qu’ils représentent pour leur famille et pour la société, le traitement doit être gratuit. Enfin, on ne peut qu’espérer que la recherche permette la mise sur le marché de nouveaux traitements dont les effets secondaires seraient moins importants, afin d’augmenter l’adhérence au traitement voire éventuellement de permettre aux patients de continuer leur activité professionnelle.

Si cette étude qualitative sur l’adhérence au traitement pour les patients co-infectés par le VIH et la tuberculose multirésistante est la première en son genre, il serait nécessaire d’étendre l’étude à plus de patients, notamment dans d’autres cadres que celui de MSF. Pourquoi de pas imaginer une étude plus extensive permettant d’identifier les déterminants de l’adhérence, qui pourrait servir de base pour adapter le traitement à chaque patient en fonction de ses caractéristiques socio-économiques, tout en rappelant que pour la co-infection VIH-TB multirésistante, le traitement ne peut être que personnalisé.

 

Tabagisme

2.   WHO – Un tiers de la population mondiale bénéficie des mesures de contrôle du tabac

Titre original : One third of world’s population benefits from effective tobacco control measure

http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2013/ban_tobacco_20130710/en/index.html

Par Basile Keugoung

Environ 2,3 million d’habitants bénéficient des mesures de lutte contre le tabagisme. Il s’agit du double de ceux qui bénéficiaient de ces mesures il y a 5 ans. L’interdiction de la publicité sur le tabac et le sponsoring des événements a aussi permis d’augmenter le nombre de personnes couvertes de 400 million. Toutefois, le Rapport 2013 de l’OMS sur l’épidémie de tabac relève que pour réduire la consommation de tabac de 30% en 2025, il faudrait un nombre important de pays qui ont des programmes de contrôle du tabagisme.

Pour cela, il faudrait :

  • Renforcer l’interdiction de la publicité sur le tabac
  • Mettre des informations sur les risques du tabac sur les paquets de cigarettes
  • Rendre les espaces publics et les lieux de travail non-fumeurs

En 2008, l’OMS a identifié six mesures efficaces de contrôle du tabac connues sous l’acronyme MPOWER.

  • Monitorer les politiques de prévention du tabagisme
  • Protéger les populations du tabagisme
  • Offrir l’aide pour aider les fumeurs à cesser de fumer
  • (Warn) Sensibiliser sur les dangers du tabac
  • Elargir l’interdiction de la publicité, de la promotion et du sponsoring sur le tabac
  • Relever les impôts sur le tabac.

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