Par Basile Keugoung

Le renforcement des districts de santé a été reconnu comme une stratégie indispensable pour l’atteinte des objectifs globaux de santé tels que les Objectifs du Millénaire pour le Développement (OMD). Tous les acteurs mondiaux sont unanimes qu’il faut renforcer les districts de santé et ont mis cela comme l’un de leurs objectifs.

Mais la réalité est différente sur le terrain en Afrique sub-saharienne. Il est vrai que l’on a observé ces dernières années l’amélioration des indicateurs de santé. Nous pouvons citer le nombre de personnes mises sous traitement antirétroviral (près de 7 million), le nombre de tuberculeux traités, le nombre femmes enceintes ayant bénéficié des kits gratuits d’accouchement ou de césarienne, la quantité de moustiquaires imprégnées distribuées gratuitement…

Mais au-delà de ces indicateurs, les interventions des partenaires s’apparentent beaucoup plus à l’appui’ qu’au ‘renforcement’ du système de santé. La viabilité des districts de santé est loin d’être atteinte. C’est-à-dire des districts capables d’offrir des soins et services de qualité à un coût abordable de manière à couvrir les problèmes de santé des populations.

L’une des questions clés est la compréhension de la notion de renforcement des systèmes de santé par les acteurs. En dépit de la forte augmentation des financements liés à la santé qui passent par les Initiatives Globales de Santé, les systèmes de santé de la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne restent faibles. En effet, ces financements visent l’atteinte rapide des indicateurs spécifiques par la fourniture des intrants spécifiques, l’identification de personnels spécifiques chargés de l’offre de soins, du suivi, de la supervision et de la coordination des activités à tous les niveaux de la pyramide sanitaire. Ces agents spécifiques travaillent en parallèle du personnel polyvalent qui reçoit peu ou pas d’appui.

En définitive, le district est une juxtaposition d’interventions des partenaires indépendants. Il y a autant de microplans que de partenaires. Evidemment, le système de formation, de rapportage et d’évaluation des districts suit également cette logique. Le niveau régional qui aurait pu servir de système tampon, de niveau intermédiaire entre le niveau central et les districts de santé est aussi fragmenté et mène parfois directement les activités au niveau des formations sanitaires dans les districts de santé. Ces interventions du niveau régional sont menées pour faire face à l’insuffisance de l’appui technique offert par l’équipe cadre de district aux formations sanitaires, et/ou amènent les équipes cadres de district à se dessaisir de leur rôle. Quelque soit la raison, la conséquence est la faible capacité des districts de santé à répondre aux besoins des populations.

Il est essentiel que la notion de renforcement des systèmes de santé soit revue par l’OMS et les partenaires intervenant dans la santé mondiale. Cette revue permettrait d’analyser le contenu des interventions actuelles destinées au renforcement des systèmes de santé, évaluer leurs efficacité et définir les axes prioritaires d’un renforcement effectif et global de ces systèmes de santé. Une meilleure compréhension de cette notion est une étape indispensable pour atteindre la couverture sanitaire universelle adoptée par les Etats membres de l’ONU en décembre 2012.

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