Chers Lecteurs,

Cette semaine, nous avons créé une nouvelle rubrique, Droit de réponse et réactions. Cette rubrique permettra de rendre la Lettre Politiques Internationales de Santé plus interactive. Ainsi, vous pourriez donner votre point de vue, votre perspective, bref votre expérience sur les politiques de santé ou les stratégies qui sont exposées dans les articles ou dans les éditoriaux.

Le Chef de la Délégation de l’Union Européenne en République Démocratique du Congo a réagi à notre éditorial de la Lettre N° 197.

Vous trouverez deux articles sur la tuberculose dont un publié par Basile Keugoung et collègues dans BMC Public Health. Un article publié par l’OMS sur les 5 questions clés à savoir sur la couverture sanitaire universelle est présenté. Les deux derniers articles traitent du vaccin contre le paludisme et du rôle de la supervision dans les soins obstétricaux.

Bonne Lecture,

L’Equipe éditoriale

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Editorial : “Mesurer votre tension artérielle pour rester en bonne santé”

Par Basile Keugoung

Le 7 avril se célèbre chaque année la Journée mondiale de la santé. Le thème de cette année 2013 s’intitule : “Mesurer votre tension artérielle pour rester en bonne santé”. En effet, les maladies chroniques non transmissibles sont en recrudescence dans le monde en général, et dans les pays à faible et moyen revenu en général.  L’hypertension artérielle en particulier toucherait près d’une personne sur trois à partir de l’âge de 25 ans.

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Droit de réponse et réactions

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Tuberculose

1.    BMC Public Health: Interface entre le Programme national de lutte contre la tuberculose et les hôpitaux de district au Cameroun : opportunités manquées de renforcement du district de santé –une étude multicas

Basile Keugoung et al.

Titre original: The interface between the national tuberculosis control programme and district hospitals in Cameroon: missed opportunities for strengthening the local health system –a multiple case study

http://www.biomedcentral.com/1471-2458/13/265/abstract

La tuberculose reste un problème majeur de santé publique en Afrique sub-saharienne. Les pays ont adopté un modèle d’organisation des systèmes de santé basés sur le district et l’hôpital de district (HD) joue un rôle primordial dans l’offre de soins. Cette étude vise à analyser l’impact du Programme national de lutte contre la tuberculose (PNLT) sur les ressources humaines, le système d’information sanitaire et la capacité technique des hôpitaux de district au Cameroun.

La méthodologie d’étude multicas a été utilisée. L’investigation a porté sur deux HD de la région de l’Adamaoua. Les données quantitatives et qualitatives ont été collectées à travers l’analyse documentaire, les interviews semi-structurées et l’observation

Ainsi, le PNLT forme et supervise le personnel, conceptualise les outils de collecte de données (registres) et de rapportage (fiches) et alloue les médicaments antituberculeux, les réactifs d’examen de crachats et les microscopes aux HD. Ces interventions sont limitées aux formations sanitaires désignées comme Centre de diagnostic et de traitement de la tuberculose, et aux personnels spécifiques du CDT. Le système d’information sanitaire de la tuberculose est parallèle à celui du district.

Les HD qui ont de meilleures performances en terme de soins généraux et qui sont mieux gérés ont de meilleurs indicateurs de lutte antituberculeuse.

En fonction des ressources disponibles, les HD adaptent l’organisation de la lutte antituberculeuse à leur contexte. Les équipes cadre de district sont peu impliquées dans la lutte antituberculeuse. Des opportunités de renforcement des systèmes de santé ont été manquées tant par les managers du PNLT que de ceux des districts de santé.

En conclusion, les hôpitaux les mieux gérés ont également une bonne performance dans la lutte antituberculeuse. Par rapport aux effets du PNLT sur les HD, le PNLT appuie certes les HD mais cet appui est insuffisant pour renforcer les HD et les districts de santé en général.

Le PNLT pourrait faire mieux si les opportunités de renforcement étaient saisies. Une question demeure, pourquoi les opportunités ne sont pas saisies par les managers pour renforcer le système de santé.

 

2.    WHO – L’OMS et le Fonds Mondial reconnaisse la menace de la tuberculose

Titre original : World Health Organization and Global Fund cite tuberculosis threat

http://www.who.int/mediacentre/news/releases/2013/tuberculosis_threat_20130318/en/index.html

L’OMS et le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme, ont déclaré que les souches de tuberculose avec une résistance à plusieurs médicaments pourraient se répandre largement et créer un besoin annuel d’au moins 1,6 milliard US$ dans le financement international pour le traitement et la prévention de la tuberculose.

Pour l’OMS et le Fonds mondial, il faudrait mobiliser des fonds importants provenant de sources nationales et les donateurs internationaux. «Nous faisons du surplace à un moment où nous avons désespérément besoin d’intensifier notre réponse à la tuberculose multirésistante», a déclaré le Dr Chan ».

L’OMS, le Fonds mondial et le Partenariat Halte à la tuberculose ont identifié un déficit de 1,6 milliard US$ en aide internationale annuelle pour la lutte contre la tuberculose pour 118 pays à faible et moyen revenu au-dessus d’un montant estimé à 3,2 milliard US$ qui pourraient être fournies par les pays eux-mêmes. Au total, 60% de ce déficit se trouve en Afrique. Combler ce déficit permettrait d’offrir un traitement complet pour 17 million de cas de tuberculose y compris la tuberculose multirésistante et de sauver 6 millions de vies entre 2014-2016.

«Il est essentiel de lever les fonds nécessaires pour contrôler urgemment cette maladie», a déclaré le Dr Dybul. «Si nous n’agissons pas maintenant, nos coûts pourraient monter en flèche. Il est crucial d’investir maintenant ou payer plus pour toujours.  »

Deux régions – l’Afrique et l’Europe – ne sont pas sur la bonne voie pour atteindre l’objectif mondial de réduire de moitié le taux de mortalité tuberculose entre 1990 et 2015. En 2011, 1,4 million de personnes sont mortes à cause de la tuberculose, avec le plus grand taux de décès par habitant en Afrique. La tuberculose multirésistante constitue une grave menace, avec un 630000 cas dans le monde aujourd’hui.

Dans les 118 pays, il existe quatre domaines prioritaires pour l’investissement national et international pour faire baisser les décès, soulager la souffrance, interrompre la transmission et contenir la propagation de la résistance aux médicaments.

  • Pour les domaines essentiels de diagnostic étendu et un traitement efficace pour la tuberculose sensible (ce qui permettra d’éviter la tuberculose multirésistante), un total de 2,6 milliard US$ sont nécessaires chaque année pour la période 2014-2016. Pour 2011, le financement de l’ordre de 2 milliard US$ était disponible. Dans les pays à faible revenu, notamment en Afrique, c’est le plus grand domaine pour un financement accru.
  • Un traitement rapide et efficace de la tuberculose multirésistante nécessite un total estimé à 1,3 milliard US$ par an. C’est là que la plus forte augmentation du financement est nécessaire dans les années à venir. Pour 2011, le financement de 500 million US$ a été mis à disposition.
  • L’introduction de nouveaux outils diagnostiques rapides et le renforcement du laboratoire, en particulier pour le diagnostic de la tuberculose multirésistante et de la tuberculose chez les personnes vivant avec le VIH, nécessite 600 million US$ par an.
  • En dehors du traitement antirétroviral pour les patients tuberculeux vivant avec le VIH qui est financé par les programmes de lutte contre le VIH et leurs bailleurs, environ 330 million US$ sont requis pour les interventions contre la tuberculose associée au VIH telles que le test de dépistage VIH chez les patients tuberculeux, le dépistage régulier de la tuberculose active chez les personnes vivant avec le VIH, et le traitement préventif contre la tuberculose.

L’OMS et ses partenaires estiment qu’il y a un déficit annuel de 1,3 milliard US$ pour la recherche contre la tuberculose et le développement au cours de la période 2014-2016, y compris les essais cliniques sur les nouveaux médicaments antituberculeux, les outils de diagnostic et les vaccins.

 

Couverture sanitaire universelle

 

3.    WHO – Couverture sanitaire universelle: 5 questions

Titre original- Universal Health Coverage: 5 questions

http://www.who.int/health_financing/universal_health_coverage_5_questions.pdf

A nice concise WHO resource on UHC (and possible indicators).

Par Alma Benzaïd

1. Qu’est-ce que la couverture sanitaire universelle (CSU) ? La CSU vise à faire bénéficier à tous des services de santé de bonne qualité dont ils ont besoin malgré leurs difficultés financières. Elle ne peut être instaurée du jour au lendemain dans tous les pays, mais ces derniers pourraient prendre des mesures pour y parvenir plus rapidement, ou pour maintenir les progrès déjà réalisés.

2. Est-elle seulement fondée sur le financement de la santé ? L’assurance de ne subir aucun obstacle financier à l’utilisation des services de santé évite le report ou la renonciation aux soins. L’insuffisance de fonds pour la santé rend indisponibles les services de santé offerts aux personnes. Des stratégies appropriées de financement de la santé sont donc essentielles pour permettre aux pays d’instaurer une CSU, mais insuffisantes à elles seules. La CSU requiert en outre des travailleurs de santé en nombre suffisant à proximité des personnes dans le besoin, des médicaments disponibles ainsi que des soins de qualité. L’instauration d’une CSU implique de considérer tous les acteurs du système de santé conjointement.

3. Est-elle seulement fondée sur le traitement ? Pour pouvoir utiliser les services nécessaires pour sa santé, chaque individu doit avoir accès à des services de prévention, promotion et de traitement de bonne qualité.

4. Comment la CSU est-elle liée au développement durable ? La CSU maintient et améliore la santé. Une bonne santé permet aux enfants d’apprendre et aux adultes de travailler, de gagner leur vie et de sortir de la pauvreté, ce qui constitue la base d’un développement économique à long terme. Aussi, une protection contre les risques financiers en matière de santé écarte les individus de la pauvreté à cause de soins de santé trop coûteux. Le développement durable, en améliorant les revenus, l’éducation et les conditions environnementales soutient la santé des populations.

5. Comment mesurer l’évolution vers une CSU ? De nombreux indicateurs permettent de mesurer les progrès accomplis vers les Objectifs du Millénaire pour le Développement en matière de santé, tels que la proportion d’enfants vaccinés contre la rougeole, la proportion de jeunes de 15-24 ans ayant une connaissance générale et correcte du VIH/SIDA… De nombreux pays chercheront certainement à suivre leurs progrès dans la mise en place d’une CSU à partir d’interventions pour d’autres grandes causes, notamment les maladies non transmissibles et la santé mentale. Des indicateurs relatifs à l’étendue de la protection contre le risque financier sont disponibles. Nous pouvons citer la proportion de la population tombée dans la pauvreté chaque année à la suite de paiements directs pour la santé, et renseignent sur le niveau moyen de couverture ou de protection du risque financier dans un pays. Les pays devront ventiler ces indicateurs en fonction du revenu, la fortune, l’âge, le sexe, le statut d’autochtone des différents groupes de population afin de réduire les inégalités, et surveiller l’accessibilité des services de santé et la protection contre les risques financiers. La disponibilité des médicaments essentiels, le nombre d’agents de santé et leur répartition géographique ainsi que le nombre de lits d’hôpitaux par habitant sont des exemples d’indicateurs qui renseignent sur les facilités et difficultés pour atteindre une CSU.

 

Politiques et financement de la santé

 

4.    Guardian – Les résultats décevants du vaccin contre le paludisme

Titre original: Malaria vaccine test results disappoint

Sarah Boseley;

http://www.guardian.co.uk/society/2013/mar/20/malaria-vaccine-test-results-disappoint

Par Gaston Wamba

L’optimisme de l’essai d’un nouveau vaccin contre le paludisme (RTS, S développé par GlaxoSmithKline) en Afrique se réduit, du fait que son efficacité disparait rapidement chez les enfants exposés aux piqures de l’anophèle femelle, montrant ainsi qu’il sera difficile de développer un vaccin efficace contre cette maladie qui tue plus de 650 000 enfants chaque année.

La phase III de l’essai montre que ce vaccin prévient le paludisme chez le tiers de bébés âgés de 6 à 12 semaines, groupe cible pour ce vaccin. Ceci n’a fait que confirmer les résultats des essais réalisés en 2009, qui montraient que l’efficacité de ce vaccin s’annulait vers la quatrième année. Cet effet est plus remarqué chez les enfants plus exposés au paludisme que chez ceux dont l’exposition est faible. En dépit de cette annulation de son effet, 65 cas de paludisme ont été prévenus chez 100 enfants vaccinés, pendant les 4 ans.

En attendant une étude à plus grande échelle de l’efficacité de ce vaccin, la moustiquaire imprégnée d’insecticide à longue durée d’action reste l’une des meilleures mesures préventives contre le paludisme si elle est correctement utilisée. Mais déjà prévenir le paludisme chez 65 enfants sur les 100 vaccinés est un gain pour la santé publique dans les régions ayant une morbidité élevée au paludisme.

 

Recherche

 

5.    PLOS One –  Le rôle essentiel de la supervision pour  la rétention  des  personnels  des services soins obstétricaux: une étude  dans trois pays

Titre original:  The critical role of supervision in retaining staff in obstetric services: a three country study

Eilish McAuliffe et al.

http://www.plosone.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pone.0058415

Par Dr Bangaly Doumbouya 

L’OMD 5 nous engage à réduire les taux de mortalité maternelle de trois quarts et l’OMD 4 nous engage à réduire la mortalité infantile de deux tiers, entre 1990 et 2015. Pour atteindre ces objectifs, il est  nécessaire d’avoir un meilleur accès aux soins obstétricaux d’urgence (SOU) ainsi que des SOU complets qui incluent une césarienne sûre. La capacité limitée des systèmes de santé à répondre à la demande pour des services obstétricaux, a conduit plusieurs pays à utiliser les cadres moyens de la santé comme des substituts pour la formation intensive des travailleurs de santé qui sont beaucoup plus mobiles au plan international. Bien que cela ne fournisse pas la plus grande capacité de prestation de services, la question de  la performance et de la motivation de ces travailleurs se pose. Les auteurs admettent que le mauvais leadership, caractérisé par une supervision inadéquate et non structurée, entraine d’énormes mécontentements et de changements de poste, parmi les travailleurs de santé de niveau intermédiaire et même des agents de santé en général.

Pour étudier cette question, les auteurs ont mené une enquête à grande échelle portant sur 1561 agents de santé de niveau cadre moyen (agents de santé formés pour une courte période pour effectuer des tâches spécifiques, par exemple des agents cliniques) offrant des soins obstétricaux au Malawi, en Tanzanie et au Mozambique. Les participants à l’enquête ont indiqué la principale méthode de supervision utilisée dans leur établissement et ils ont évalué leur niveau de satisfaction au travail et leur intention de quitter ce travail.

Dans les trois pays, ils ont trouvé des preuves convaincantes indiquant qu’un processus formelle de supervision prédit des niveaux élevés de satisfaction au travail et peu d’intentions de quitter ce travail. Les auteurs n’ont trouvé aucune preuve que les facteurs au niveau des établissements  modifient le lien entre les méthodes de supervision et les résultats clés. Ils  interprètent cela comme une preuve confortable sur la nécessité de renforcer le leadership et de mettre en œuvre un cadre et un mécanisme de supervision systématique. Cela permettra de promouvoir une meilleure satisfaction au travail et d’améliorer non seulement la rétention, mais aussi la performance des agents dédiés aux soins obstétricaux, chose qui a le potentiel d’améliorer les indicateurs de la santé maternelle et néonatale dans le compte à rebours pour 2015.

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