Chers Lecteurs,

Cette semaine, nous vous faisons la synthèse de la discussion faite sur le blog Health Financing in Africa sur la Résolution de l’ONU portant sur la Couverture Sanitaire Universelle (CSU). Vous y trouverez plusieurs perspectives. Nous remercions Emmanuel Ngabire pour la rédaction de cette synthèse. Ce débat mérite d’être lu car il illustre la complexité des systèmes de santé, les difficultés des choix stratégiques et le rôle des acteurs à travers leurs visions et leurs idéologies dans la formulation des politiques. Vous noterez que le débat est parfois idéologique et non empirique.

Ensuite vous trouverez des articles sur le traitement systématique antirétroviral de toutes les femmes enceintes séropositives, les maladies tropicales négligées, et la place des changements climatiques en Afrique. Enfin, vous avez un article sur la place du financement à travers les bons d’achat (voucher) pour l’accès aux soins et un autre sur la qualité de la consultation prénatale en Ouganda.

Basile Keugoung

 

Editorial

Couverture sanitaire universelle : ce que pensent certains acteurs

 

Par  Emmanuel Ngabire
La résolution de l’ONU sur la CSU: encore plus de ravages à prévoir dans les pays à faible revenu…?

Le débat a été lancé le 13 décembre 2012 par Alex Hakuzimana, du Rwanda, quand il fit suivre à la Communauté de Pratiques (CdP) Financement Basé sur la Performance (PBF), l’annonce intitulée «l’Assemblée Générale de l’ONU vote la résolution en faveur de la couverture sanitaire universelle». Les échanges ont suivi rapidement et dans l’ensemble, la discussion a été constructive.

Lire ici


Politiques et financement de la santé

 

1.    Lancet (Comment) – L’Option B+ est-elle le meilleur choix?

Titre original: Is Option B+ the best choice?

http://www.lancet.com

Anne Coutsoudis, Ameena Goga, Chris Desmond, Peter Barron, Vivian Black, Hoosen Coovadia.

Le plaidoyer concernant l’utilisation de l’Option B+ chez les femmes enceintes pour la prévention de la transmission mère-enfant du VIH, a été fait par certaines Agences et Organisations Internationales lors de la conférence sur le VIH/SIDA à Washington (USA). Cette option B+ qu’on qualifie de supérieure aux autres (A, B) ne tient pas compte de quatre concepts à savoir, l’éthique, son innocuité médicale et bénéfices, sa faisabilité et les considérations économiques.

Les bénéfices de l’option B+ (avec son effet traitement et traitement-prévention) devraient permettre qu’elle soit utilisée par toutes les couches de la société souffrant du VIH/SIDA et pas seulement chez les femmes enceintes.

Le plaidoyer est important, et compter seulement sur ce qui a été scientifiquement démontré peut retarder la mise en œuvre de certains projets ; mais avec plusieurs inconnus concernant l’option B+, son adoption tout azimut serait prématurée. Elle (son adoption) devrait dépendre du contexte.

Ce débat si important devrait continuer.

par Gaston Wamba

 

2.    Lancet (Editorial) – Neglected tropical diseases: progress and priorities

http://www.lancet.com

Le mois de Janvier a marqué le premier anniversaire de la Déclaration de Londres sur les maladies tropicales négligées. L’objectif de cette déclaration en Janvier 2012 consistait à un effort coordonné des pays endémiques, des organisations non gouvernementales, des compagnies pharmaceutiques et des donateurs pour améliorer la vie de plus d’un milliard de personnes les plus pauvres de la planète d’ici 2020. Un an après cette déclaration, les résultats semblent prometteurs. Les partenaires pharmaceutiques impliqués dans l’initiative ont fourni 1,12 milliard de traitements permettant ainsi  à Oman de devenir le premier pays auparavant endémique à éliminer le trachome. En outre, plus de 40 pays ont développé des plans à long terme pour lutter contre les maladies tropicales négligées. Ces mêmes résultats peuvent être obtenus si un effort international concerté était fait pour l’élimination du ver de Guinée et du pian. Cependant, le combat est loin d’être terminé car selon l’OMS, la dengue est actuellement parmi les maladies tropicales négligées, la plus rapide en terme de propagation et constitue une menace sérieuse pour la planète « . Mais pour venir à bout des maladies tropicales négligées, l’Assemblée Mondiale de la Santé devrait être plus ambitieuse en 2013 et remettre à l’ordre du jour la proposition de nouvelles règles mondiales pour assurer des mécanismes de financement durable.

par Morris Kouame

 

3.    Plos – La réduction de la vulnérabilité aux changements climatiques en Afrique subsaharienne : nécessité de plus d’évidences

Titre original: Reducing Vulnerability to Climate Change in Sub-Saharan Africa: The Need for Better Evidence

Nothemba Kula, Andy Haines, Robert Fryatt

http://www.plosmedicine.org

Le peu d’études menées sur les effets du changement climatique sur la santé de la population en Afrique subsaharienne ont démontré qu’il devrait augmenter les modes de transmission des infections parasitaires sensibles à l’écologie (comme le paludisme, le choléra, les maladies diarrhéiques et la fièvre), réduire la production alimentaire, accroître la malnutrition et la vulnérabilité à la maladie. Des évaluations plus rigoureuses doivent permettre de mieux comprendre l’impact des changements climatiques sur la santé.

De nombreux pays africains sont mal préparés pour faire face aux conséquences néfastes des changements climatiques. À cet effet, a été créé un plan d’action fondé sur l’analyse du risque et de l’environnement, sur l’évaluation et le renforcement des capacités, sur l’intensification des interventions de santé publique, des partenariats et sur la promotion de la recherche. Mais un investissement supplémentaire reste nécessaire pour que ces propositions deviennent réelles. Le groupe de travail des Nations Unies sur les changements climatiques (UNFCC) a lancé des programmes d’action nationaux (NAPAs) en 2002 dans les pays en développement pour les aider à

prioriser les activités d’adaptation, dont 33 (70%) concernaient les pays d’Afrique subsaharienne. L’OMS n’a pas estimé toutes ces interventions efficaces : aucun des projets multilatéraux ne seraient suffisamment focalisés ni sur les ressources en eau douce et les forêts ni sur la santé humaine. À cela s’ajoute une inégale répartition du financement entre les secteurs, ainsi qu’un écart entre les fonds mobilisés et les fonds effectivement décaissés, suggérant l’existence de goulots d’étranglement dans la mise en œuvre du programme.

Pour élaborer leur capacité à répondre aux changements climatiques, un examen des options stratégiques relève une série d’actions que leur secteur de la santé devrait s’engager à préconiser pour réduire les cas de maladie et de décès attribuables au changement climatique. Ainsi, les pays d’Afrique subsaharienne doivent d’abord évaluer la vulnérabilité de leurs populations face au climat en termes de risques pour la santé, et construire sur cette base un plan d’adaptation. L’infrastructure et les investissements pour la recherche doivent être améliorés pour mener un travail interdisciplinaire entre la météorologie-climatologie et les autres secteurs de la santé. Ainsi, l’OMS suggère que les actions du système de santé comprennent des interventions de santé publique, comme le contrôle des maladies tropicales, la fourniture de soins de santé primaires, et des actions envers les déterminants sociaux et environnementaux de la santé.

«La santé des co-­bénéfices» évoque les avantages accessoires pour la santé des stratégies d’atténuation des changements climatiques. D’importantes options « gagnant-­gagnant » pour les décideurs politiques permettent de réduire les émissions de gaz à effet de serre dans l’énergie domestique (par l’introduction de modes de cuissons améliorés dans les foyers), le transport (en favorisant le transport actif tel que la marche ou le vélo et en réduisant l’utilisation de la voiture en milieu urbain), l’agriculture (en réduisant la production d’origine animale) et la production d’électricité à faible teneur en carbone pour améliorer la santé en réduisant les infections respiratoires aiguës, les maladies cardiaques, l’obésité, le diabète et la dépression.

L’Afrique subsaharienne doit pouvoir bénéficier de financements supplémentaires pour la protection de la santé, ciblée à partir d’une base de données solide renseignant sur les mesures spécifiques qui permettront d’améliorer l’adaptation de la région au changement climatique ainsi que des stratégies à faible intensité carbonique bénéfiques pour la santé.

par Alma Benzaïd

 

4.    Value in Health – supplement on Universal Health Coverage

http://www.sciencedirect.com

Vous trouverez dans ce supplément de Value in Health des articles intéressants sur la Couverture sanitaire universelle.

 

Santé maternelle et infantile

 

5.    Pan African Medical Journal – La qualité des services de soins prénatals dans l’Est de l’Ouganda: implications pour les interventions

Titre original: Quality of Antenatal care services in eastern Uganda: implications for interventions

Moïse Tetui, Elizabeth Kiracho Ekirapa,  John Bua Aloysius Mutebi , Raymond Tweheyo,  Peter Waiswa.

http://www.panafrican-med-journal.com

Davantage d’efforts doivent être dirigés vers l’amélioration de la qualité de la santé maternelle dans les pays en développement si l’on veut atteindre l’objectif 5 des OMD. L’OMS affirme que 90% des décès maternels surviennent dans les pays en développement et plus de  trois cinquième  ont lieu en Afrique subsaharienne. L’avortement, les complications obstétricales telles que l’hémorragie, la dystocie, l’éclampsie et la septicémie sont les principales causes. Bien que la consultation prénatale (CPN) ne soit pas en elle-même très efficace dans la réduction de la mortalité maternelle, lorsqu’elle est de bonne qualité, elle offre une entrée pour les interventions, donnant la possibilité aux personnels de santé de détecter les facteurs de risque. Ce qui permet donc de prévoir une prise en charge précoce pour de meilleurs résultats pour la mère. L’OMS recommande donc quatre CPN, ce qui n’est pas le plus souvent respecté par de nombreuses femmes dans les pays en développement, du fait des barrières financières, culturelles, géographiques, le manque d’information/ connaissances ou de l’analphabétisme. La qualité de la CPN est essentielle pour que les femmes et les agents de santé soient capables d’identifier les risques et les signes de danger pendant la grossesse, pour susciter la prise des mesures appropriées. Les femmes peuvent identifier les signes de danger pendant la grossesse cependant, l’acte ou l’attitude appropriée dépend de la qualité de certains éléments dont la profondeur de l’information et des conseils donnés lors d’une CPN.

Cette étude a évalué la qualité des services de soins prénataux  dans  les établissements de santé de l’Est de l’Ouganda, afin de contribuer à la production de connaissances utiles à la conception des interventions visant à améliorer la qualité de la CPN et d’autres services de santé maternelle. Les données ont été recueillies dans 15 établissements de santé. Des grilles d’observation ont servi à évaluer les composantes structurelles et l’exhaustivité du processus de consultation en CPN chez 291 femmes. Enfin, des interviews structurées ont été menées pour évaluer la satisfaction des patients. L’analyse des données a été faite en utilisant STATA 10.

Les résultats indiquent qu’il existe une pénurie d’agents de santé de plus de 40% toutes catégories confondues, entravant la capacité des systèmes de santé à fournir les services requis à ses clients. Les installations de contrôle des infections, des médicaments et des fournitures étaient insuffisantes. La disponibilité des médicaments essentiels était  généralement faible notamment le sulfamethoxazole/trimetoprime, le Fer, le vaccin antitétanique et le Mébendazole qui sont essentiels dans la prévention du paludisme, l’anémie, le tétanos et les infections parasitaires intestinales respectivement. Ces ruptures sont sources de frustration lorsque les mères ne peuvent pas avoir accès aux médicaments indispensables et affectent négativement les efforts pour améliorer la qualité des soins prénataux. Cependant, il y avait une bonne infrastructure et l’équipement de diagnostic pour les services de soins prénatals. Concernant la qualité du processus de consultation en CPN, il ressort que l’examen des clients a été  généralement (80% des cas) bien fait. Par contre les conseils sur les facteurs de risques et la préparation du client sur la naissance ont été jugés insuffisants, en plus des tests essentiels n’ont pas été faits pour la majorité des clientes (53%). La plupart des répondantes (74,6%) était satisfaits de l’ensemble des services de CPN, notamment l’attitude du prestataire (87,6%), et le respect de l’intimité pendant la consultation  (83,5%). Cependant, la disponibilité des médicaments (32,3%) et le temps d’attente (25,1%) ont été jugé insatisfaits.

L’étude donne des informations importantes de base qui pourraient être utiles pour la conception et la mise en œuvre d’interventions visant à améliorer la santé maternelle. En effet pour accroître la qualité de la CPN, les interventions doivent améliorer la dotation en personnel, les installations de contrôle des infections et les fournitures en médicaments, puis mieux conseiller  sur la reconnaissance des facteurs de risque, et  sur  la préparation à l’accouchement

par Kadio Kadidiatou, Institut de Recherche en Science de la Santé/Burkina Faso

 

Recherche

 

6.    Global Public Health – Impact des programmes de bons sur l’utilisation et la qualité des soins dans les pays pauvres : une revue systématique

Titre original : The impact of vouchers on the use and quality of health care in developing countries: A systematic review

Carinne Meyer Brody et al.;

http://www.tandfonline.com

Face aux difficultés évidentes des populations dans les pays en développement d’utiliser les services de santé, plusieurs approches ont été utilisées pour lever les barrières d’accès aux soins surtout pour certaines catégories de populations. L’une de ces approches utilisée est « le programme de bons d’achat» qui consistaient à assurer à une population ciblée des soins gratuits ou de soins de santé subventionnés. Plusieurs pays en développement ont mis en œuvre cette stratégie. Cependant, quel est l’impact et la qualité de soins que ces « programmes de bons d’achat» ont généré  dans ces pays ? Telle  était la préoccupation de Carinne Meyer et ses collègues à travers une revue systématique des études conduites sur les «  programmes de bons d’achat ». Il ressort globalement que les « programmes de bons d’achat» semblent atteindre leurs objectifs intermédiaires à travers le ciblage des populations spécifiques, l’augmentation de l’utilisation des services et l’amélioration de la qualité des soins. A contrario, les « programmes de bons d’achat » n’ont pas d’impact véritable sur la santé des populations du moins au regard des résultats issus de la recherche. Pour les auteurs, les conclusions de cet examen peuvent contribuer à des recommandations pour des futures évaluations en termes de type de preuves nécessaires pour mieux comprendre l’impact des « programmes de bons d’achat» sur la santé. Ainsi, l’application de la méthode d’examen systématique même à une variété de mécanismes de financement permettrait aux décideurs de comparer les différentes stratégies de financement afin de déterminer les stratégies les plus efficaces pour atteindre certains objectifs, tels que l’utilisation croissante et l’amélioration de l’état de santé.

par Morris Kouame

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