Editorial

Journée Mondiale de la Lèpre, définir  un nouvel objectif

Par Basile Keugoung

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Politiques et financement de la santé

 

1. Lancet (Editorial) – Eradication mondiale de la polio: pas encore

Titre original: Global polio eradication: not there yet

http://www.lancet.com/journals/lancet/

Le monde n’a pas pu éradiquer la poliomyélite en fin d’année 2012. Pourtant, dans les prévisions de l’OMS en 1988, l’organisme s’était fixé l’objectif d’éradiquer la poliomyélite sur le plan mondial en l’an 2000 ; ce qui a été malheureusement prolongé à plusieurs reprises. Avec seulement 215 cas déclarés dans le monde au 26 décembre 2012, un contraste encourageant par rapport aux 650 cas déclarés en 2011, le succès semblait proche.

Mais récemment, l’effort mondial pour éradiquer la polio a subi des revers dévastateurs. À la mi-décembre, neuf travailleurs de la santé ont été abattus lors de la vaccination porte à porte pour administrer le vaccin contre la polio aux enfants pendant la campagne nationale anti-polio au Pakistan. Et en janvier, six travailleurs humanitaires pakistanaiss et un médecin ont été tués. Les attaques brutales ont eu lieu dans plusieurs endroits, y compris dans la province de Khyber Pakhtunkhwa, qui en 2012 avait notifié plus de 40% de tous les cas de polio au Pakistan et comptait 46% des villes infectées par la polio au Pakistan. Le meurtre des agents de santé a été condamné comme « absurde et inexcusable» par le Secrétaire général, M. Ban Ki-moon. En raison des problèmes de sécurité, l’ONU a été contraint de mettre un terme à sa participation à la campagne de vaccination, et la campagne elle-même a été suspendue temporairement par le gouvernement du Pakistan et les provinces touchées.

Dans cette tragédie, les femmes et les enfants sont les principales victimes. La plupart vaccinateurs qui ont été tués étaient des femmes.  Culturellement, les femmes sont seules autorisées à entrer dans les maisons pour parler aux mères et faire vacciner leurs enfants.  Il est extrêmement préoccupant que les femmes qui luttent pour quelque chose de grand soient devenues la cible des talibans pakistanais.

Plus de 3,5 million d’enfants pakistanais ont manqué les vaccinations à la suite de la suspension de la campagne. « De telles attaques privent  les populations les plus vulnérables, en particulier les enfants de l’accès aux interventions sanitaires salvatrices», a déclaré l’OMS et de l’UNICEF dans un communiqué commun .

L’effet de l’assassinat des vaccinateurs contre la polio au Pakistan aura des répercussions sur son voisin, l’Afghanistan, qui, avec le Pakistan et le Nigeria lui-même, est l’un des autres pays d’endémie. L’analyse génétique montre que deux des trois chaînes de transmission de la poliomyélite en Afghanistan viennent du Pakistan. D’autres pays voisins ont également été mis en danger. Par exemple, la polio a éclaté en Chine en 2011 pour la première fois depuis 1999 après avoir été importés du Pakistan; 18 personnes ont été paralysées et une est décédée.

En effet, l’insécurité et l’inaccessibilité de la vaccination sont devenus les principaux obstacles à la poussée finale pour éradiquer la poliomyélite. L’an dernier, Kathleen O’Reilly et ses collègues ont rapporté dans le Lancet l’effet des campagnes de vaccination de masse et de nouveaux vaccins antipoliomyélitiques oraux sur l’incidence de la polio au Pakistan et en Afghanistan. Ils ont rapporté que la diminution de la couverture vaccinale dans certaines régions du Pakistan et du sud de l’Afghanistan avait sévèrement limité l’efficacité des vaccins antipoliomyélitiques oraux bivalents.

Pour éradiquer la poliomyélite, il est impératif non seulement d’assurer la sécurité des vaccinateurs, mais aussi d’aborder les déterminants qui entrainent la haine de certaines populations contre les vaccinateurs ou la vaccination, et d’améliorer l’intégration de vaccination contre la polio dans le programme de vaccination de routine.

Basile Keugoung

 

2. Humanosphere –Un renouvellement de l’engagement de bannir l’espionnage de la santé et de l’aide extérieure

Titre original : A renewed push to ban spies from overseas health and aid work

Tom Paulson and Tom Murphy;

http://www.humanosphere.org/2013/01/a-renewed-push-to-ban-spies-from-overeas-health-and-aid-work/

L’assassinat des vaccinateurs contre la polio au Pakistan a entrainé une vague de protestations et d’appel invitant l’administration américaine à éviter les agents de renseignement à faire partie des expatriés dans le domaine de la santé. Mais, il n’y a pas eu de réponse.

Par contre, les programmes de santé offrent une grande opportunité pour créer la paix et une entente mutuelle à travers la confiance et le respect pour la vie.

Charles Kenny du Center for Global Development a souligné que ‘vu l’importance vitale de la vaccination des enfants pour la sécurité nationale des Etats-Unis, et les conséquences des allégations sur les opérations de renseignement, l’utilisation des programmes de santé publique comme source de renseignement doit être explicitement bannie’.

Basile Keugoung

 

3. Revue Santé Publique- Quel est le coût réel de la couverture universelle en santé en Haïti ?

Jean-Patrick Alfred

http://www.cairn.info/revue-sante-publique-2012-5.htm

 Haïti est le pays le plus pauvre des Amériques avec une inégalité criante entre les citoyens. 75 % de la population haïtienne vit avec moins de 2,5 USD par jour [1]. La moitié de la population n’a pas accès au système de soin formel à cause de la barrière financière créée par le paiement direct des soins au point de service [2]. Le tremblement de terre du 12 janvier 2010 est venu aggraver la situation avec la destruction de 60 % des structures hospitalières des trois départements touchés. Le Ministère de la santé Publique et de la Population (MSPP) fonde sa politique sur les valeurs d’équité, de solidarité et de justice sociale [3]. Le respect de ces engagements signifie la mise en place progressive de la couverture universelle qui, aujourd’hui, encore reste un idéal. En effet, on ne pourra l’atteindre que lorsque tous les Haïtiens auront accès à un panier complet de services de santé de bonne qualité sans que leur capacité à payer soit un obstacle à leur accès. Le coût réel des diverses options politiques de mise en place d’une couverture universelle n’est pas connu, c’est pourquoi il est urgent d’attirer l’attention de la communauté scientifique pour qu’elle se saisisse de cette question dans le but de mieux orienter les décideurs politiques. L’étude des coûts est l’une des étapes importantes dans la mise en œuvre de la couverture universelle. Il est important de calculer ce coût, surtout en Haïti où les ressources sont limitées.

 

4. Journal of Global Health – La priorité politique dans la lutte mondiale contre les maladies non transmissibles (MTN)

Titre original-Political priority in the global fight against non–communicable diseases

A. Maher & D. Sridhar;

http://www.jogh.org/documents/issue201202/11-Article%20Sridhar.pdf

A partir de l’analyse de la « politique prioritaire » de Jeremy Shiffman, l’article s’intéresse aux deux questions, étroitement liées, de la faiblesse du financement de la prévention du contrôle des MNT ainsi que de la difficulté à parvenir à un plan d’action mondial pour enrayer son développement.

En effet, moins de 3% de l’aide annuelle au développement est destiné à la santé dans les pays à revenu faible et intermédiaire, alors que les décès dus aux maladies non transmissibles devraient augmenter de 15% dans le monde entre 2010 et 2020.

La « priorité politique » mondiale consiste en une mesure internationale où les dirigeants mènent des politiques nationales actives pour fournir des ressources financières, techniques et humaines afin de lutter contre les MNT.

L’identification du rôle des institutions est primordiale dans l’élaboration de priorités d’action pour lutter contre les MNT.

Le manque d’attention accordé aux MNT par les gouvernements tient à l’incertitude de leur causalité. L’exclusion des pratiques sociales comme mode de transmission empêche de les considérer comme une priorité politique. La déshumanisation des MNT par l’absence de victimes physiques immédiatement reconnaissables limite leur attrait émotionnel et leur importance. En outre, une désignation commençant par « non » peut être considérée comme une « non-question ».

Examiner les systèmes de valeurs sur lesquels sont fondées les pratiques sociales permet de mieux comprendre leurs interactions avec les denrées alimentaires nocives, et élaborer des stratégies efficaces pour lutter contre les MNT.

Étiqueter les MNT comme « épidémie » permettrait aux pays d’invoquer des inflexions aux règles de l’OMC pour que les fabricants de médicaments puissent produire des versions génériques de médicaments brevetés, dans le cadre de « crises de santé publique d’urgence nationale ». Cependant, le directeur de l’Office des affaires internationales du ministère américain de la Santé et des Services sociaux justifie l’opposition des États-Unis à éliminer tous les brevets sur les médicaments qui traitent des MNT par l’entrave au développement des travaux de recherche pour l’innovation et l’amélioration des médicaments.

Les interventions en matière de MNT ne doivent pas être concentrées exclusivement sur la santé publique mais toucher ses plus larges implications économiques. À cet effet, le défi pour la santé mondiale est d’identifier les intérêts des entreprises privées et de les encadrer par des normes de transparence et de responsabilité publique, tout en évitant de les diaboliser et présumer les intérêts de ces entreprises inconciliables avec celles des acteurs en santé mondiale. Ainsi, le concept de responsabilité sociale de l’entreprise impose aux modèles commerciaux d’allier performance et rentabilité dans le but de contribuer à la solution des défis sociaux et environnementaux. Les entreprises privées qui parviennent à s’attirer le soutien des gouvernements et hauts fonctionnaires affichent une éthique visant à fournir aux consommateurs des produits assurant un mode de vie sain tout en répondant à leurs préférences gustatives.

La crise financière mondiale a conduit de nombreux pays occidentaux à limiter les fonds disponibles pour les initiatives de santé mondiale. Les défenseurs de la santé mondiale sont placés en concurrence avec les autres problèmes économiques et sociaux des gouvernements (tels que l’instabilité financière, le terrorisme et le changement climatique), qui apprécient davantage les stratégies de santé axées sur les consommateurs plutôt que sur leur responsabilisation.

Le secteur privé, considéré comme pivot du système économique de libre échange, facteur de MNT, fut introduit par le Forum de l’Organisation panaméricaine de la Santé pour l’action sur les maladies chroniques dans une version remaniée du réseau CARMEN, composé de 32 pays de la région des Amériques engagés dans la prévention et de contrôle des MNT et de leurs facteurs de risque, ce qui constitue un important pas en avant en termes de conciliation entre les divers intervenants en santé mondiale. La communication stratégique des idées sur les déterminants sociaux de la santé semble plus efficace qu’un simple transfert à sens unique des informations.

Le point crucial repose donc sur le développement de mouvements au sein des communautés, et non pas de façon isolée. Le processus d’avancement des engagements normatifs nouveaux doit être appréhendé comme un processus de socialisation, où les idées sont partagées, débattues, articulées et redéfinies.

Alma Benzaïd

 

Santé maternelle et infantile

 

5. Lancet (Correspondence) – Réduction de la mortalité infantile au Niger

Titre original-Reduction in child mortality in Niger

David Hercot et al.;

http://www.lancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(13)60010-0/fulltext

L’article publié par Agbessi Amouzou and collègues  est un effort de documentation de la réduction de la mortalité infantile au Niger. L’accès universel aux soins de santé primaires, les campagnes de masse et les programmes de nutrition ont été relevés comme les principales stratégies de ce changement. Toutefois, David Hercot et collègues soulignent que des questions persistent et une analyse profonde aurait permis de mieux expliquer les mécanismes de la baisse de la mortalité infantile au Niger.

Les postes de santé et les agents de santé communautaires semblent jouer un rôle clé à travers le renforcement de l’accès géographique aux soins curatifs. En effet, 40% de l’offre de soins aux enfants était délivrée par les agents de santé communautaire en 2009. Les campagnes de masse, notamment la distribution des moustiquaires imprégnées d’insecticide sont responsable de 45% de réduction de la mortalité infantile. Même si la pérennité des campagnes et leurs effets sur le système de santé devrait être documenté. Les programmes de nutrition quant à eux ont permis de réduire la mortalité infantile de 19% mais il est difficile de comprendre comment cela s’est réalisé quand la prévalence de la malnutrition n’a pas changé et que la sécurité alimentaire ne s’est pas améliorée.

Une meilleure compréhension des mécanismes qui ont permis à ces trois stratégies d’atteindre les résultats décrits dans ce contexte permettrait de générer des leçons pour les réformes futures au Niger et dans le monde. Plusieurs cadres ont été développés récemment pour aider à approfondir notre compréhension des systèmes de santé qui pourraient guider les autres études de cas approfondies.

Basile Keugoung

 

 

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