Editorial

Bonne Année 2013 et Perspectives

Par Basile Keugoung

Lire ici

 


 

Politiques et Financement de la santé

 

1. Guardian – Les progrès dans la lutte contre le paludisme menacés selon un rapport de l’OMS

Titre Original -Malaria gains at risk, warns World Health Organisation

Sarah Boseley;

http://www.guardian.co.uk/science/2012/dec/17/malaria-gains-at-risk-who

Les gains réalisés dans le traitement du paludisme au cours de la dernière décennie sont menacés à cause de l’insuffisance du financement de la lutte contre le paludisme depuis 2 ans, rapporte l’OMS.

La moustiquaire a joué un rôle de choix dans la réduction de la mortalité due au paludisme, mais, selon le rapport 2012 de l’OMS, les familles qui en ont besoin ne la reçoivent plus en quantité suffisante.

Avec la baisse du financement de la lutte contre le paludisme, le nombre de Moustiquaires imprégnées d’Insecticide à Longue Durée d’Action livrées aux pays endémiques d’Afrique sub-saharienne est passé de 145 million en 2010 à 66 million en 2012. De ce fait, les familles ne pourraient pas remplacer celles dont la durée d’action a expiré (trois ans environ).

La couverture de la pulvérisation intra-domiciliaire a subi elle aussi une baisse, atteignant seulement 11% de la population à risque.

Si rien n’est fait, on va voir le paludisme resurgir. Nous avons encore beaucoup de travail à faire pour que l’objectif d’accès universel à la prévention, au diagnostic et au traitement approprié du paludisme soit atteint.

Parler d’élimination du paludisme devient donc une illusion dans ces conditions. Si nous voulons alléger le poids du paludisme sur les pays endémiques, nous devons penser à augmenter ce financement le plus tôt possible.

Un autre problème majeur est actuellement le développement des résistances à l’artemisinine, molécule pour le traitement du paludisme. Elle a été identifiée dans 04 pays d’Asie. L’OMS recommande que l’artemisinine soit combinée aux autres molécules antipaludiques pour réduire ce risque.

 

COMMENTAIRE

Le district de Kumba est le district pilote pour la pulvérisation intra-domiciliaire (PID) dans le Sud-Ouest Cameroun. Les insecticides pour cette activité ont été réceptionnés en décembre 2011 et jusqu’aujourd’hui nous attendons toujours qu’ils soient utilisés. Nous savons aussi que la PID a aussi ses limites.

Gaston Wamba

2. Health- Economie du traitement antirétroviral et la circoncision dans la prévention du VIH

Titre Original : Economics of antiretroviral treatment vs. circumcision for HIV prevention

L’ONUSIDA a publié récemment son rapport annuel. Globalement, les résultats obtenus montrent que l’espoir est permis de voir un jour la pandémie disparaitre. Les nouvelles infections sont en baisse ainsi que les décès dus au VIH. La nouvelle vision de l’ONUSIDA « Zéro nouvelle infection, zéro discrimination et zéro décès liés au VIH » tire donc fondamentalement sa pertinence de ces résultats. Les années à venir seront décisives pour les pays en adoptant les nouvelles stratégies de lutte préventive. Parmi celles-ci, la circoncision masculine médicale comme moyen de lutte contre la transmission du VIH/sida sera au cœur des débats. Till Bärnighausena et ses collègues, David E. Blooma et Salal Humaira viennent de publier les résultats d’une étude conduite en Afrique du Sud montrant les avantages de cette pratique. L’étude compare les avantages coûts-efficacité de l’achat des ARV pour les malades du VIH sous l’angle d’outil de prévention et ceux relatifs à l’extension de la couverture de la circoncision masculine médicale comme moyen également de prévention. S’appuyant sur un modèle mathématique appliqué, il ressort des résultats que la prévention par la circoncision médicale est moins couteuse que la prévention par les ARV. En effet, le coût par infection évitée par la circoncision médicale est de 1,096 US$ alors que celle par les ARV est 6790 US$. En comparant le coût par décès évité, la circoncision médicale est avantageuse en termes de coût (5198 US$ contre 5604 US$ pour les ARV). Les auteurs précisent cependant que la prévention par le traitement des ARV pourrait avoir de grands résultats si sa couverture est importante. Pour les auteurs, la stratégie de prévention la plus rentable du VIH est d’étendre la couverture de la circoncision médicale puis celle du traitement par les ARV. Une stratégie combinant conjointement la circoncision médicale et des ARV contribuerait à réduire la mortalité liée au VIH. Pour l’Afrique, cette stratégie constitue un nouveau défi au regard des barrières culturelles.

Morris Kouame

 

3. Future health systems – Marchés futurs de la santé : une déclaration de la réunion de Bellagio

Titre original- Future Health Markets: A meeting statement from Bellagio

http://www.futurehealthsystems.org/storage/publications/project-docs/bellagio-future-health-markets-statement-final.pdf

Du 10 au 14 décembre dernier, des décideurs, des promoteurs, des universitaires et des bailleurs de fonds se sont réunis à la Fondation Rockefeller à Bellagio pour discuter de l’évolution du marché de la santé, et en particulier examiner les tendances futures sur ces marchés. L’objectif de la rencontre était d’une part de promouvoir une plus grande compréhension et une analyse des systèmes de santé sur le marché, et  d’autre part d’examiner comment les marchés peuvent mieux répondre aux besoins des pauvres dans les pays à faible et moyen revenu. Les participants d’entrée ont reconnu un certain nombre de principes qui régissent le marché de la santé et qui doivent être pris en compte dans l’analyse. Il s’agit des acteurs publics et privés, des marchés nationaux et sous régionaux, de la multitude de biens et services tels que les produits pharmaceutiques ou la formation des agents de santé. Les participants ont admis également que la santé ne peut pas être considérée uniquement comme un ensemble de transactions sur le marché mais elle  doit être aussi comprise en termes de droits de l’homme, d’éthique et de responsabilités. Cependant, cela ne peut être pleinement pris en compte que si les dimensions du marché sont prises en considération car les citoyens qui sont des consommateurs et qui font des choix en fonction des forces de l’offre et de la demande. Les gouvernements et les autres parties prenantes ont donc besoin de comprendre cette dynamique afin d’intervenir efficacement dans l’intérêt public.

Cependant, malgré les investissements conséquents des partenaires au développement, il existe d’importantes lacunes en termes de connaissances qui ne favorisent pas une meilleure maitrise de la dynamique du marché. En effet, les analyses des marchés de la santé continuent d’être compromises par plusieurs facteurs. D’abord, le manque de données de routine de base, les comportements du consommateur et celui des prestataires peu connus,  et les relations fonctionnelles entre les prestataires publics et privés dans différents contextes sont limitées. En plus,  il y a les dispositions réglementaires, de gouvernance et de des facteurs politiques qui influencent le développement du système de santé. La maitrise de cette dynamique du marché de la santé par les gouvernements sera encore plus  complexe au cours des vingt prochaines années au regard de l’innovation technologique, de l’augmentation des revenus, de la demande accrue des consommateurs et de la charge croissante des maladies chroniques et de l’expansion des activités des entreprises. Tout ceci  va générer des pressions sur les gouvernements pour financer les services de santé, surveiller les marchés de la santé et répondre aux crises liées aux épidémies et à la qualité des prestations des soins et des médicaments. Toutes ces mutations sont susceptibles d’augmenter la proportion du financement provenant des sources publiques.
À court terme, l’écart entre les objectifs publics (par exemple, une bonne santé, l’accès aux services de santé sûrs, abordables, efficaces et équitables) et la performance des systèmes de santé très mercantile et pluraliste est susceptible de croître. Cependant, les populations pauvres et défavorisées sont  plus susceptibles d’être lésées à cause des systèmes mal organisés du marché de la santé.

Morris Kouame

4. CGD – La nouvelle arme des Talibans: la vaccination des enfants

Titre original : Taliban’s New Weapon: Childhood Vaccination

Amanda Glassman & Charles Kenny;

http://blogs.cgdev.org/globalhealth/2012/12/talibans-new-weapon-childhood-vaccination.php

Huit vaccinateurs contre la polio ont été tués au Pakistan pendant une campagne de vaccination contre la polio. Egalement en Afghanistan, deux autres vaccinateurs ont été tués. La suspicion de l’implication de la CIA dans ces campagnes a été identifiée comme la cause de ces tueries. Un responsable a souligné avoir de plus en plus de difficultés à engager les vaccinateurs parce que ceux-ci sont considérés comme des espions. L’utilisation de la vaccination des enfants comme un outil de terreur ramène l’humanité à un recul. En 2012, 56 enfants ont été paralysés par le virus polio sauvage au Pakistan. Malheureusement, les talibans utilisent les enfants du Pakistan comme une arme contre les Etats-Unis.

Cette situation fait suite aux allégations d’utilisation de la campagne de vaccination contre l’hépatite comme une méthode de renseignement. Ces allégations même non fondées ont eu des effets négatifs sur les campagnes de vaccination au Nigeria.

Les auteurs soulignent que les Etats-Unis supportent  les programmes de santé pour améliorer la santé mondiale et non pour collecter des renseignements. Ainsi, cette mise au point pourrait aider certains parents à vacciner leurs enfants ou à persuader certains leaders à continuer à supporter les campagnes de vaccination.

 

5. BMC health services – Mapping of multiple criteria for priority setting of health interventions: an aid for decision makers

Noor Tromp et al.;

http://www.biomedcentral.com/1472-6963/12/454/abstract

Dans le but de rationner les décisions en santé, plusieurs critères tels que les coûts, l’efficacité, l’équité et la faisabilité jouent un rôle important. Ces critères sont empruntés à plusieurs disciplines ont pour but d’informer pour des prises de décisions rationnelles en santé, mais il n’existe pas de cadre conceptuel unique qui met ensemble tous ces critères.

L’objectif de cet article est de produire un cadre conceptuel de critères basé sur les cadres de l’OMS de la performance des systèmes de santé et sur les composantes d’un système de santé fonctionnels. Ce cadre pourrait être un outil de prise de décision pour identifier les critères applicables dans des contextes spécifiques.

Une revue de la littérature pour un inventaire de tous les critères a été faite. Les critères ont été classés par catégorie des cadres conceptuels cités plus hauts.

Au total, 31 critères ont été identifiés et classés en 6 catégories :

– 5 catégories qui reflètent les objectifs du système de santé (améliorer la santé ; assurer l’équité ; réactivité ; protection sociale et contre les risques financiers ; et efficience)

– une catégorie qui reflète la faisabilité basée sur les 6 composantes des systèmes de santé

Ce cadre conceptuel basé sur les cadres conceptuels du système de santé permettra de développer les priorités en assistant les acteurs de prise de décision dans l’identification des critères de sélection des interventions de santé.

 

6. FACTS Reports- Financement solidaire des évacuations sanitaires  pour améliorer l’accès aux soins d’urgence, DS Kéita (Niger)

Mamoudou Barro et al.

Titre original : Solidarity-based financing of medical evacuations  to improve access to emergency care,  Keita Medical District (Niger)

Source : http://factsreports.revues.org/2294

Depuis quelques années, certains pays africains dont le Niger ont adopté des politiques d’abolition du paiement direct au point de service en ciblant des catégories de personnes ou de services. Elles ne prennent pas en compte l’accessibilité géographique et financière pour les cas nécessitant une évacuation sanitaire du niveau primaire vers le niveau secondaire. Dans cet essai nous documentons une expérience qui a porté sur l’importance de considérer la place des évacuations sanitaires dans les mécanismes d’exemption de l’accès aux soins des populations vulnérables.  Méthodes : Nous avons réalisé une analyse quantitative des statistiques de routine avant et après la mise en place de cette expérience.  Les données sont issues des rapports mensuels d’activités et financiers fournis par les 16 centres de santé intégrés et  l’Hôpital de district et le Centre Hospitalier Régional pour la période allant de 2008 à 2010. Les données ont été analysées avec MS EXCEL.

Résultats : Un fonds d’évacuation sanitaire excédentaire fut constitué dont 77% proviennent des centimes additionnels des populations cibles de la gratuité.  Un doublement des cas évacués a été enregistré, passant de 191 en 2008 à 460 en 2009. Une analyse approfondie montre que plus de 72% des personnes évacuées sont représentées par les populations cibles de la gratuité. Le coût moyen du transport d’un cas à évacuer est d’environ 37€.

Conclusion : L’introduction d’un mécanisme de financement solidaire a eu pour effet l’augmentation du nombre de cas évacués avec un coût moyen du transfert très élevé pour la plupart des ménages ruraux. Les politiques visant à abolir le paiement direct des usagers, en intégrant le coût des évacuations sanitaires constituent une stratégie efficace de couverture du risque maladie et de prévention des effets appauvrissants de la mauvaise santé.

Mamoudou Barro

Tagged with →  

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

Please fill in the below * Time limit is exhausted. Please reload the CAPTCHA.