Titre original: Uganda launches HPV vaccination programme to fight its commonest cancer

Anne Gulland; http://www.bmj.com/content/345/bmj.e6055

Les experts du cancer du col de l’utérus ont accueilli avec enthousiasme le lancement d’une campagne de vaccination en Ouganda, mais ils ont souligné la nécessité d’investir en parallèle dans un programme de dépistage.

En Ouganda, l’incidence du cancer du col utérin – le type de cancer le plus diagnostiqué chez les femmes — est trois fois supérieure à la moyenne mondiale. La campagne prévoit de vacciner 140 000 filles âgées de 9 à 12 ans, par une injection du vaccin quadrivalent Gardasil. Ce vaccin protège contre l’infection au virus du papillome humain [VPH], une cause établie du cancer. Il protège spécifiquement contre les types 6, 11, 16 et 18 du VPH, auxquels sont attribués 70 % des cas de cancer du col utérin.

Le programme de vaccination couvrira seulement 12 de la centaine de districts dans le pays, mais les autorités espèrent une mise à l’échelle nationale ultérieure. Ian Jacobs, doyen de la faculté des sciences humaines et médicales à l’Université de Manchester, également président de l’Initiative pour la santé des femmes en Ouganda qui met précisément en œuvre un programme de dépistage du cancer du col utérin, a déclaré que ce programme était une « excellente nouvelle » et qu’il sauverait de nombreuses vies.

« La vaccination est surtout nécessaire en Afrique et dans le reste du monde en développement », estime-t-il. « Au Royaume-Uni, nous disposons d’un programme de dépistage précoce qui prévient la grande majorité des cancers du col utérin, mais un tel programme de dépistage à grande échelle n’existe pas en Afrique ».

« Néanmoins, un programme de dépistage demeure nécessaire. Effectivement, les femmes qui ont plus de 13 ans sont susceptibles de développer le cancer du col de l’utérus, et un programme de dépistage doit absolument être implanté en parallèle », a-t-il ajouté.

Daniel Murokora, directeur médical de l’Initiative pour la santé des femmes, estime que les programmes de dépistage actuels atteignent à peine 10 % de la population cible en Ouganda ; or, les effets du vaccin seront visibles dans 15 à 20 ans seulement. « La vaccination est une bonne mesure, mais il faut considérer l’ensemble des interventions et les promouvoir », déclare-t-il.

Selon lui, le dépistage reçoit moins d’intérêt de la part des donateurs parce qu’il ne présente pas de débouchés commerciaux intéressants. « Les femmes meurent de ce cancer, alors qu’il est facile et bon marché de le dépister et de le prévenir – moins de 10 £ par personne ».

Les données de l’Organisation mondiale de la santé attestent qu’environ 3600 femmes sont diagnostiquées chaque année du cancer du col utérin en Ouganda, desquelles 2500 mourront. Les projections prévoient que le nombre de femmes diagnostiquées atteigne 6400 en 2025. On estime qu’un tiers des femmes en Ouganda sont infectées par le VPH.

Lors de la conférence de presse du lancement de la campagne, la ministre de la santé ougandaise, Christine Ondoa, a affirmé qu’elle espérait une mise à l’échelle nationale en 2014. « Avec la moitié de notre population qui est âgée de moins de 15 ans, il est évident que la santé des jeunes constitue une de nos priorités, et nous devons nous assurer de mettre en œuvre les interventions de prévention et de contrôle qui s’imposent », a-t-elle dit.

D’autres pays africains ont mis en place un programme de vaccination. Au Rwanda, le programme implanté en avril 2011 couvre aujourd’hui 90 % de la population, selon Jules Millogo, directeur médical chez Merck & Co. Celui-ci ajoute que le gouvernement ougandais était déterminé à maintenir le programme de vaccination à long terme : « Le gouvernement a déjà prévu de continuer la vaccination après que le stock initial donné de Merck soit épuisé, avec d’autres partenaires ». Il a conclu en soulignant l’importance de la vaccination pour les femmes vivant dans les pays en développement. « Celles qui n’ont pas accès aux centres de santé ou qui n’ont pas les moyens de les utiliser seront protégées contre la maladie », a-t-il dit.

Thomas Druetz

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