Article original: WHO plans new yaws eradication campaign

The Lancet

Auteurs : John Maurice

http://www.lancet.com/journals/

Commentaire rédigé par Laure Drusille Mafogue Fotso

Depuis toujours, le pian  fait partie de la vie dans le sud du Ghana, caractérisée par la pauvreté et l’éloignement des services de santé. Il s’agit d’une maladie causée par une bactérie, se localisant au niveau des os et de la peau, chez les enfants entre 5 et 15 ans. 10% de ces enfants finiront par souffrir de douleurs osseuses invalidantes, de lésions des tissus mous et des déformations. Pourtant, une dose unique d’un antibiotique peu coûteux le benzathine benzylpénicilline,  pourrait faire l’affaire. Seulement, l’injection de pénicilline est connue pour être douloureuse et ne peut qu’être administré que par les agents de santé. La recrudescence du pian dans les communautés a permis de le classer récemment sur la liste OMS des 17 maladies tropicales négligées (MTN).

De 1952 à 1964, l’OMS et l’UNICEF ont entrepris une campagne de masse contre le pian. La campagne a réduit la prévalence du pian de 95%. La plupart des observateurs pensaient que le travail serait vite terminé. Mais non, le pian est retourné à un grand nombre de ses anciens terrains de chasse dans certaines parties d’Afrique, d’Asie du Sud, et des îles du Pacifique. Et ce, subrepticement, car la plupart des pays où la campagne de masse a pris fin avaient cessé de rapporter les cas et les rares endroits où la surveillance a été poursuivie ou reprise ont vu de nombreuses preuves d’une résurgence de l’infection. Les raisons possibles étaient un changement brusque d’une maladie dans des systèmes de santé encore fragiles ; un mauvais système de surveillance ; un  recours trop fréquent à la recherche clinique, plutôt que sérologique; une faible volonté politique et le manque de financement ; les problèmes d’approvisionnement en médicaments, et la sensibilisation insuffisante des communautés et la mauvaise acceptation du traitement par injection.

Une étude réalisée dans une île Papouasie-Nouvelle-Guinée, où le pian est endémique a montré de façon concluante qu’une dose orale unique d’azithromycine, un macrolide, est aussi efficace dans la guérison des enfants de pian que le benzylpénicilline benzathine administrée jusqu’ici par injection.

Un mois après la publication de l’étude dans le Lancet, l’OMS a organisé une réflexion sur l’éradication possible du pian. Au cours de la réunion, le Ghana, a annoncé les résultats préliminaires d’une étude en cours qui semble susceptible de venir à la même conclusion que l’étude précédente. L’Inde a décrit une campagne réussie qui avait été entreprise entre 1996 et 2003. C’est ainsi que l’offensive contre le pian a été lancée et les experts ont établi une stratégie d’éradication qui appelle pour une dose unique de l’azithromycine administrée à des populations entières dans les zones connues pour le pian. Le premier traitement de masse sera suivi de 6 mois d’enquêtes pour détecter et traiter les cas restants. Dans l’intervalle entre les enquêtes 6-mois, les agents de santé communautaires assureront le suivi et le traitement les personnes infectées et leurs proches.

La réunion s’est soldée par une décision unanime de lancer une nouvelle campagne d’éradication du pian. Pourquoi cette nouvelle campagne devrait-elle réussir? La raison principalement évoquée était l’existence d’un nouveau traitement qui permet d’éviter un bon nombre de problèmes rencontrés avec le traitement traditionnel. L’expérience de l’Inde a donné de l’espoir quant au coût réduit de l’activité, mais il faudrait  quand même des fonds. Heureusement, qu’une fenêtre d’opportunité s’est ouverte ces dernières semaines avec le lancement de l’initiative mondiale pour contrôler ou éradiquer les MTN ; où le président de Microsoft Bill Gates à cet effet a promis 363 millions US$. L’engagement financier, politique, technique, tout au long du processus est indispensable sans oublier le besoin d’un solide système de surveillance et de diagnostic, associé à un grand nombre de plaidoyer.
D’après l’étude menée en Papouasie-Nouvelle-Guinée, la résistance thérapeutique est presque inexistante dans les communautés où l’azithromycine n’a pas été utilisée dans le passé et où le pian se produit. Mais par mesure de prudence, l’antibiotique sera utilisé seulement dans les campagnes de masse.

En fin, obtenir un engagement politique soutenu pour une maladie avec un bas profil épidémiologique  se réduit au fait que maintenant nous avons un moyen facile de se débarrasser d’une maladie qui provoque des années de souffrance chez les jeunes enfants. Comment pouvons-nous justifier moralement ne pas l’utiliser? La raison pour se débarrasser de cette maladie est le fait que nous pouvons le faire-facilement, à peu de frais, et, je l’espère, rapidement.

 

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