Globalization and health – Global health funding and economic development

Greg Martin et al.

Source: http://www.globalizationandhealth.com/

Résumé et commentaire par Damien Porcher

Les auteurs de cet article analysent l’impact d’un financement accru et soutenu de la santé (initiatives de santé publique et infrastructures) sur la prospérité économique d’un pays, et de sa population.

Selon eux, alors que les effets positifs d’un accroissement de la richesse nationale sur le niveau de santé de la population sont indéniables et reconnus par la communauté scientifique et politique, l’équivalence de cette proposition n’est pas forcément discutée. Les auteurs de l’article entendent ainsi « démontrer », ou plutôt convaincre, que la santé est un « moteur majeur de la croissance économique », et que, par conséquent, les investissements de santé publique doivent être à la hauteur de ces enjeux.

Pour étayer ces propos, l’article emprunte deux voies. Dans un premier temps, le bien-fondé des investissements massifs dans la santé serait justifié par une posture morale individuelle de main tendue, dont l’expression collective devrait refléter la somme de ces inclinations individuelles. Le problème, selon les auteurs, réside dans le fait que la décision collective, du fait notamment de l’hétérogénéité des groupes et de la poursuite d’objectifs court-termistes, ne correspond pas à la somme de ces expressions individuelles : la décision collective est défaillante, reléguant des secteurs essentiels tels que la santé en termes d’investissement et de financement prioritaire.

Dans un deuxième temps, les auteurs s’attachent à démontrer la rationalité économique d’un financement de la santé et des systèmes de santé. Ils avancent que la santé est un maillon essentiel de l’environnement économique, sans quoi toute marche vers la prospérité et la sécurité sera vaine et moralement indéfendable. La « démonstration » s’appuie sur 4 arguments:

– des populations en bonne santé sont plus productives
– l’anticipation des soins réduit la charge des coûts de santé futurs
– l’amélioration de la santé est un résultat/objectif économique et de développement en soi
– les dépenses de santé (personnel, matériel, infrastructures) participent au « multiplicateur Keynésien ».

Les exemples cités visent à appuyer ces éléments. Tout d’abord, les Etats-Unis dont l’élévation de l’espérance de vie entre 1970 et 2000 aurait généré un « surplus productif » de près de 3000 milliards US$ par an. Par ailleurs, la question du capital humain, en particulier le problème de la santé infantile, est mise en avant pour convaincre que les sous-investissements de santé obèrent significativement la productivité, donc la croissance économique et le développement,  et, qu’au contraire, des investissements soutenus sont décisifs. Les auteurs préconisent, à ce titre, de soutenir financièrement la lutte contre les maladies tropicales négligées. Enfin, l’accent est mis sur un nécessaire financement continu et orienté des investissements de recherche relatifs au VIH/SIDA, à la tuberculose et au paludisme, dont les bénéfices économiques sont réels.

 

Commentaire

Equivalence entre la croissance économique et l’amélioration de la situation sanitaire

L’équivalence soulevée et « démontrée » par les auteurs de cet article, entre la croissance économique et l’amélioration de la situation sanitaire, est relativement pertinente. La santé est un réel déterminant du bien-être d’une population, et de sa prospérité, au sens très large, et non simplement une conséquence d’un accroissement économique.

D’ailleurs, les auteurs citent Robert F.Kennedy pour justifier l’inadéquation entre la définition du Produit National Brut (PNB) et les déterminants «écologiques » de notre vie, au premier rang desquels la santé joue un rôle majeur. Nous pouvons ajouter que le PNB, fusse-t-il utilisé en masse pour parler de la richesse d’une nation, est inadéquat a fortiori pour justifier seul une amélioration du niveau de santé. En effet, le PNB ne donnant aucune indication de la répartition de cette richesse, on peut difficilement conclure que les effets d’un accroissement économique à l’échelle d’une nation entrainent une amélioration homogène de l’état de santé de la population.

 

Effet multiplicateur Keynésien

Les auteurs de l’article semblent croire au miracle des externalités positives sur l’économie en général dues à des dépenses accrues en matière de santé. Nous ne réfutons pas la réalité de ces externalités positives sur les agrégats économiques, mais force est de constater que les conditions telles qu’elles sont décrites dans l’article – l’argent dépensé (salaires personnel, achat d’équipement) profiterait au circuit « local » de l’économie  – ne sont en général pas réunies pour atteindre l’effet multiplicateur recherché. Par exemple, l’aide fournie est trop souvent assortie de conditions de recours à des fournisseurs propres aux pays donateurs.

Ce point est certes soulevé par les auteurs, mais mériterait un traitement plus important : l’article laisse penser que les pays donateurs ont changé de stratégie en la matière. Ce qui n’est malheureusement pas encore le cas.

 

Orientation de l’article

On peut reprocher le traitement inégal réservé aux « grandes maladies ».  En effet, l’article fait la part belle au VIH/SIDA, à la tuberculose, au paludisme ainsi qu’aux maladies tropicales négligées. Ainsi, les références aux actions du programme PEPFAR, des organisations de santé globale telles que GAVI, le Fonds Mondial et UNITAID sont nombreuses. Ce traitement n’est qu’une demi-surprise quand on sait que les auteurs travaillent pour un au sein d’une unité de recherche de l’armée américaine et pour les deux autres au sein d’UNITAID. Mais on peut s’étonner que le financement des maladies non-transmissibles (diabète, cancer, maladies cardiaques et respiratoires), pour lesquelles la charge de morbidité à l’horizon 2030 avoisinera les 54% dans les pays à faible et moyen revenu, soit occulté dans les propositions avancées.

Le lien entre la croissance économique et les maladies non-transmissibles mériterait à plus forte raison d’être questionné, dans la mesure où les pays en voie de développement devront, comme indiqué précédemment, supporter une charge croissante de maladies non-transmissibles, maladies caractéristiques auparavant des pays dits développés. Il serait ainsi intéressant d’étudier l’impact d’un accroissement économique national sur l’augmentation de la prévalence des maladies non-transmissibles. Les résultats permettraient peut-être d’aborder la question de l’amélioration sanitaire sous un autre angle.

 

 

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