Ont contribué à l’édition de cette Newsletter :

Laure Drusille Fotso Mafogue, Gaston Wamba et Emmanuel Forlack (Cameroun), Morris Kouame (Sénégal).

 

  L’Equipe Editoriale

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Editorial- Santé : Quel système de financement pour Macky Sall au Sénégal ?

Meschac G. ATTINWASSONOU, Health Economist, CESAG Sénégal,
Basile Keugoung

Le candidat Macky SALL a été élu le dimanche 25 mars 2012 comme nouveau Président du Sénégal. Pour sa politique de santé, il pense que « les coûts de santé prohibitifs pour une population pauvre et sans protection sociale plongent les familles condamnées à renoncer aux soins dans des situations de détresse et de souffrance innommables Lire la suite de cet éditorial


Médicaments

1. Plos Neglected Tropical Diseases – Improving Access to Medicines for Neglected Tropical Diseases in Developing Countries: Lessons from Three Emerging Economies

Francesca Holt et al.;

http://www.plosntds.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pntd.0001390#aff1

Les maladies tropicales négligées (MTN) sont largement ignorés par la science médicale. Ces maladies endémiques dans les pays en développement, touchent environ 2,7 milliard de personnes vivant avec moins de 2 US$ par jour et aggravent ainsi le cycle de pauvreté. Actuellement, la stratégie en vigueur pour améliorer l’accès aux médicaments des MTN est le programme de dons de médicaments car les MTN ne représentent pas un marché juteux pour les entreprises pharmaceutiques privées.

La position des économies émergentes
La Chine, l’Inde et le Brésil sont en tête de file parmi une vingtaine de pays en transition économique et démographique. Des innovations dans le domaine de la biotechnologie de la santé dans les économies émergentes du Brésil, de la Chine, de l’Inde et de l’Afrique du Sud sont palpables. Par exemple, la Fungisone, une amphotéricine B liposomale a été développé par une société indienne ; le Dermacerium, un agent topique est produit par un laboratoire brésilien. Toutefois, en termes de charge de morbidité et de soins de santé, ces pays continuent de souffrir des maux rencontrés dans les pays en développement, y compris des MTN.

En Inde, l’industrie pharmaceutique a progressé grâce à l’utilisation de faibles coûts de recherche et de développement (R & D) et la construction d’installations de production de médicaments génériques. Plus tard, quand il a été forcé par l’Accord sur les aspects liés au commerce des droits de propriété intellectuelle (ADPIC), l’Inde s’est déplacé vers la production de médicaments innovants. Le Brésil est passé par un processus similaire d’utilisation de faibles coûts de production et d’extension de son industrie de médicaments génériques. Cependant, il y a eu une différence essentielle dans les résultats, due entre autres à la manière dont les 2 pays se sont adaptés à l’Accord sur les ADPIC. Cet accord stipule que les membres de l’OMC doivent fournir une protection par brevet pour des inventions. Cette protection doit durer au moins 20 ans à compter de la date de dépôt de la demande de brevet avec une période de transition de 10 ans.

L’Inde a fait pleinement usage de cette période de transition. La Loi indienne sur les brevets de 1970, qui a accordé les droits de brevet que les processus de fabrication, a prévalu tout au long de la transition, jusqu’en 2005. Cet acte a permis aux sociétés pharmaceutiques indiennes d’effectuer l’ingénierie inverse des médicaments de marque et de les vendre comme des médicaments génériques. Le Brésil quant à lui est devenu pleinement conforme à l’entente au bout de 2 ans (en 1996). Une fois l’accord mis en œuvre, il a commencé à octroyer des brevets. Chaque dépositaire qui avait obtenu un brevet dans un autre pays pouvait demander au Brésil sans évaluation. 

Alors que le Brésil était dans la balance commerciale négative pour les produits pharmaceutiques et médicinales, l’Inde était dans la balance commerciale positive et avait atteint la quasi-autosuffisance dans la plupart des médicaments et produits pharmaceutiques. Le Brésil a essayé par la suite de rattraper le terrain perdu avec leur nouveau cadre juridique et réglementaire. 

Enseignements et leur application 

D’après les observateurs, l’élaboration d’une industrie pharmaceutique nationale compétitive a le potentiel d’assurer un développement durable et abordable de médicaments des MTN. Frew et al. affirment que “l’accélérateur en santé mondiale» est nécessaire et créerait un abandon de l’activité moins durable du développement des produits à des coûts élevés suivis par des dons de charité, vers l’innovation à prix abordable. 

Des signes précoces d’efforts pour intensifier la R & D  sur des drogues naissantes dans les pays en développement se font ressentir de plus en plus. L’Initiative Sud-Sud est à promouvoir dans la collaboration entre les maladies endémiques en Afrique, en Amérique latine et en Asie. Par exemple, un réseau de recherche reliant le Brésil avec le Ghana, le Nigeria, l’Angola et le Mozambique a été mis en place afin que la recherche et l’expérience sur les MTN soit partagée.

Conclusion   

Actuellement, la stratégie dominante pour assurer l’accès aux médicaments pour les MTN est précaire et motivée par le profit des organisations occidentales. Les pays en transition démographique et économique sont les mieux placées pour relever le défi de l’accès aux médicaments abordables et durables des MTN. C’est ainsi qu’ils élaborent leurs propres politiques d’innovation, leurs propres industries pharmaceutiques, et leurs propres solutions médicales aux MTN. Leur connaissance et leur expérience inestimable  peuvent sûrement aider à guider les pays en développement vers des stratégies durables de lutte contre les MTN.

Politiques de santé et Financement

2. Sexually Transmitted Infections – Health systems for HIV treatment and care

Alan Whiteside; http://sti.bmj.com/content/88/2/73.full

Les documents sélectionnés pour constituer cet annexe reflètent la pensée actuelle des universitaires et leurs priorités sur le VIH découvert il y a trois décennies.

Dans la première décennie de l’épidémie, les activités étaient centrées autour de la compréhension et de l’étiologie de la maladie. La deuxième décennie a vu le développement de la trithérapie et une médicalisation de la réponse en particulier dans le monde développé. La troisième décennie a été un moment de mise à échelle de l’intérêt et du financement du VIH/SIDA. 

Les défis auxquels nous sommes confrontés dans la quatrième décennie s’articulent autour des ressources et des priorités. Il s’agira de décrire les enjeux nationaux et internationaux, les modèles de services et les perspectives et expériences des patients.

Il pourrait avoir d’autres façons de faire. L’une d’elle serait de développer les perspectives mondiales ; mobiliser Les ressources ; savoir ce qui est et ce qui devrait se produire; examiner les questions ; et enfin piloter et évaluer les données.

L’on pourrait également se baser sur la littérature:

1-                 Sherer, dans son article à propos de l’avenir des soins du VIH aux Etats-Unis fait un plaidoyer pour un système à payeur unique au vu des barrières d’accès aux soins et l’avenir contesté du traitement. 

2-                 Un document similaire sur le rôle des médecins généralistes en Australie soulève le problème de la prise en charge multidisciplinaire et la relation soignant-soigné basé sur la confiance.

3-                 La problématique sur la confiance et la qualité des soins est abordée dans deux articles  sud-africain: Fried et al montre que les principaux problèmes sont la pauvreté et la façon dont les patients sont traités dans les établissements de santé. Cleary et al réalisent que les patients dans les zones rurales ont les plus grandes difficultés à accéder aux soins ; constat qui se reflète dans l’étude australienne, quoique à une échelle totalement différente.

4-                 Bärnighausen et al  traite de l’intégration de l’épidémie du VIH/SIDA dans les services nationaux de santé pour une réponse efficace et durable. Il met à nu les difficultés parmi lesquelles la dépendance du financement international des pays pauvres et le fait que les services horizontaux intégrés ne sont pas faciles à évaluer.

Les lacunes à relever dans la plupart des articles sont la non célébration des acquis tel que le développement et la réduction des prix des médicaments et les succès dans la fourniture des interventions pour prévenir la transmission mère-enfant du VIH. Les systèmes de santé ont été et seront encore là pour très longtemps. Raison de plus pour que l’intégration des activités comme ceux du VIH ; la collecte de bonnes données et des informations factuelles rigoureuses permettent la livraison d’une meilleure santé pour tous. Ce document suggère des voies et moyens pour relever ce défi que nous pensons surmontable.

3. Plos – Why Does Mental Health Not Get the Attention It Deserves? An Application of the Shiffman and Smith Framework

Mark Tomlinson & Crick Lund;

http://www.plosmedicine.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pmed.1001178

Dans cet article, les auteurs Mark Tomlinson et Crick Lund se demandent pourquoi la santé mentale ne bénéficie pas de la même attention que les autres maladies. Pourtant, la prévalence des troubles mentaux a été estimée entre 12,2% et 48,6% au niveau mondial, et plus de 13% de la charge mondiale de morbidité des troubles mentaux est due à des troubles neuropsychiatriques. En outre, plus de 70% de cette charge se trouve dans les pays à faible revenu et à revenu intermédiaire. Malgré cette charge, la maladie mentale ne reçoit ni une visibilité proportionnelle de la part des gouvernants, ni un financement adéquat  dans ces pays.

Pour répondre à cette question, les auteurs s’appuient sur  le cadre utilisé par Shiffman et Smith pour comprendre pourquoi certaines Initiatives Globales de Santé ont plus de succès en termes de priorité politique et dans la mobilisation des financements que d’autres. Ce cadre a été appliqué pour l’essentiel à la mortalité maternelle et à  la survie du nouveau-né.


Après avoir appliqué ce cadre à la santé mentale, les auteurs concluent leurs travaux par des recommandations qui pourraient créer une attention au même titre que certaines maladies. Pour ces auteurs, il faudrait une cohésion accrue de la communauté internationale et le développement des structures gouvernementales, un cadre commun de l’innovation intégrée est nécessaire pour s’assurer que la santé mentale au niveau mondial est une préoccupation des décideurs nationaux et internationaux. En plus, une base de données cohérentes pour des interventions évolutives est nécessaire pour avoir un impact de mobilisation  et  une approche de justice sociale et des droits humains.

4. Sarah Boseley – Tackling the last taboo

http://www.guardian.co.uk/society/sarah-boseley-global-health/2012/mar/01/child-mortality-infectiousdiseases

 Un test rapide de dépistage de la syphilis chez la femme enceinte, suivi d’une antibiothérapie immédiate pourrait mettre un terme à la syphilis congénitale qui tue environ un million d’enfants chaque année.

A l’opposé de la tuberculose et du VIH qui restent difficiles à vaincre malgré leurs ravages et les moyens consentis, la syphilis pourrait être vaincue, nul était la forte influence du tabou existant autour d’elle, qui empêche de mesurer son ampleur et occulte l’’attention à accorder à elle. Aussi, son caractère asymptomatique et sexuellement transmissible fait d’elle une véritable tueuse silencieuse qui emporte environ 1 million d’enfants par an, et qui laisse de nombreux sourds ou muets parmi les enfants survivants. Le prix à payer est extrêmement lourd.

Actuellement, les actions qui attaquent la syphilis feront une chute remarquable de la mortalité infantile si des incitants sont accordés pour briser le tabou.

Une étude publiée dans The Lancet Infectious Diseases a montré que la mortalité liée à la syphilis pourrait être réduite de moitié si un simple test sanguin rapide est effectué chez la femme enceinte, suivi immédiatement d’un traitement antibiotique le même jour.

Aujourd’hui, un nouveau groupe dénommé “Global Congenital Syphilis Partnership” -qui regroupe la plupart des anciens acteurs tels que Bill and Melinda Gates Foundation, Save the Children, l’OMS, le CDC d’Atlanta, ainsi que London School of Hygiene and Tropical Medicine, etc..- a été créé pour doter les scientifiques des moyens pour développer les tests et s’assurer que ceux-ci arrivent aux femmes enceintes qui en ont besoin.

La facilité de manipulation dudit test a été démontrée au lancement du programme par le Professeur Rosanna Peeling de la London School. Ce test extrêmement simple réagit exactement comme le test de grossesse, à la seule différence qu’il est fait sur une goutte du sang digital.

L’efficacité de ce test vient d’être démontrée dans un pool de sept pays dont le Brésil, la Chine, Haïti, le Pérou, la Zambie, l’Ouganda, et la Tanzanie. Tous ces sept pays ont adopté le test. Il coûte moins de £1(1,2 €) par femme et le Professeur Peeling le qualifie de « progrès incroyable avec une très simple solution ».

Ce test peut être offert aux femmes enceintes lorsqu’elles arrivent à leur première consultation prénatale, ensemble avec le test VIH.

Les essais ont montré que le nombre de femmes aussi bien que celui des hommes qui assistent à la consultation prénatale augmente lorsque le test et le traitement sont offerts le même jour. Cette intervention très simple aurait un bénéfice qui va au-delà de l’élimination de la syphilis congénitale.

Il serait donc criminel si ce test n’atteint pas maintenant toutes les femmes qui sont dans le besoin.

5. Economist Intelligence Unit – The future of health care in Africa

http://www.janssen-emea.com/future-of-healthcare-africa

‘L’Avenir des soins de santé en Afrique’ est le titre d’un rapport que vient de publier l’Unité de l’Intelligence Economique sur le futur des systèmes de santé en Afrique à l’horizon 2022.

Le rapport élaboré par 34 experts décrit 5 scénarios possibles. L’Afrique fait face aux maladies chroniques et transmissibles et il y a une augmentation progressive des classes moyennes urbaines qui voudraient payer plus pour avoir accès aux soins. Les défis actuels des systèmes de santé africains tels que les maladies transmissibles, le financement, l’obésité et les maladies cardiaques, l’utilisation des technologies de l’information et de la communication et le développement de soins préventifs.

Une profonde restructuration des systèmes de santé sera nécessaire en intégrant les mesures pour améliorer l’accès aux soins, renforcer les soins de santé primaires et la prévention, et prendre en charge les maladies chroniques. Pour y arriver, il sera indispensable que les communautés locales aient plus de pouvoir pour contrôler leurs soins de santé, que les nouvelles technologies de l’informations et de la communication soient mieux utilisées et enfin que chaque pays s’engagent dans la voie de la couverture universelle maladie.

Recherche

6. Cochrane Review –   Paying for performance to improve the delivery of health interventions in low- and middle-income countries 

Sophie Witter et al;

http://onlinelibrary.wiley.com/doi/10.1002/14651858.CD007899.pub2/pdf

Les effets sont variables et pour certaines études, il y a une amélioration significative des indicateurs avec l’approche de financement basée sur la performance. Par contre, d’autres études montrent une amélioration de certains indicateurs et aucun changement pour d’autres indicateurs.

Pour les auteurs, l’évidence actuelle est faible pour tirer les conclusions générales et des études plus rigoureuses sont nécessaires.

Les effets du financement basé sur la performance dépendent de plusieurs variables telles que le design de l’intervention – par exemple qui reçoit les payements, le montant des primes, les indicateurs choisis, les modalités de mesures des indicateurs-, le montant des financements additionnels. En plus, d’autres composantes telles que l’appui technique et les facteurs contextuels influencent les résultats obtenus.

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