Cette semaine, nous avons notamment traduit une série d’articles et de réactions suite à la parution de nouvelles estimations sur la mortalité liée au paludisme par le Institute for Health Metrics and Evaluation  (IHME) . Les nouvelles données modifient surtout  les acquis pour l’Afrique.

Ont contribué à l’édition de cette Newsletter : Laure Drusille Fotso Mafogue, Gaston Wamba et Emmanuel Forlack (Cameroun).

L’Equipe Editoriale


Editorial–Tuberculose : rendre la prise en charge effectivement gratuite

La tuberculose est en recrudescence dans les pays en développement à cause de l’épidémie du VIH/SIDA dont elle est la première maladie opportuniste. Ceci est favorisé par le contexte de pauvreté qui offre un terrain propice à l’installation et à l’évolution néfaste de la tuberculose.

Lire la suite de cet éditorial.

Laure Drusille Fotso Mafogue & Basile Keugoung


 Paludisme

1. BMJ news – Death toll from malaria is double the WHO estimate, study finds

Ann Gulland; http://www.bmj.com/content/344/bmj.e895

L’OMS a défendu ses estimations sur la mortalité palustre après la publication par le Lancet d’un article qui relevait que  du rapport 1,2 million de décès étaient dûs au paludisme en 2010 soit presque le double de ce que l’OMS avait publié en décembre 2011 dans le Rapport Mondial sur le paludisme. La seconde discordance est la proportion des enfants de 0 à 5 ans parmi ces décès. Pour l’OMS, 86% de décès surviennent chez les enfants de 0 à 5 ans alors que l’article du Lancet rapporte cette proportion à 42%.

L’OMS souligne que ces données sont fiables et que la différence essentielle réside dans l’estimation des décès chez les sujets de plus de 5 ans qui sont 10 fois supérieurs à son estimation. En plus, 24% des décès chez les enfants en Afrique seraient dûs au paludisme contre 16% pour l’OMS.

Les auteurs du Lancet concluent que l’objectif d’atteindre ‘0’ cas de décès lié au paludisme en 2015 ne peut pas être atteint, et que le nombre de décès liés au paludisme ne peut baisser à moins de 100000 décès par an avant 2020.

La crise financière aura certainement un impact négatif sur la lutte contre le paludisme. Par exemple, le Fonds Mondial a supprimé son Round 11 alors qu’il fournit 40% des financements pour la lutte contre le paludisme.

2. Lancet – Offline: Missed Opportunities ?

Richard Horton; http://www.lancet.com/

Quel était le message principal de la communication de la semaine dernière sur la mortalité du paludisme de Chris Murray et ses collègues de l’IHME à Seattle? En surface, c’était la figure extraordinaire de 1,24 millions de décès dus au paludisme en 2010 (par rapport à l’estimation officielle précédente de 655 000 décès). Mais le message politique plus important était que les investissements des donateurs dans le Fonds mondial au cours de la dernière décennie ont produit des résultats étonnants. Des centaines de milliers de vies ont été sauvées grâce à la distribution de moustiquaires imprégnées d’insecticide et de médicaments antipaludiques. Comment, alors, si les médias ont réagi à ces données IHME nouvelles? Positivement, en regardant vers la grande histoire pour les donateurs riches? Ou négativement, en réaction à la critique perçue de l’OMS de statistiques sur la mortalité du paludisme?

Voici quatre titres qui sont apparus après la réaction officielle de l’OMS: « l’OMS, The Lancet dans la guerre contre le paludisme »; « l’OMS rejette la mortalité plus élevée du paludisme signalés par les chercheurs de Seattle », « l’OMS s’en tient à ses chiffres sur la mortalité due au paludisme » et « la mortalité due au paludisme contestée ». La nouvelle agence de l’OMS « Malaria Policy Advisory Committee » (MPAC, Comité consultatif des politiques sur le paludisme) a déclaré que ces dernières données ont alimentée « un argument stérile sur la meilleure estimation ». Quelle occasion manquée.

Mais l’OMS semblait entamer sa propre “argumentation stérile” sur les chiffres, au lieu d’utiliser le papier pour accueillir ces nouvelles trouvailles, proposer de travailler avec l’équipe IHME afin de mieux comprendre leurs nouvelles estimations, et s’engager sur une vaste consultation visant à examiner les implications de ces dernières données. Au lieu d’identifier une opportunité de collaboration (pour soutenir l’investissement dans le Fonds Mondial, par exemple), l’OMS a préféré offrir aux journalistes une histoire, qui a été acceptée sans hésitation (comme les titres ci-dessus le démontrent), au sujet d’un différend de qui contrôle les estimations de la mortalité due au paludisme. Dans un monde où de nombreux groupes scientifiques vont produire des résultats contradictoires à l’avis de l’OMS, le MPAC doit se montrer capable de s’adapter à un environnement scientifique pluriel. L’OMS a un du chemin à parcourir pour prouver qu’elle peut le faire.

Une dernière réflexion sur le paludisme. Le mois dernier, l’un des auteurs de l’article IHME, Alan Lopez (de l’Université de Queensland, Australie), a été élu président du conseil d’administration de la santé du Réseau de métrologie, une société autonome hébergé par l’OMS, qui se consacre à améliorer l’information sanitaire des systèmes de santé dans des contextes à revenu faible et intermédiaire. Voici une autre leçon à partir des incertitudes résiduelles sur la mortalité du paludisme. À moins que nous travaillons avec les pays pour mettre l’information sanitaire plus fiable non seulement au sommet de leurs programmes de santé, mais aussi parmi les priorités inter-gouvernementales, des débats tels que ceux que nous avons vu la semaine dernière continueront à causer de la confusion et l’incompréhension.

3. WHO Bulletin – Piloting the Affordable Medicines Facility-malaria: what will “success” look like?

Gavin Yamey et al.;   http://www.who.int/bulletin/online_first/11-091199.pdf

L’initiative des médicaments antipaludéens abordables est un mécanisme de financement  innovant, géré par le Fonds mondial de lutte contre le sida, la tuberculose et le paludisme. Cette initiative vise à accroître l’utilisation des combinaisons thérapeutiques à base d’artémisinine  pour traiter le paludisme.

Un projet pilote est en cours dans huit pays afin de déterminer si le mécanisme réduit le prix à la consommation de ces médicaments et augmente leur disponibilité dans les magasins publics et privés, leur part de marché et leur utilisation.

Pour évaluer ce projet, une analyse a été réalisée pour estimer les bénéfices prédéterminés de succès à 1 et 2 ans. Une analyse de sensibilité et d’autres méthodes ont été utilisées pour vérifier les résultats. Les repères utilisés pour déterminer le succès incluent une augmentation de la disponibilité des thérapies à base d’artémisinine de 40% par rapport au départ, et une augmentation de leur utilisation de 10-15% par rapport au départ à l’année 2.

Ces critères ont été basés sur des preuves que les programmes nationaux de santé publique visant à accroître l’utilisation d’un produit de santé spécifique dans les pays en développement n’ont généralement obtenu que de modestes changements dans l’utilisation dans un délai de 2 ans. L’évaluation doit également prendre en compte les contextes de chaque pays.

Couverture Universelle en santé

4. Health financing in Africa (blog) – En Afrique aussi, l’accès financier aux soins de santé est une réalité politique

Bruno Meessen; http://www.healthfinancingafrica.org/ 

Nous vous invitons à lire cette note de Bruno Meessen dans le Blog HHA. Il analyse l’influence des orientations et intérêts politiques sur les choix des réformes et même des stratégies dans les systèmes de santé tant des pays riches et pauvres.

Les professionnels de la santé devraient intégrer ces aspects dans leur plaidoyer  vers les politiciens.

Politique de santé et financement

5. WHO – Ethical tensions in dealing with noncommunicable diseases globally

Sridhar Venkatapuram, Martin McKee & David Stuckler; http://www.who.int/bulletin/online_first/11-094789.pdf

Les maladies non transmissibles sont un fardeau de plus en plus lourd qui menace le développement économique et social, alors même que les interventions sanitaires rentables existent. Une déclaration en a été faite lors de l’assemblée générale des Nations Unies en Septembre 2011 et depuis lors, l’OMS développe un cadre global du suivi de ces maladies.

Les auteurs de cet article ont identifié quatre tensions éthiques ressortant des déclarations faites au niveau des sept assemblées régionales de l’OMS, qui doivent être résolues si l’on doit lutter contre ces maladies non transmissibles, à savoir :

  1. Tenir compte des droits des personnes atteintes ;
  2. Tenir compte des déterminants sociaux ;
  3. Le financement de la lutte contre ces maladies pose un problème, le financement local est à encourager, vu les problèmes actuels du financement international ;
  4. Quelles sont les maladies à prendre en compte ?

Initialement, quatre maladies prioritaires ayant une mortalité élevée ont été retenues à savoir les maladies cardiovasculaires, les cancers, les maladies chroniques du poumon et le diabète. Mais plus tard les maladies mentales y ont été incluses.

Le renforcement des systèmes de santé apportera sûrement un plus dans la lutte contre ces maladies.

6. KFF – World Recognizes 9th Annual International Day Of Zero Tolerance To FGM/C

http://globalhealth.kff.org/

La communauté internationale a célébré le 6 février 2012 la 9e Journée Internationale de la tolérance zéro aux mutilations génitales féminines. Ces mutilations ont affectées plus de 140 million de filles et femmes dans le monde selon l’OMS.

Les Etats-Unis sont engagés à fournir les ressources nécessaires pour stopper cette pratique traditionnelle qui viole malheureusement les droits de la femme ainsi que son intégrité physique, sa santé et son statut social.

Selon un Rapport de l’UNICEF et de l’UNFPA, près de 2000 communautés ont abandonné cette pratique en Afrique en 2011.

7. Journal of Public Health Policy (Commentary) – Global action on social determinants of health

Ronald Labonté et al.; http://www.palgrave-journals.com/

Cet article atteste que la santé mondiale est confrontée à trois crises majeures:

  • les crises financières en cours;
  • l’approfondissement des crises écologiques ;
  • les revenus escaladés et les inégalités de richesse au sein et entre les nations.

Les rhétoriques globales des réponses à ces crises invoquent souvent des sentiments politiques similaires à ceux conseillés par la Commission de l’OMS en 2008 sur les Déterminants Sociaux de la Santé (CDSS). Toutefois, les décisions politiques réelles courent à l’encontre de la preuve examinée par la Commission, et les recommandations de son rapport final.

Le défaut de re-réguler le capitalisme financier, d’introduire des normes réglementaires pour les entreprises transnationales, ou de subordonner le commerce et les traités de libéralisation des investissements aux objectifs de développement et les traités relatifs aux droits de l’homme ne feront qu’exacerber les inégalités de santé mondiaux dans l’avenir.

Plus positivement, il y a un soutien croissant pour les systèmes de fiscalité mondiale. Le défi pour la santé mondiale restera la volonté des Etats de faire des choix de politique intérieure et étrangère qui renforcent la redistribution des revenus, la réglementation économique, et les droits des citoyens.

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