Laure Drusille Fotso Mafogue & Basile Keugoung

La tuberculose est en recrudescence dans les pays en développement à cause de l’épidémie du VIH/SIDA dont elle est la première maladie opportuniste. Ceci est favorisé par le contexte de pauvreté qui offre un terrain propice à l’installation et à l’évolution néfaste de la tuberculose.

D’après l’OMS (2010), en 2009, 14 million de cas de tuberculose étaient estimés dans le monde dont près de 1,5 million de décès. Toutes les formes contagieuses (tuberculose pulmonaire à microscopie positive) ne sont pas dépistées et mis sous traitement à temps, ce qui entraîne la contamination de nouvelles personnes. Cette maladie de la pauvreté aggrave davantage cette pauvreté à cause de l’arrêt du travail qu’elle induit. D’importants efforts ont été déployés par la communauté internationale et les gouvernements pour la lutte contre la tuberculose. En effet, 41 million de patients tuberculeux ont été guéris entre 1995 et 2009. L’avènement du Fonds Mondial de lutte contre le VIH/SIDA, la tuberculose et le paludisme et la création de l’Initiative Stop TB Partnership ont permis d’améliorer les financements et l’expertise consacrés à la lutte antituberculeuse.

Ces financements mondiaux ont facilité l’adoption et la mise en œuvre des politiques de gratuité pour la prise en charge de la tuberculose,  politiques qui étaient d’ailleurs inéluctables dans les pays endémiques.

Au Cameroun, la politique de gratuité dans la prise en charge de la tuberculose a été adoptée en octobre 2004. Cette gratuité ne couvre que les médicaments.  L’accès gratuit aux médicaments antituberculeux a été une excellente opportunité pour la prise en charge des patients tuberculeux. Cette prise en charge est intégrée dans des formations sanitaires polyvalentes appelées Centres de Diagnostic et de Traitement (CDT).

Toutefois, les patients continuent à payer 1,3 à 2,2 US$ pour accéder à la consultation curative dans les formations sanitaires pour le dépistage, 2,2 US$ pour les examens de crachat (dépistage et contrôle), environ 11 US$ pour la radiographie du thorax, et enfin  les frais d’hospitalisation (variables en fonction des structures).

La contribution financière des patients pour accéder aux soins a été introduite par l’Initiative de Bamako pour responsabiliser le patient et lui donner un pouvoir d’une part, et pour générer les ressources nécessaires au fonctionnement des formations sanitaires d’autre part.

Mais aujourd’hui, l’émergence de la tuberculose multirésistante et voire totalement résistante est une menace à la santé publique et amène à reconsidérer la participation financière des patients tuberculeux aux soins. Car aujourd’hui, il est déjà difficile d’avoir suffisamment de ressources pour prendre en charge la tuberculose sensible aux médicaments. En plus, les systèmes de santé actuels ne sont donc pas suffisamment préparés pour faire face à une recrudescence ou une épidémie de tuberculose multi- ou totalement résistante. Combattre la tuberculose multirésistante passe donc par un dépistage précoce et le traitement adéquat de tous les cas incidents de tuberculose en éliminant toutes les barrières qui pourraient réduire l’accès des patients aux soins.

Par conséquent, les managers des programmes de lutte contre la tuberculose et les policymakers devraient prendre toutes les mesures nécessaires pour réduire davantage voire lever toutes les barrières financières d’accès aux soins pour les patients tuberculeux afin de renforcer le dépistage et le traitement des cas de tuberculose. Ceci contribuerait à lutter contre l’émergence de la tuberculose multi- et totalement résistante.

Les approches de mise en œuvre de cette gratuité pourront combiner divers approches : le financement direct par les programmes de lutte contre la tuberculose, les mutuelles de santé, le financement basé sur la performance ou les assurances maladies. Le choix des méthodes dépendra du contexte.

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