Isidore Sieleunou

Bangkok, 22ème ville mondiale de par la taille de sa population, l’architecture de la ville est une entremêlée de béton des villes des temps modernes et les survivances des temples rappelant les vestiges de l’emprise bouddhiste. Le tout de façon très exotique et agréablement chaotique. A première vue, rien ne nous laisse penser qu’il y’a quelques semaines plus tôt, la ville a souffert d’inondations qui ont causé des pertes en vies humaines et de considérables dégâts matériels. Au milieu de cette cité, se dresse une imposante bâtisse : le Central World, qui abrite le Centara Grand Hôtel et le Convention Centre. C’est dans ce cadre que du 24 au 28 janvier 2012, plus de 750 experts de santé publique se sont réunis pour participer à la Prince Mahidol Award Conference (PMAC).

Cette année, la conférence avait pour thème « vers une couverture maladie universelle (CMU): le financement de la santé importe ». L’objectif était de faire émerger les expériences des pays – à revenu faible, moyen et élevé – qui tentent de concevoir une approche équitable, efficace et pérenne pour assurer l’accès et l’utilisation des services de santé essentiels, tout en levant les obstacles financiers pour protéger les populations des dépenses catastrophiques et de la pauvreté iatrogène.
La PMAC 2012 s’est focalisée sur la contribution du financement de la santé pour l’atteinte de la couverture universelle. Elle s’est voulu un forum d’échange des évidences pour les politiques de santé et un instrument pour renforcer les engagements sociaux pour le développement de ce secteur.
Plus d’une vingtaine de sessions parallèles ont favorisés des échanges sur des thèmes spécifiques tels : le montage institutionnel du financement de la santé pour une couverture universelle, l’appui sur des initiatives de santé universelle pour assurer les soins de qualité, les défis de la couverture du secteur informel, la voix de la société civile, comment s’assurer que les politiques atteignent les pauvres, comment couvrir le secteur informel, comment prendre en compte le secteur privé, …. ……
Durant les 5 jours de rencontre, la volonté politique et la gouvernance ont émergé comme des facteurs essentiels pour atteindre la CMU, mais tout aussi important ont été l’engagement et la participation de la communauté et de la société civile, et les preuves scientifiques pour garantir l’accès aux soins sur l’échiquier des décideurs. Le chemin n’est pas tout à fait dichotomique, il s’agit très souvent de compromis et d’arrangement, car l’interaction entre ces facteurs (volonté politique, voix de la communauté/société civile et évidence scientifique) est une relation complexe et nécessite un équilibre dynamique.
L’importance de la mobilisation des ressources additionnelles a été débattue, notamment l’intérêt de développer des stratégies novatrices pour accroitre les ressources domestiques. L’exemple cité a été celui du Gabon avec la taxe sur les transactions de devises, qui permet de mobiliser les ressources affectées pour le financement des soins de santé.
Il est remarquable qu’aucun pays africain n’ait été présent dans le panel consacré à la discussion du rôle de l’aide au développement pour la santé (ADS) dans l’atteinte de la CMU, alors que les données nous indiquent qu’en dehors de l’Inde, les pays les plus perfusés par l’ADS sont de cette partie du monde.
Le chemin qui mène à la CMU doit être vu comme une marche endogène, mais il doit également aller au-delà des frontières. Dans ce sens, il a été très intéressant de voir durant cette PMAC comment les experts de la santé ont parlé de la responsabilité globale et locale en même temps, et non l’un ou l’autre. La société civile doit aller au-delà de la voix pour devenir un mouvement, avec un engagement public, une responsabilité et une redevabilité envers la communauté.
Il y’a une différence entre les buts et les moyens des options politiques pour l’atteinte de la CMU, car celle-ci ne doit pas être vue comme une finalité en soi, mais un moyen pour atteindre le droit à la santé pour tous. Shafik et Abimbola soulignent ironiquement qu’à Guantanamo, l’assurance maladie universelle est une réalité, mais ce bout d’information n’en dit pas beaucoup sur la qualité de la vie dans cette baie. L’assurance maladie n’est qu’une partie du large continuum de la CMU, et reste contexte spécifique.
La marche vers la CMU n’est pas seulement une question de réforme du financement de la santé, mais une approche holistique qui doit prendre en compte toutes les composantes du système de santé.
Par une journée grisée du 28 janvier 2012, les lampions se sont éteints sur le Convention Centre par une Déclaration de l’engagement de Bangkok sur la couverture maladie universelle. Cette déclaration réaffirme la volonté de tous à faire de la CMU un chemin prioritaire au sein des agendas nationaux et internationaux.
Espérons pour finir que ces engagements se transforment en action.
Le crédo final entonné par tous sur l’air de YMCA des « villages people » était : « Nous croyons à la CMU »

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