Edito :  Politiques de gratuité dans le secteur de la santé: des défis nécessitant l’implication des experts.

 

Ces dernières années, de nombreux pays à faible et moyen revenu ont introduit des politiques de gratuité dans leur secteur de santé. Des chercheurs d’Afrique, d’Asie, d’Amérique du Nord et d’Europe se sont penchés sur ces politiques ; les résultats de leurs travaux ont été rassemblés dans un supplément de la revue scientifique « Health Policy & Planning » qui est sorti le mardi 25 octobre. Les expériences du Burundi, Burkina Faso, Ghana, Liberia, Mali, Ouganda, Rwanda et Sénégal ont notamment été documentées par les chercheurs.

De leurs analyses, émergent les principales leçons suivantes.

–        Ces politiques de gratuité relèvent de choix faits par les plus hautes instances des pays concernés, parfois dans le contexte de campagnes électorales.

–        Quand ces décisions sont prises dans la précipitation et sans concertation suffisante avec les différentes parties prenantes, y compris les techniciens des ministères concernés, les systèmes de santé peuvent être mis en difficulté (difficulté à faire face à l’afflux de patients, rupture de stock des médicaments).

–        Quand ces politiques sont bien conçues, mises en œuvre avec les mesures d’accompagnement nécessaires et correctement financées, elles améliorent l’accès des populations aux soins de santé. Une insuffisance de financement peut toutefois conduire que cette plus grande utilisation conduise les ménages à dépenser plus pour leurs soins de santé (par exemple, parce que les ruptures de stock de médicaments dans les services publics gratuits les obligent à acheter leurs médicaments dans les pharmacies privées).

–        Il existe différentes stratégies pour réduire les barrières financières aux soins de santé. Les bonnes solutions – pour les populations les plus vulnérables et pour les finances publiques – comportent leur part de complexité. Il est important que les décideurs politiques consultent leurs experts; ils peuvent les aider à construire des systèmes de santé justes et efficaces qui seront viables sur le long terme.

 

Bruno Meessen, chercheur à l’Institut de Médecine Tropicale d’Anvers et coordinateur de ce supplément : « Le volontarisme des décideurs politiques à trouver des solutions pour certaines populations vulnérables comme les enfants et femmes enceintes est une opportunité formidable. Les résultats ne seront toutefois au rendez-vous que si leur engagement se fait dans la durée et sur les meilleures bases techniques. Offrir des soins gratuitement est plus complexe qu’on ne le pense traditionnellement. »

 

Abdelmajid Tibouti d’UNICEF New-York : « que ce supplément financé par UNICEF soit une source d’inspiration pour les gouvernements africains. L’équité est un défi important dans de nombreux pays. Les partenaires techniques et financiers ont sans doute un rôle d’appui plus important à jouer, dans le respect bien entendu des options décidées par les pays eux-mêmes. Une première piste est la mise en réseau des pays adoptant des politiques similaires ».

 

Lucy Gilson, de l’Université de Cape Town, et de la London School of Hygiene and Tropical Medicine : « Les leaders prenant des décisions importantes pour renforcer les systèmes de santé au profit des populations pauvres, leur engagement avec la communauté, le personnel de santé, et les techniciens, est essentiel pour rendre visible leurs décisions dans la pratique quotidienne des prestations des soins de santé ».

 

A cet égard, nous nous réjouissons que les experts africains travaillant sur ces enjeux se soient réunis en une communauté de pratique à l’échelle du continent. Grâce aux technologies d’information et de communication, ils partagent en permanence leurs expériences. Les opportunités d’apprentissage mutuel sont multiples.

 

Bruno Meessen

 

N’hésitez pas à nous donner votre point de vue.

Bonne lecture

Isidore Sieleunou et Basile Keugoung

 

Global Health Policy

1.  Lancet –   NCDs: celebrating success, moving forward

Robert Beaglehole et al.;

http://www.lancet.com/
Une étape importante dans la réponse globale aux maladies non transmissibles (MNT) a été franchie à New-York aux Etats-Unis avec l’adoption de la Déclaration politique à la Réunion de Haut Niveau de l’Assemblée générale de l’ONU sur la prévention et le contrôle des MTN.  Le niveau de participation des chefs d’Etat et de gouvernement, et le nombre d’interventions par les pays et les autres intervenants, ont été des indicateurs de l’intérêt pour la question et une mesure du succès de la réunion. Bien qu’avoir des objectifs assortis de délais et de cibles aurait été plus idéal, la Déclaration ouvre de nouvelles opportunités pour faire avancer l’agenda des MNT.

Deux tâches sont urgentes. La première est d’assurer la plus large diffusion  possible de la déclaration. La deuxième tâche est d’encourager la réalisation des quatre principaux engagements à court terme convenus  dans le Déclaration par les États membres et les institutions mondiales, y compris l’OMS.

En outre, les pays doivent inclure les MTN dans leurs  programmes de développement et assurer ainsi la coopération des agences de développement comme cela a été promis dans la déclaration de Paris. Enfin, l’objectif général est de réduire les risques sanitaires énormes et le fardeau économique des MNT, en particulier sur les pauvres. Il est temps pour nous d’avancer.

2.  KFF – WHO Says Global TB Cases Decline For First Time Ever But Warns Funding Gap, Resistant Strains Put Progress At risk

http://globalhealth.kff.org/
Selon les nouvelles données publiées par l’OMS, le nombre de personnes atteintes par la Tuberculose à chuté à 8,8 millions en 2010 après un pic de 9 millions en 2009. D’autres rapports font également  le constat d’une baisse significative des décès (40% de 1990 à 2010) qui permet d’être optimiste quand à la capacité de la plupart des pays en développement (à l’exception de l’Afrique) de réduire de 50% la mortalité imputable à cette maladie.

Sans remettre en cause ce déclin, cet article vient nuancer cette avancée en soulevant deux points essentiels qu’il est important de garder à l’esprit :

–          La pérennité des fonds alloués à la Tuberculose et le risque d’un manque de financement dans les années à venir.

–          Le défit que constitue les cas de tuberculose multi-résistante.

3.  Lancet – Beyond accountability: learning from large-scale evaluations

Ties Boerma, Isabelle de Zoysa;  http://www.lancet.com/

L’évaluation de l’effectivité des programmes et des initiatives de grande envergure est essentielle pour l’apprentissage et la redevabilité en matière de santé mondiale. Progressivement, des évaluations d’impact rétrospectives sont menées, principalement avec des données provenant d’enquêtes ménages existantes, afin d’évaluer l’effet de ces programmes sur la santé ou sur la couverture des interventions. Cependant, les évaluations prospectives des programmes de grande échelle sont rares et trop espacées.

4.  WHO Bulletin (online) – Redesigning the AIDS response for long-term impact

Heidi J Larson, Stefano Bertozzi and Peter Piot http://www.who.int/;

Depuis trois décennies le virus du VIH a été identifié et la pandémie du SIDA s’est développée dans le monde. Pour de nombreuses populations, le VIH est devenu endémique. Bien qu’il y ait de bons progrès sur l’élargissement de l’accès au traitement, avec  6,6 millions de personnes sous traitement antirétroviral à la fin de 2010, les efforts de prévention sont encore très insuffisants avec 2,6 millions de nouvelles infections en 2009. La demande de traitement est en augmentation alors que le financement devient de plus en plus rare et le militantisme est en déclin. En 2007, le Programme commun des Nations Unies sur le VIH / SIDA (ONUSIDA) a créé un forum indépendant appelé AIDS 2031 pour porter un regard critique à l’échelle mondiale sur le VIH / SIDA. Le document présente quatre domaines clés pour reconcevoir une riposte au SIDA sur la base des délibérations de cette initiative et sur ​​l’apprentissage et l’expérience des trois premières décennies de l’épidémie. Dans tous ces domaines un fort accent est mis sur le renforcement des capacités locales, le leadership, les priorités du programme et les budgets.

5.  Globalization & Health (Debate) – The Growing Caseload of Chronic Life-Long Conditions Calls for a Move towards Full Self-Management in Low Income Countries

Josefien van Olmen, Grace Marie V Ku, Raoul Bermejo, Guy Kegels, Katharina Hermann and Wim Van Damme

http://www.globalizationandhealth.com/content/7/1/38/abstract
Les auteurs font une hypothèse selon laquelle les modèles d’offre de soins aux personnes atteintes de maladies chroniques ne sont pas suffisantes et proposent «une autonomie de gestion complète» comme une alternative dans les pays à faible revenus, soutenus par des réseaux d’experts et de la technologie de « smart phone ».

L’offre actuelle de services de santé aux patients souffrant de maladies chroniques est très coûteuse et constitue un lourd fardeau pour les systèmes de santé. Par ailleurs, ses résultats sont souvent médiocres. Elle mobilise beaucoup de main d’œuvre avec des coûts importants la rendant non viable. La défaillance du système de santé pour répondre aux besoins des malades chroniques est en général reconnue. Le but de l’article est de démontrer que cette offre n’est pas adéquate et de proposer une alternative pour les pays à faible revenu. Cette alternative sera basée sur un réseau de patients experts et l’utilisation des technologies smart phone.  L’expérience montre que les nouveaux médias et les smart phones peuvent être facilement maîtrisés par des personnes de tous âges et avec un niveau éducatif bas. Cette proposition qui est au stade d’hypothèses mérite d’être expérimentée sur le terrain afin d’en évaluer l’apport.

 

6.  Guardian – Europe to focus on democracy and human rights in aid projects

http://www.guardian.co.uk/
Dans une interview accordée au Guardian, le commissaire Européen pour le développement, Mr Andris Piebalgs  a dévoilé un aspect des conditions de l’aide au développement octroyé par les états de L’Union Européenne aux pays pauvres. Il a déclaré  que pour les années à venir l’UE mettra beaucoup plus un accent sur la démocratie, les droits humains et la gouvernance dans ses programmes d’aide. Pour le commissaire au développement, ces valeurs sont fondamentales pour un développement économique et durable. L’UE à travers l’aide au développement cherchera plus à promouvoir les droits démocratiques à travers “la bonne gouvernance et des contrats de développement» mis en place entre l’UE et les pays recevant une aide budgétaire générale. M. Piebalgs a déclaré également que l’UE sera très attentive là où l’aide au développement pourrait avoir le plus d’impact en ciblant des domaines clés, tels que la protection sociale, l’énergie et l’agriculture.

7.  La Missive de l’OMS/Congo bulletin de l’OMS sur les Déterminants sociaux de la santé 

http://bit.ly/qYpUxN
Numéro spécial de “La Missive de l’OMS/Congo”, bulletin du Bureau de la Représentation de l’OMS au Congo,  relatif  à la Conférence mondiale sur les Déterminants sociaux de la
santé, tenue au Brésil du 19 au 21 octobre 2011.

 

Global Health Financing

8.  GFO (new issue) – The Report of the High-Level Panel – Strong and Thought-Provoking, but with Worrying Flaws

Aidspan; http://www.aidspan.org/issue=160&article=1
Dans ce papier, les auteurs commentent sur le Rapport du Groupe de haut niveau sur le Fond Mondial (FM) intitulé «Tourner la page, de l’urgence à la pérennité ».

Ce rapport constitue, pour les auteurs, l’examen indépendant le plus franc qui ait jamais été mené sur le Fond Mondial et nombre des observations et recommandation qu’il contient sont dignes de considérations très sérieuses. Néanmoins, certains points semblent relever d’une analyse insuffisante ou d’une compréhension incomplète de la manière dont le FM doit fonctionner en partenariat avec de nombreux autres acteurs, ou du fait que le FM a toujours été destiné à être différent des organismes de financement traditionnelles. Enfin, le rapport ne donne aucun avis sur la manière dont les fraudes graves se  généralisent parmi les gestionnaires des subventions ou si le FM connait un problème plus ou moins grand à cet égard vis-à-vis des autres donateurs.

9.  MLI – Bangura: “Developing countries are helping us out”

John Donnelly; http://www.ministerial-leadership.org/

Haja Zainab Bangura,  ministre de la santé et de l’assainissement de la Sierra Leone, s’est envolée le 15 septembre dernier à La Havane. Ce voyage inhabituel autour du monde doit l’aider à ramener rapidement plus de médecins et d’infirmières pour son pays. En effet, la Sierra Leone doit faire face à une pénurie de professionnels de santé qualifiés exacerbé par  le lancement de la gratuité des soins pour les femmes enceintes, les mères qui allaitent et les enfants de moins de 5 ans. Dans un tel contexte, bien que les Pays Développés restent les principaux donateurs du pays, la Sierra Leone se tourne vers les Pays en Développement  dans le cadre d’une coopération Sud-Sud.

10.  User fee removal in the health sector in low-income countries: lessons from recent national initiatives

Guest Editors: Bruno Meessen, Lucy Gilson and Abdelmajid Tibouti

http://heapol.oxfordjournals.org/content/26/suppl_2.toc

Jeune Afrique a publié un petit article en français sur le sujet http://bit.ly/vz3kHV . C’est déjà ça pour les francophones.
L’intérêt du papier dont je suis premier auteur réside dans le fait qu’il présente une liste de bonnes pratiques auxquelles on s’attendrait lorsqu’un pays s’engage dans une réforme du financement des soins par les usagers. La réalité et le contexte évidemment ne permettent pas toujours de suivre les étapes théorique d’un processus de réforme mais néanmoins, avoir une liste sous la main peut déjà aider à ne pas perdre de vue les étapes clés à ne pas manquer. Un résumé de l’étude qui a permis de rédiger ce papier, ainsi que celui de Bruno Meessen et Valéry Ridde, a été présenté lors de la conférence AfHEA à Sally http://slidesha.re/pNfjui.
Le papier par Barbara Mc Pake et al. présente également une approche réaliste de la planification d’une réforme de la gratuité. Les autres papiers mettent en avant des résultats de recherche et études qui ont analysé les réformes dans huit pays africains et deux pays asiatiques sur les forces et faiblesses de chacune des réformes. (Seul ceux de Bruno Meessen et al. et Valéry Ridde et al. ont utilisé la méthodologie développée dans le premier article)

Vous trouverez également une présentation par Manassé Nimpagaritsé et d’autres sur la gratuité sur le site de la conférence AfHEA

http://afhea.org/conference/conference2011/files/Presentations/PresentationsConf2011.html

Le débat va surement se poursuivre, notamment lors de la réunion de la communauté de pratique sur l’accès financier aux soins qui aura lieu à Bamako du 17 au 19 novembre.

David Hercot

Facilitateur de la Communauté de pratique EBPB

 

Drugs

11.  Globalization and Health (Debate) – A win-win solution?: A critical analysis of tiered pricing to improve access to medicines in developing countries

Suerie Moon, Elodie Jambert, Michelle Childs and Tido von Schoen-Angerer ;

http://www.globalizationandhealth.com/content/7/1/39/abstract
L’idée de la vente de médicament et de vaccins dans les pays en développement à des prix systématiquement inférieurs à ceux pratiqués dans les pays industrialisés comme un moyen d’améliorer l’accès aux médicaments pour les pauvres a reçu un grand soutien de la part des industries pharmaceutiques,  des décideurs, de la société civile et des universitaires.

A cet effet, Suerie Moon, Elodie Jambert, Michelle Childs and Tido von Schoen-Angerer ont conduit des études  de cas basées sur un examen de l’évolution  des prix des médicaments tels que  les antirétroviraux, l’artémisinine au nibeau international.. Il ressort de leurs conclusions plusieurs lacunes essentielles relatives à la tarification échelonnée ce qui ne permettra pas d’atteindre les prix les plus bas dans la durée car cela implique souvent des divisions arbitraires entre les marchés et / ou les pays, ce qui peut conduire à des prix très élevés pour les marchés à revenu intermédiaire, en laissant une grande marge de manœuvre  de pouvoir de décision entre les mains des vendeurs vis-à-vis des consommateurs. Pour ces auteurs, pour garantir l’accès aux médicaments pour les populations qui en ont besoin, des stratégies alternatives doivent être explorées qui exploitent la puissance de la concurrence afin d’éviter la segmentation du marché arbitraire et / ou reconnaître les responsabilités des gouvernements.

Development & Aid

12.  The Broker (new issue)

http://www.thebrokeronline.eu/pdf
une excellente publication de Broker, avec des articles sur les nouvelles responsabilités multilatérales de la Chine, une évaluation du support budgétaire, et beaucoup plus. Le Broker a aussi un intéressant article sur l’aide chinoise et l’agenda de l’efficacité de l’aide sur le blog de Busan.

Pour conclure, peut-être que vous voulez jeter un coup d’œil sur le “Tales from the Hood”, pour voir quelques posts critiques sur le monde de l’humanitaire et ce que cela peut faire pour vous, ainsi que le désordre qui se passe dans la corne de l’Afrique.

 

 

Ont contribué à l’édition de cette lettre: Matthieu Antony, Morris de Kouame

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One Response to Newsletter Politiques Internationales de Santé #139

  1. admin says:

    Dr Nejoua Belkâab, Maroc, nous écrit :
    En effet, en plus de la consommation intense des médicaments, d’autres effets directs et indirects peuvent être la conséquence de la gratuité instaurée de manière hative et sans réflexions profondes.

    la surcharge de travail induite par une fréquentation accrue de patient pris en charge gratuitement est l’une des conséquences qui compromis la qualité et l’efficacité de la prise en charge. Une sage femme par exemple qui faisait 3 à 5 accouchement par jour se trouve face à 20 accouchement et plus. première conséqquence; manque de vigilance et plus de stress et fatigue, deuxième conséquence; risque d’incidents et d’erreur plus manifeste, troisième conséquence; vulnérabilité et comportement inadéquat…… la liste est longue.

    Devant cette situation, un patient qui veut préserver sa dignité peut se laisser aller dans son domicile que de fréquenter une structure humiliante, d’ailleurs l’expressiion de “je préfére mourir que d’aller à cet hôpital” se fait entendre souvent dans des territoires de desserte de certains hôpitaux étiqquetés de mauvais comportement de leurs personnels.

    A cet effet, la remise en question de cette politique de gratuité s’impose.

    Une piste serait elle envisageable? les fonds nécessaires à la mise en place de la gratuité pourraient être convertis en caisse de solidarité avec l’appui des collectivités locales et une participation symbolique des adhérents, pour qu’ils se sentent participants et partie prenante.

    Je vous remercie

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