Edito

La période post conflit est critique pour les systèmes de santé. En général, les conflits désorganisent les systèmes de santé. De façon variable, cette désorganisation se caractérise entre autres par la destruction des infrastructures sanitaires, le vol des équipements médicaux et non médicaux, la rupture ou l’insuffisance de la fourniture en médicaments, les pertes des professionnels de santé (dus aux décès, aux déplacements ou à l’émigration), l’absence de financement… D’autre part, les populations civiles ou militaires sont directement victimes – blessés, décédés- des conflits, ou indirectement par la disparition des services sociaux sensés assurer leur bien-être. Face aux nombreuses urgences et problèmes, les Etats et les bailleurs privilégient – ce qui paraît normal- les priorités et délèguent l’offre de soins à des Organisations Non Gouvernementales (ONG) pour offrir des soins à des groupes plus vulnérables (déplacés, enfants de moins de 5 ans, femmes enceintes).

Dominique Kerouedan illustre bien cette situation par la crise humanitaire qui sévit aujourd’hui en Côte d’Ivoire. On parle de reconstruction, mais la remise sur pied du système de santé ne figurerait pas sur la liste des ‘top priorities’. Car celle-ci coûterait plus que les quelques million d’euros ou de dollars qui ont été promis par certains bailleurs. Les cas de la RDC, du Tchad, du Burundi, de la République Centrafricaine, du Libéria… où les mortalités maternelles restent toujours élevées plusieurs années après le conflit devraient nous donner des leçons sur les stratégies souvent inadéquates qui sont utilisées pour dépenser l’aide internationale en période post conflit.

En se limitant essentiellement à l’offre de soins par les ONG, on minimise les besoins et les interventions à mener et l’on sous-estime l’effort qui devrait être produit par le Gouvernement et les bailleurs pour remettre sur pied le système de santé. Les ONG internationales devraient être moins interventionnistes et mettre plutôt en place des mécanismes de renforcement des capacités des équipes et structures locales pour offrir des soins de qualité. En effet, la période post-conflit voit naître une floraison de projets visant à aider le pays à lutter contre la malnutrition, prévenir des maladies diarrhéiques, délivrer des antirétroviraux, etc. Les coûts de transaction liés à la prise en charge des chefs de mission et chefs de projet consomment l’essentiel du budget.

Les Etats, les bailleurs et les ONG devraient revoir les plans de reconstruction des systèmes de santé en période post-conflit pour éviter le gaspillage des ressources et la persistance de la détérioration de la santé des populations.

Bonne lecture

Basile Keugoung et Isidore Sieleunou

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