Chers collègues,

 

La Coupe du Monde de Football en Afrique du Sud est à la phase des derniers matchs du premier tour. Pour les équipes africaines, le bilan est mitigé et quelque peu décevant. Malgré leurs stars jouant dans les championnats européens, les équipes africaines n’ont pu s’imposer sur le terrain. Heureusement, le Ghana a sorti la tête de l’eau. De nombreuses critiques sont adressées aux entraineurs expatriés qui pour beaucoup ne connaissent pas le terrain et qui devraient construire une équipe solide en  3 ou 6 mois. Celui du Cameroun qui jusqu’ici n’a gagné aucun match lors de cette coupe est payé 71 million de CFA par mois alors que l’entraineur camerounais qui avait gagné la médaille d’or olympique en 2000 à Sydney recevait moins de 2 million CFA par mois. Au-delà du football, combien gagne un médecin en Afrique sub-saharienne ? Et combien gagne son collègue expatrié chef de projet ? La politique d’assistanat montre ses limites dans tous les domaines pour le développement de l’Afrique sub-saharienne. Mais les intérêts sont parfois plus forts que la raison. Ceux qui ont le moins compris, ce sont les africains eux-mêmes. Pour le football, il faudrait commencer aujourd’hui à préparer la coupe du monde 2014 et 2018 en mettant des entraineurs locaux dans les régions pour détecter les jeunes talents futurs stars qui devront constituer des équipes compétitives et non des collections éparses de stars.

 

Bonne lecture

 

Basile Keugoung, David Hercot, & Wim Van Damme

 

Sélection réalisée par David Hercot, Kristof Decoster, Basile Keugoung, Josefien Van Olmen & Wim Van Damme


Global Health

1. BMJ – Don’t abandon Labour’s initiative to improve access to health care for world’s poor people, charities urge

Peter Moszynski; http://www.bmj.com/cgi/content/full/340/jun14_2/c3153

Au Royaume-Uni, le nouveau Secrétaire d’Etat au développement international Andrew Mitchell a annoncé des changements dans l’aide avec plus de “transparence, redevabilité, responsabilité, équité et d’autonomisation” et une revue des engagements financiers du Royaume-Uni auprès des institutions multilatérales. Des inquiétudes ont été émises sur le sort du “Centre de financement innovatif” (www.progressivehealthfinancing.org) créé en Mars 2010 et qui a pour but d’aider pour l’accès universel aux soins dans les pays pauvres. Andrew Mitchell a ajouté que le développement est bon pour l’économie britannique, sa sécurité, sa santé et son futur. En 2008-2009, l’aide extérieure de la Grande Bretagne était de 1,5 milliard $.

2. Epidemiologic Reviews – Global Health and Foreign Policy

Harley Feldbaum, Kelley Lee, and Joshua Michaud; http://epirev.oxfordjournals.org/cgi/content/full/mxq006v1

Feldbaum et al. analysent la relation entre la santé mondiale et la politique extérieure à travers 4 critères : l’aide, le commerce, la diplomatie et enfin la sécurité nationale. En ce qui concerne l’aide, les Institutions d’aide au développement ont été créées après la Seconde guerre mondiale pour reconstruire les sociétés modernes détruites par la guerre ; entre 1960 et 1980, l’aide des pays européens et des USA avait pour but de contenir l’influence de l’URSS en Afrique, Asie et en Amérique latine. En 2008, les pays qui recevaient le plus d’aide des USA étaient par ordre d’importance Israel, l’Egypte, la Jordanie, le Pakistan et l’Irak et non les pays les plus pauvres. Par rapport au commerce, les services de santé n’échappent pas aux activités commerciales : l’achat des intrants à travers les produits pharmaceutiques, les agents biologiques, les équipements, etc. Certaines mesures de régulation favorisent l’accès des pays pauvres aux médicaments. La diplomatie est l’art de pratiquer et de conduire les relations internationales et de mettre en œuvre la politique extérieure. La ‘diplomatie sanitaire’ va au-delà des traités internationaux et comporte le rôle de la santé mondiale dans la politique extérieure et l’utilisation des interventions de santé pour renforcer les objectifs de politiques extérieures. Enfin, la sécurité nationale a influencé les décisions des Etats à s’investir dans la prévention et le contrôle de certaines affections, particulièrement infectieuses tel que le VIH/SIDA. Toutefois, il existe des tensions entre la sécurité nationale et la santé publique car l’insécurité politique ne correspond pas toujours aux besoins. En fait la priorisation des problèmes de santé en fonction des menaces sur la sécurité nationale peut générer l’attention politique et les financements pour résoudre des problèmes qui ne sont pas des besoins en santé publique.

3. Lancet – Offline: The Chatham House Rule, over-ruled

Richard Horton; Full Text

Richard Horton  fait un commentaire sur le succès de la Conférence “Deliver Women” qui s’est tenue à Washington. Il affirme que les 20 million de femmes qui chaque année subissent un avortement clandestin ou de mauvaise qualité sont les plus marginalisées. Le gouvernement canadien a aussi exclu l’avortement de son agenda et un de ses membres a souligné que la souveraineté de chaque pays sur le sujet sera respectée. Et puis, à propos des articles sélectionnés dans le Lancet, il reconnait quelques ‘favoritisme’ pour les institutions du Nord et la ‘discrimination’ de celles du Sud. 

4. GHE – EU event a starting point for a new era in global health governance

David Gleicher; http://bit.ly/c9DDjC

L’Union Européenne a organisé les 10 et 11 juin, une réunion sur la santé mondiale. Cette réunion est une phase décisive pour la création d’une stratégie européenne sur la santé mondiale. La réunion avait pour objectifs de présenter la Communication de la commission européenne sur le rôle de l’UE sur la santé mondiale et  identifier les défis, buts, outils politiques et partenariats nécessaires pour que l’UE s’engage effectivement avec tous les acteurs pour améliorer la santé mondiale. Pour améliorer la santé mondiale, Paulo Buss demande une ‘coopération structurelle’ par le développement des institutions pérennes et non la mise en place de projets isolés Nord-Sud. Il ajoute qu’en plus des approches décrites dans la Déclaration de Paris et la Déclaration des Ministres de l’ECOSOC , la coopération Sud-Sud devrait aider les pays du Sud à développer leurs propres institutions de gouvernance et de formation des professionnels nationaux pour qu’ils acquièrent la meilleure connaissance en santé, en planification, et en gouvernance des systèmes de santé. Car la coopération ne signifie pas assistance mais nécessite une participation démocratique, une appropriation et un alignement des priorités qui lui donnent un caractère émancipateur tel que l’UNASUR Salud qui est l’organe santé regroupant les pays d’Amérique du Sud. Bruno Gryseels a relevé que “la santé mondiale c’est l’équité, y compris dans les capacités de recherche. Son appréhension est que les acteurs pensent que la santé mondiale c’est le Nord aidant le Sud. Sa vision pour le futur c’est que chaque pays doit avoir ses propres capacités pour que la recherche internationale en santé se fasse dans le cadre de la collaboration avec des acteurs qui sont des partenaires.

Pour les pays, la réflexion sur la santé mondiale doit commencer au niveau national. Il n’y a pas de santé mondiale sans santé nationale ou régionale. Les financements dans le secteur santé sont considérés comme des dépenses et non des investissements et sont régulièrement sujets à des réductions.

Par rapport au nouveau rôle de l’OMS dans la santé mondiale, Liu Peilong décrit 4 fonctions essentielles de la gouvernance de la santé mondiale : 1) créer un consensus sur les valeurs partagées sur lesquelles les rôles et responsabilités des acteurs sont basés ; 2) engager tous les acteurs et assurer une cohérence, alignement et harmonisation ; 3) établir des cadres réglementaires à travers des traités, régulations, normes et standards ; et 4) mobiliser les ressources suffisantes et les distribuer de façon appropriée. 

Aid & Financial Crisis

5. Science Speaks – AIDS funding ahead? Africans deeply worried

Donnellyglobe; http://sciencespeaks.wordpress.com/2010/06/14/aids-funding-ahead-africans-deeply-worried/#more-2106

En 2009, 13 milliard $ ont été dépensé pour combattre le VIH/SIDA et en 2030, les besoins financiers se chiffrent entre 19 à 35 milliard $ par an. En Afrique sub-saharienne, David Apuli, Directeur général de la Commission nationale de lutte contre le SIDA en Ouganda souligne que les fonds de lutte contre le SIDA stagnent alors que le nombre de personnes à mettre sous ARV ne cesse de croître et que les financements des bailleurs ont permis de sortir nombre de séropositifs de la mer en les mettant sous ARV et avec la réduction des financements, on leur demande de nager ou de se noyer.

 

Je pense qu’entre “sortir de l’eau et se noyer”, il y a une étape intermédiaire que David Apuli n’a pas mentionnée, c’est qu’il faut d’abo
rd rentrer une fois de plus dans l’eau. Comment l’Afrique sub-saharienne rentre dans l’eau ?

1-                  En parlant d’Ouganda et la plupart des pays d’Afrique sub-saharienne, plusieurs dirigeants travaillant dans ces programmes VIH/SIDA ont été suspectés de corruption ou de mauvaise gestion des fonds. On note la multitude des structures budgétivores de coordination des programmes VIH. Ailleurs, ce sont des Ministères entiers du SIDA qui ont été créés. Dans la même logique, il aurait fallu créer un Ministère du diabète et de l’hypertension artérielle aux Etats-Unis. Tout cela conduit à une inefficience de la lutte contre le VIH/SIDA.

2-                  Et si les financements dans le système de santé étaient perçus comme des investissements permettant de prévenir et/ou traiter des problèmes responsables de la baisse de l’espérance de vie, de la sous-production et du sous-développement, on ne prierait pas les Chefs d’Etats africains d’allouer les 15% du budget public voire plus à la santé.

3-                   La prévention a été relayée au second plan sinon le même message « Abstinence-Fidélité-Condom» est dit juste comme des messes dans tous les pays. Résultat : les nouvelles infections VIH sont supérieures au nombre de personnes mis sous ARV chaque année.

Voilà pourquoi, sorties de l’eau, les personnes séropositives retournent à l’eau et se noient. Cette noyade, c’est le nombre de sidéens qui meurent chaque année en Afrique : 90% de tous les décès dus au SIDA dans le monde.

6. Reuters – Analysis: Donor cuts add pressure to World Bank aid drive

http://www.reuters.com/article/idUSTRE65C11S20100613

En 2007, la Banque Mondiale avait collecté 42 milliard $ pour financer le développement dans les pays pauvres à travers l’Association pour le Développement International (IDA). Mais la collecte de ces fonds cette année sera extrêmement difficile du fait de la crise dans les pays donateurs. Ceux-ci vont se réunir le 16 juin à Bamako (Mali) pour discuter de la reconstitution des fonds de l’IDA. Certains acteurs souhaiteraient que les financements soient liés aux résultats pour faire mieux avec peu de moyens.

7. KFF – Financial Times Examines How GAVI’s $2.6B Shortfall Might Affect New Vaccine Programs In Developing Countries

http://globalhealth.kff.org/Daily-Reports/2010/June/16/GH-061610-GAVI.aspx

Le Financial Times rapporte que GAVI a un déficit de 2,6 milliard $ pour les 5 prochaines années. Cela  va certainement retarder l’introduction des vaccins contre la rubéole, le Human Papilloma Virus, le cholera et l’encéphalite japonaise dans les pays en voie de développement.  Un plaidoyer a été fait par GAVI (GAVI Alliance press release; GAVI’s 10th anniversary Progress Report ) pour que les donateurs fassent des efforts pour combler ce déficit.

8. Action aid – EU aid own goals pushing MDGs out of reach

http://www.actionaid.org/eu/index.aspx?PageID=5441

Le Rapport de la Confédération Européenne des ONG de développement CONCORD (‘Penalty against Poverty: More and Better EU aid can score Millennium Development Goals’)  note que l’aide de l’UE en 2009 était de 49 milliard € soit 0,42% du PIB et inférieur d’1 milliard € à l’aide en 2008 alors qu’en 2005, l’engagement des Etats était d’atteindre 0,7% du PIB en 2010. Si on retire les bourses aux étudiants, la remise de la dette, et l’aide au
x réfugiés dans les pays européens, l’aide extérieure ne représente plus que 0,38% du PIB soit 19 milliard € de moins que ce qui avait été promis aux pays pauvres pour atteindre les OMD. Les OMD ne seraient par conséquent pas atteints et 30% de la population mondiale continuera à vivre en dessous du seuil de pauvreté.

 

Il est évident que les pays les moins avancés n’ont pas la capacité financière de financer leurs dépenses publiques sur fonds propres. De la à conclure que l’échec des OMDs est lié au non respect des engagements des pays riches est un pas que je ne franchirais pas. Si les pays riches doivent respecter leurs engagements, l’aide peut aussi être mieux utilisée. Par une aide mieux utilisée, il faut voir beaucoup d’aspects. Du côté des bailleurs qui doivent donner l’argent là ou il est le plus utile et de la façon la plus efficace. Du côté des pays les moins avancés, les gouvernements doivent renforcer la gestion des affaires et des finances publiques. Ces derniers doivent pouvoir décider des politiques à mettre en œuvre et ces politiques doivent répondre aux besoins de la population. Il ne faut pas seulement répondre aux besoins des électeurs les plus loquaces qui sont souvent les mieux nantis mais il faut oser mettre en œuvre des politiques de discrimination positive pour aider les plus vulnérables. C’est mon point de vue et je le partage. DH

Human Resources

9. Lancet  – Operational research in HIV priority areas: the African way

Mark A Boyd, Chidi A Nwizu; http://www.lancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(10)60972-5/fulltext

Un commentaire du Lancet revient sur l’article publié par Sanne et al. sur la délégation des tâches pour le suivi et la prise en charge des personnes séropositives et qui montrait que l’efficacité de ce suivi est similaire si l’on utilise les infirmiers ou les médecins. Toutefois, bien que cette étude soit randomisée, 1) les contaminations auraient pu se produire avec des patients alternant entre médecin et infirmier pour leur suivi; 2) les deux équipes de suivi étaient bien formées et avaient accès à une équipe plus expérimentée avec qui la gestion des cas pouvait être discutée et donc réduit la vraie différence entre les 2 bras de l’essai ; 3) les patients avec une maladie à un stade très avancé ont un mauvais pronostic et on pourrait suggérer que ceux-ci soient suivis par des médecins ; 4) dans certains contextes les infirmiers n’ont pas le droit de prescrire les ARV et cela nécessite la révision des normes du pays et enfin 5) certains centres de santé manque l’équipement de base pour le suivi des patients en général et des patients séropositifs en particulier.

 

Au-delà des limites justifiées de la délégation des tâches pour le suivi des personnes séropositives, il est clair que l’accès universel aux ARV et la prise en charge des personnes séropositives ne peut être assurée uniquement par les médecins dans la plupart des pays à haute prévalence ou à faible densité médicale. Par conséquent, si dans un pays où la couverture antirétrovirale est inférieure à 50% et l’initiation et le suivi des patients reposent exclusivement sur des médecins, on est tenté de conclure que ce programme VIH refuse plutôt de mettre les patients sous ARV. Mais malheureusement, l’immunité de ceux qui ne sont pas sous traitement continue  à décroître, leur maladie continue à s’aggraver. Ils meurent sans traitement où sont enrôlés à la phase terminale de la maladie où l’on sait que le pronostic sera mauvais. Les hôpitaux sont alors bondés de patients et les médecins surchargés avec une forte mortalité dans les 3 mois qui suivent l’initiation de la trithérapie. Dans ce contexte, le suivi par les médecins serait-il supérieur à celui des infirmiers ? Pour un programme vertical, renforcer le système de santé, c’est améliorer la capacité de chaque niveau du système à offrir des soins –au moins essentiels- dévolus à ce niveau de soins. Conseiller et faire le dépistage VIH, faire des prélèvements et les acheminer pour l’examen CD4 et initier la trithérapie dans un centre de santé. Des ressources et le renforcement des compétences du personnel sont indispensables pour remplir ces tâches. C’est cela le renforcement du système de santé.

Drugs

10.    KFF – CGD –  Global Drug Distribution Programs One Factor In Hastening Drug Resistance, Report Says

http://globalhealth.kff.org/Daily-Reports/2010/June/15/GH-061510-Drug-Resistance-Report.aspx

Le Rapport du CGD  a recensé plusieurs facteurs responsables de l’émergence des resistances aux médicaments. Entre autres, la faible capacité technologique pour effectuer des diagnostics précis, la faiblesse des systèmes de santé, les médicaments de faible qualité et l’excès d’utilisation des antibiotiques, notamment dans le secteur agricole. La survenue des résistances augmente les coûts de traitement. Le coût du traitement d’un cas de Tuberculose (TB) multirésistant suffirait à traiter 200 cas de TB simples.

Pour faire face au problème, les auteurs proposent i) la création d’un réseau de laboratoires pour la surveillance des souches résistantes ; ii) la mise en place des mécanismes de contrôle des médicaments efficac
es ; iii) le renforcement des institutions régionales de régulation des médicaments et iv) le renforcement de la recherche sur les résistances aux médicaments.

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