Chers Collègues,

Cette semaine le Lancet laisse une place très large à la santé maternelle et néonatale quelques jours avant le sommet pour les femmes. Dans un éditorial, ils soulignent que l’Equité est la clé de la santé maternelle et infantile.

En visite en Ouganda, Ban Ki Moon a appelé les pays Africain à consacrer 15% de leur budget domestique à la lutte contre le SIDA. Pas sûr que les ministres des finances vont être d’accord eux qui ont déjà mis en doute les engagements d’Abuja il y a quelques semaines…

Et à l’OMS, certains collègues doivent transpirer dans leur chemise après la publication d’une enquête dans le BMJ révélant les liens entre les experts qui ont déclaré la pandémie et l’industrie pharmaceutique qui a tout gagné dans cette « pandémie ». D’après l’éditeur en chef du BMJ, l’OMS doit maintenant restaurer la confiance sinon sa crédibilité sera ébrechée pour de nombreuses années.

David Hercot et Basile Keugong

Sélection réalisée par David Hercot, Kristof Decoster, Basile Keugoung, Josefien Van Olmen & Wim Van Damme


Maternal Neonatal and Child survival

1. Lancet – The continuing invisibility of women and children

Richard Horton; Full Text

Richard Horton donne dix raisons qui expliquent pourquoi la santé de la mère et de l’enfant est reléguée aujourd’hui au second plan.

1- Le système des Nations-Unies a perdu sa mission sociale de santé de la mère et de l’enfant et de d’équité de genre au profit des problèmes plus techniques

2- Une grande partie du public n’est pas consciente de la situation difficile des femmes et des enfants

3- Peu d’évaluation de l’impact des politiques sur la santé de la mère et de l’enfant

4- Insuffisance de l’application des connaissances scientifiques pour le renforcement du système de santé

5- Peu de causes (déterminants sociaux) de la mortalité maternelle sont traitées ou pris en charge

6- L’échec de l’intégration des connaissances, pratiques et plaidoyers. Chaque scientifique plaidant pour sa propre vision et reléguant celle des collègues au second plan

7- Le peu de pouvoir/moyens donné aux femmes pour qu’elles se mobilisent pour leur santé

8- L’organisation de la société civile

9- Le plaidoyer par des acteurs parfois non appropriés

10- L’absence de leadership entrainant peu de coordination, pas d’alliance entre les groupes

Un plan qui permettrait de rendre la santé de la mère et de l’enfant plus visible devrait écouter les voix des personnes concernées. Car les défis majeurs sont le renforcement des systèmes de santé –surtout en zone rurale-, une plus grande attention aux nouveau-nés, l’éducation et la protection sociale, l’accès aux médicaments de qualité, la situation politique et sociale des femmes et l’accès à l’avortement.

Des études pays sont nécessaires pour comprendre comment le Rwanda et l’Egypte ont réduit la mortalité maternelle, ou l’Ethiopie et le Malawi ont réduit la mortalité infantile. Le plaidoyer pour la santé maternelle et infantile devrait se professionnaliser.

Les groupes de travail pays devraient aussi se former ; Ils auraient le soutien et l’appui des organisations internationales et travailleraient pour des problématiques concrètes, proposeraient des solutions adaptées au contexte. Si la réflexion venait uniquement du sommet du G8 au Canada, nul doute que 2015 voire 2025 sont trop proche pour pouvoir réduire la mortalité maternelle de ¾.

2. Lancet – Momentum, mandates, and money: achieving health MDGs

Ann Starrs, Rotimi Sankore; Full Text

The Lancet, Volume 375, Issue 9730, Pages 1946 – 1948, 5 June 2010

Une plus grande attention est accordée à la santé maternelle, néonatale et infantile. Mais les financements n’ont pas suivi ce momentum. Toutefois, l’espoir est permis : le SG de l’ONU a annoncé en Avril 2010 le désir de mobiliser les acteurs clés pour définir une politique, un programme et des engagements financiers (15 milliards $ pour 2011). Le Sommet du G8 qui se tient ce mois au Canada se penchera également sur le problème. Comment seront coordonnés ces financements ? Certains proposent que les missions du Fonds Global incluent en plus de la tuberculose, paludisme et VIH/SIDA, la santé maternelle, néonatale et infantile. Mais, le problème n’est pas qu’au niveau des donneurs et Agences internationales, les pays à faible revenu ont aussi une grande part de responsabilité. A Abuja par exemple, les Etats s’étaient engagés à allouer 15% de leur budget public à la santé et 6 pays seulement ont respecté à ce jour cet engagement.

Si au niveau international la perspective d’une intégration des efforts est reconnue comme essentielle, au niveau des pays la fragmentation persiste. La fragmentation des problèmes en programmes perçus dans les années 90 comme un moyen pour acquérir des financements s’avère aujourd’hui inefficiente. Le retard dans la définition et la mise en œuvre des politiques intégrées est criant en Afrique sub-saharienne. En attendant, les stratégies viennent des pays non concernés. Heureusement, certains pays comme le Rwanda montrent la voie que les autres pays tardent ou ne veulent pas suivre.

3. Lancet – New modelled estimates of maternal mortality

Wendy J Graham, David A
Braunholtz, Oona MR Campbell;
Fulltext

Chris Murray’s reply; Full Text

The Lancet, Volume 375, Issue 9730, Page 1963, 5 June 2010

Wendy J Graham et collègues soulignent l’importance de l’article de Hogan et collègues publié dans le Lancet sur les estimations de la mortalité maternelle. Ils relèvent toutefois que l’interprétation de ces données devrait être minutieuse et tenir compte des intervalles de confiance. Ils proposent que de futurs travaux soient effectués pour améliorer les estimations et fournir de meilleures informations sur les progrès réalisés.

4. Lancet – Issue attention in global health: the case of newborn survival

Jeremy Shiffman; Full Text

Jeremy Shiffman analyse les raisons qui ont amené la prise en considération des problèmes de survie du nouveau-né à l’échelle mondiale. En effet, 3,8 millions de nouveau-nés meurent chaque année dont 99% dans les pays pauvres et représentent 42% des décès des enfants de moins de 5 ans. Le cadre d’analyse utilisé comporte les le pouvoir des acteurs, les idées, les caractéristiques de la problématique et les contextes politiques.

Au niveau des acteurs, Save the Children et l’Initiative “Sauver les Vies des Nouveau-nés”, UNICEF, l’USAID, l’OMS et La Fondation Bill et Melinda Gates, le Lancet ont joué un rôle de premier plan. En 2005, le Partenariat pour la santé maternelle, néonatale et infantile a regroupé près de 300 organisations.

Les idées : Avant 2000, les problèmes du nouveau-né n’étaient pas prioritaires ou noyés dans ceux des enfants de moins de 5 ans. Progressivement, des publications furent faites sur le sujet. Le Rapport 2005 de l’OMS porte sur la santé maternelle, néonatale et de l’enfant.

Les caractéristiques : l’ampleur du problème, la faible réduction des décès néonataux limitant l’atteinte de l’OMD 4

Les facteurs politiques : les OMD ont créé une fenêtrer d’opportunité. En effet la baisse de la mortalité néonatale était plus lente et l’OMD 4 ne pouvait être atteint s’il n’y avait pas une accélération de cette baisse.

5. KFF – Canada Willing To Spend $1B On G8 Maternal, Child Health Initiative

http://globalhealth.kff.org/Daily-Reports/2010/June/01/GH-060110-Canada-G8.aspx

Le Canada envisage d’allouer 1 milliard de $ pour la santé maternelle et de l’enfant dans les pays pauvres qui ont les mauvais indicateurs de mortalités maternelle et infantile et de malnutrition. Pour tenir cet engagement, le Canada souhaite que les autres membres du G8 appuient cette Initiative sur la santé maternelle en faisant des dons substantiels.

6. WHO Bulletin – Taskforce on Innovative International Financing for Health Systems: what next?

Mc Coy & Brikci; http://www.who.int/entity/bulletin/volumes/88/6/09-075507/en/index.html

La Taskforce sur le Financement international innovatif des systèmes de santé a été mis en place en 2008. Son but était d’identifier des sources de financement innovatives et additionnelles pour renforcer les systèmes de santé de 49 pays les plus pauvres. La Taskforce a évalué les déficits de financement, proposé des nouvelles sources de financement et des stratégies pour une plus grande efficacité de l’aide. Des problèmes et défis entourent les propositions de la Taskforce. Entre autres, les coûts qui sont agrégés et nécessitent l’estimation au niveau des pays, les mécanismes de financements innovatifs qui insistent peu sur le financement local et la proposition de renforcer les financements privés.

7. BMJ A moment of truth for global health

Richard Feachem, Gavin Yamey, Christina Schrade; http://www.bmj.com/cgi/content/short/340/jun03_3/c2869

La décennie précédente a vu le développement des initiatives globales de santé spécifiques à des maladies ou à des programmes qi ont contribué à une amélioration notable de la santé des populations. Mais, cette opportunité est entrain de se réduire. En effet, les bailleurs ont signifié à l’Afrique que les besoins de financements pour les antirétroviraux (ARV) ne seront pas couverts, le Fonds Global et GAVI ont de sérieuses réductions de budget. L’Espagne a annoncé aussi la réduction de son aide extérieure. La compétition s’annonce donc rude pour les acteurs des programmes SIDA et autre programmes de santé des pays pour s’octroyer l’aide des bailleurs.

Une stratégie rationnelle d’utilisation de chaque dollar s’impose et passe par 4 domaines pour une meilleure compréhension des interconnexions entre les programmes afin de prendre les décisions empiriques, moins focalisées sur les maladies et sur les volontés politiques :

· Une stratégie de financement du système de santé globale telle que les mécanismes de financement novateurs (par exemple la taxe sur les billets d’avion) orientés vers le renforcement des systèmes de santé

· L’utilisation efficiente et rationnelle des fonds avec un meilleur alignement entre les financements et les priorités

· Un cadre plus prévisible de l’aide bilatérale et multilatérale

· Le développement de méthodes de recherche de financement, d’estimation des déficits et d’évaluation de l’impact des financements sur la santé globales

Un momentum vers la santé globale est entrain de se former. Le Fonds Global, GAVI et la Banque mondiale ont créé une plateforme commune pour le renforcement du système de santé et 8 grandes institutions actives dans la santé (le H8) se sont également engagées pour une ‘analyse, synthèse, validation et utilisation des données sanitaires‘.

Si à l’échelle mondiale, l’orientation vers une vision globale du système de santé s’accélère, c’est encore le calme plat au niveau de la plupart des pays. Chaque programme est encore autonome et élabore séparément ses plans pluriannuels et opérationnels. Un dilemme très peu perçu par les pays à faible revenu s’installe aujourd’hui : les bailleurs réduisent l’aide du fait de la crise économique d’une part et les besoins s’augmentent d’autre part du fait de l’accroissement de la population, des nouvelles infections VIH, de la recrudescence de la tuberculose et des formes multirésistantes, de la résistance du Plasmodium aux ACT… Une nouvelle vision des systèmes de santé globaux s’impose. BK

Les pays à faible revenus doivent prendre le taureau par les cornes avant que le cours du temps ne s’impose à eux. Il leur faut décider des programmes prioritaires, améliorer l’efficience du système et négocier avec le parlement, le Ministère des Finances et les bailleurs l’allocation des ressources vers ces activités. DH

8. IIGG – Challenges of global health governance

http://www.cfr.org/publication/22202/challenges_of_global_health_governance.html

working paper (545K PDF),

David P. Fidler, James Louis Calamaras Professor of Law, Indiana University School of Law, USA

La santé internationale est devenue une priorité ces dernières années mais de nombreux déficits persistent dans la gouvernance de la santé internationale créant alors une santé sub-optimale pour les individus et les populations. Ce document examine le paysage de gouvernance de la santé internationale, les capacités des Institutions et recommande les stratégies plus efficaces de mise en œuvre de politiques.

9. Lancet – Sharing public health data: necessary and now

The Lancet; Full Text

La gestion des données sanitaires est le domaine le plus négligé dans le processus de recherche en santé publique ont constaté les participants à une réunion tenue à l’Académie Nationale des Sciences aux Etats-Unis. La vision est le renforcement et le partage d’information. Le problème actuel est que la valorisation de la recherche est liée aujourd’hui uniquement aux publications dans les journaux scientifiques. L’insuffisance du partage des données est inefficiente voire néfaste à la santé et à l’utilisation des données par d’autres scientifiques pour faire d’autres découvertes. Malheureusement, la majeure partie des données est produite dans les pays à faible et moyen revenu et l’analyse et la dissémination des découvertes faites par les chercheurs des pays développés sans un renforcement des capacités locales à la recherche.

MDG

10. ODI Briefing Papers 60 – Economic growth and the MDGs

Claire Melamed, Kate Higgins and Andy Sumner;

http://www.odi.org.uk/resources/details.asp?id=4831&title=economic-growth-mdgs

La croissance est indispensable pour l’atteinte des OMD mais, la distribution des bénéfices de cette croissance est encore plus essentielle pour que les plus pauvres en bénéficient. Ainsi, il faudrait : maximiser la croissance économique et son impact sur le développement humain, assurer une distribution équitable des fruits de la croissance en mettant des politiques spécifiques qui ciblent les plus pauvres pour leur accès aux soins, à l’éducation et à la protection sociale.

En effet, sous l’initiative de la banque Mondiale, tous les pays africains ont élaboré un Plan Stratégique de Réduction de la Pauvreté (PSRP) mais 5 à 6 ans plus tard, les populations s’appauvrissent davantage et les indicateurs de santé restent mauvais. En effet, comme le soulignent cet article, le problème en Afrique sub-saharienne, ce sont les 40 à 50% de la population qui vivent en dessous du seuil de pauvreté et qui ont très peu d’accès aux services sociaux de base. Et même quand les politiques d’exemption sont décrétées, la malgouvernance et la corruption font que l’élite bénéficie plus de ces exemptions que les pauvres initialement ciblés aggravant l’inéquité.

Innovations in health

11. WHO Bulletin – Linking health to microfinance to reduce poverty

Sheila Leatherman & Christopher Dunford; http://www.who.int/bulletin/volumes/88/6/09-071464/en/index.html

Le renforcement des systèmes de santé et l’atteinte des OMD en 2015 constituent les priorités de santé au niveau mondial. L’approche multisectorielle est indispensable et lier la microfinance à la santé est l’une des pistes peu exploitée. Deux raisons justifient l’intérêt de la microfinance pour la santé : les services de santé sont une extension de la sécurité financière et de la protection sociale du client d’une part et les clients en bonne santé permettent aux Institutions de Microfinance d’accroître. Par exemple, l’introduction de l’éducation sanitaire lors des réunions des membres améliore les connaissances et produit des changements de comportement. Des études au Bangladesh, Ouganda, Ghana et en Afrique du Sud ont montré un effet positif des Institutions de microfinance sur l’amélioration des indicateurs de santé des membres.

12. The Price of a Cure? How Big Pharma Can Help Poverty-stricken Populations

http://knowledge.wharton.upenn.edu/article.cfm?articleid=2498

Un plan pour aider les pays pauvres à assurer un traitement aux patients souffrant de maladies tropicales négligées a été élaboré. Ce plan met en place des incitants financiers pour les industries pharmaceutiques en fonction de l’impact que le nouveau médicament a sur les indicateurs de santé internationale. Ce système serait parallèle à la rémunération actuelle par brevet. L’industrie devrait choisir un système ou l’autre. Pour alimenter le plan, les pays contribueront à hauteur de 1% de leurs dépenses en médicaments -6 milliards $/an- qui constitueront le Health Impact Fund. Cet argent sera attribué aux industries pharmaceutiques qui en contre partie accepteront de fabriquer les médicaments à faible coûts pour les pays pauvres.

En effet, les inégalités s’accentuent tous les jours : des 6,8 milliards d’habitants de la planète, 1 milliard sont malnutris, 2 milliard n’ont pas accès aux médicaments de qualité et près d’un milliard manquent d’eau potable. Les négociations sur les droits des médicaments sont faites à huis clos entre les multinationales et les leaders mondiaux privilégiant beaucoup plus ces lobbies. L’OMC favorise les industries pharmaceutiques dont les nouveaux médicaments ont une protection de 20 ans.

One Response to International Health Policies in the news today #68 FR

  1. Dr Francine OUEDRAOGO says:

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