Chers Collègues,

Après deux semaines de répit, une nouvelle année et de bonnes résolutions, nous vous retrouvons avec plaisir pour cette nouvelle sélection de santé internationale, mondiale ou globale – ça dépend de la perspective que vous prenez.  Cette semaine, nous vous proposons un très bon cru. Relevons deux articles, le cadeau d’Obama au Fonds Mondial (6) et ce nouveau fonds pour résoudre, de manière structurelle, le problème de la recherche pour les maladies négligées (9).

Cette semaine, en plus de l’équipe habituelle, nous avons bénéficié de l’appui fort apprécié de deux collègues, Miti Katabaro et Peter S. Hill, pour la sélection des articles. Ils seront à nos côtés pour plusieurs semaines.

Bonne lecture.

David Hercot

La sélection a été réalisée avec l’appui de Kristof Decoster, Josefien Van Olmen & Wim Van Damme


Global Health

1. PLOS – The Global Health System: Actors, Norms, and Expectations in Transition

Nicole A. Szleza´k, Barry R. Bloom, Dean T. Jamison, Gerald T. Keusch, Catherine M. Michaud, Suerie Moon, William C. Clark ; http://www.plosmedicine.org/article/info%3Adoi%2F10.1371%2Fjournal.pmed.1000183

Cet article reprend les changements qui sont en cours dans l’architecture internationale de la santé. Il est le premier d’une série de quatre sur le changement des arrangements institutionnels dans la santé internationale.

Les auteurs soulignent l’émergence d’un nombre toujours plus important de nouveaux acteurs, issus de la société civile, des ONGs, de sociétés privées et de philanthropes, mais également une présence accrue de pays à revenus (faibles et) moyens sur la scène internationale : la Thaïlande, le Kenya ou l’Inde par exemple. Ce qui change également ce sont les relations entre les acteurs. L’émergence de nouveaux partenariats est promu par certains – comme l’OMS – comme les lieux les plus prometteurs de l’action internationale et illustre les changements de jeux de pouvoir.

Cette nouvelle architecture soulève plusieurs questions sur les règles du jeu, notamment sur qui fixe l’agenda international et de chacune de ces entités. La fondation Gates par exemple avec un budget supérieur à celui de l’OMS en 2007 a maintes fois été critiquée pour sa structure de gouvernance.  Ces changements interviennent en parallèle avec des changements dans la nature même des problèmes à traiter : moins de décès d’enfants, plus de maladies non transmissibles, l’influence de la globalisation sur la santé au sens large, l’influence de l’environnement sur la santé. Selon eux, il y a lieu de redéfinir certaines règles. Il faudrait notamment revoir le processus international de définition des priorités, l’amélioration de la prédictibilité de l’aide et la réduction des coûts de transactions, les besoins en recherche et développement et le suivi et l’évaluation. Les autres articles traitent des besoins du système de santé national qui reste à la base de la santé internationale, la meilleure intégration de la recherche et du développement dans les services de santé en partant du cas du paludisme et le dernier traite des conclusions de leur recherche sur les problèmes soulevés ci-avant.

2. Lancet – Neglected tropical diseases—beyond the tipping point?

David H Molyneux ; http://www.lancet.com/journals/lancet/article/PIIS0140-6736(09)61914-0/fulltext

 

La semaine passée, le Lancet a lancé une série sur les maladies tropicales négligées. Leur objectif est de hisser ces pathologies plus haut sur l’agenda international. En effet, ces maladies touchent un milliards d’être humains, essentiellement les plus pauvre et ne bénéficient que d’une infime portion de l’aide internationale et de l’attention de la recherche médicale. Dans le commentaire de la semaine passée, il y avait une liste de points-clés et d’éléments du contexte qui sont repris ci-dessous :

  • Au moins un milliard de personnes, parmi les plus pauvres sur le globe touchés
  • Importance au moins équivalente à la tuberculose et au paludisme
  • <1% de l'aide extérieure au développement de la santé consacrée à cette lutte
  • De grandes sociétés pharmaceutiques donnent à long terme des produits de bonne qualité et efficace
  • Succès établit en tant que plate-forme : Il est possible de définir des stratégies, d’obtenir l'engagement des pays, et de mettre en œuvre à grande échelle rapidement
  • Des effets à large spectre de certains produits donnés, y compris sur l’éducation et la prévention de l'infection à VIH
  • Un traitement à base communautaire et scolaire fournit une plate-forme pour d'autres interventions (moustiquaires imprégnées d'insecticide, vitamine A, prévention du VIH)
  • L’absence de maladies négligées est un droit de l’homme
  • Besoins
    de faire de la recherche sur certains médicaments bien définis et sur des produits de diagnostiques (y compris les outils de surveillance)
  • Les approches régionales pour le financement, les stratégies d'intervention, l'épidémiologie et l’élimination régionale de maladies ciblées
  • Coût extrêmement bas des interventions: Coût par personne par an aussi faible que 0,50 USD, les DALY épargnés les moins chers qui soient et le retour sur investissement en termes économiques parmi les plus haut dans la santé.

 

3. AMEinfo – New upcoming donors in a conference: UAE Hosts Five-Day Global Health Conference

AMEinfo.com

Pour illustrer à quel point l’architecture de la santé internationale se complique, nous vous proposons ce petit rapport d’une conférence organisée dans les Emirats Arabes Unis sur le rôle du Moyen-Orient dans la santé internationale. Les quatre sujets proposés pour ce premier jour de conférence sont les disparités à l’échelle mondiale dans la qualité de vie entre les lieux de vie et entre les sexes par exemple ; les modes de transmission des pandémies ; les pathologies de l’alimentation, la sous et la sur nutrition et les autres pathologies liées au mode de vie ; et la confusion actuelle sur les systèmes de santé qui est un problème épineux dans tous les coins du globe. D’autres thèmes ont été abordés au cours des jours suivant.

4. KFF – Hillary Clinton speech: development central to US foreign policy

http://globalhealth.kff.org/Daily-Reports/2010/January/07/GH-010710-Clinton-Speech.aspx

Lors d’un discours, Hillary Clinton a souligné que le développement allait prendre une place plus prépondérante dans la politique extérieures des Etats unis, à coté de la défense et de la diplomatie. Easterly en a profité pour décortiquer son discours et souligne quelques incohérence de type « tour de Babel », typiques selon lui d’un discours politicien.

La presse a également relevé quelques aspects clés du discours. Tout d’abord, USAID devrait bénéficier d’une plus grande importance y compris un accroissement de ses compétences internes et un moindre recours aux sociétés de conseil. Les priorités qu’elle a citées incluent l’agriculture et la santé. Ensuite, une bonne partie des principes de la déclaration de Paris sur l’efficacité de l’aide se retrouvent dans le discours : harmonisation, alignement et responsabilité mutuelle. Trois sur cinq. Bravo Me Clinton, il y a du progrès mais peut mieux faire. Elle a également souligné l’importance qui sera accordée aux femmes. La aussi espérons que ce ne sera pas juste un « buzz word ».  Elle a confirmé le chiffre de 63 milliards USD qui seront utilisés, outre les maladies prioritaires que sont le SIDA et la Paludisme, pour renforcer les systèmes de santé localement. Bien que ce discours soit bien comme il faut, soulignons que dans la bouche de la chef de la diplomatie américaine, cela fait malgré tout plaisir à entendre.

Health Financing

5. New Vision – How long will we depend on the US for HIV money?

Dr. Freddie Ssengooba ; http://www.newvision.co.ug/D/8/459/706163

Un Enseignant de l’Université de Makerere en Ouganda – L’une de nos institutions partenaires – a écrit un article dans un quotidien de son pays analysant l’influence qu’a eu le PEPFAR sur la relation entre les ONGs et le gouvernement Ougandais. Il  souligne que les ONG ont actuellement toutes les responsabilités et l’argent pour la lutte contre le SIDA, avec de beaux succès enregistrés et la convoitise du gouvernement. Cette situation a créé des distorsions dans le système de santé Ougandais, notamment sur le plan des ressources humaines et l’approvisionnement en ARV. Mais ceci pourrait bien changer avec le nouveau plan stratégique du PEPFAR. Il résume le changement de stratégie du PEPFAR comme suit : de « urgence » et « non-gouvernemental » et « objectifs » à « durabilité » et « gouvernement » et « système de santé ». Ce changement radical va changer fortement la donne et amener la responsabilité de fournir les services au niveau de l’état. Même si l’état Ougandais a déjà progressé dans ce sens, notamment par la création de lignes budgétaires dédiées au SIDA dans chaque ministère, le chemin est encore long pour surmonter toutes les faiblesses de la chaine du système. Mais pour que la stratégie de sortie du PEPFAR réussisse, il faut que les gouvernements se retroussent les manches, choisissent les bons outils et participent à la course en tête car des millions de citoyens ont des vraies raisons de demander des comptes.

6. GFATM – PRESIDENT OBAMA SIGNS $1.05 BILLION CONTRIBUTION TO THE GLOBAL FUND FOR 2010

Communiqué de presse ; http://www.theglobalfund.org/en/pressreleases/?pr=pr_091218

Juste avant Noël, Obama a signé une loi budgétaire qui inclut un cheque de 1,05 milliards de dollars pour le Fonds Mondial. Un cadeau de Noël bienvenu pour le Fon
ds Mondial qui fait fasse à des difficultés financières importantes. D’un autre côté, c’est un signe de plus de la volonté de multilatéraliser l’aide et de transférer les engagements pris par l’administration américaine dans le PEPFAR de Bush à l’ensemble de la communauté des bailleurs.

7. American Journal of Public Health – Schools of Public Health and the Health of the Public: Enhancing the Capabilities of Faculty to Be Influential in Policymaking

Beaufort B. Longest Jr, PhD, and George A. Huber, JD ; http://ajph.aphapublications.org/cgi/reprint/100/1/49

Partant de mesures prises récemment à l'Ecole de Santé Publique de l’Université de Pittsburgh, l'article présente quelques-unes des principales actions que les écoles de santé publique peuvent prendre pour aider leurs facultés à avoir plus d'influence dans la politique de santé publique (et les écueils à éviter) .

Drugs

8. Malaria Journal – Drug procurement, the Global Fund and misguided competition policies

Richard Tren ; Kimberly Hess and Roger Bate ; http://www.malariajournal.com/content/pdf/1475-2875-8-305.pdf

Un article du Journal « Malaria » fait un zoom sur la demande du Fonds Mondial de recourir à des processus d'appel d'offres pour certains achats de médicaments, et évalue de quelle façon cela s’est passé au Kenya et en Ouganda.

9. Lancet – The Health Impact Fund: incentives for improving access to medicines

Amitava Banerjee, Aidan Hollis, Thomas Pogge ; Full Text

La recherche pour les pathologies des plus pauvres a souvent du mal à être financée, quelle que soit son importance épidémiologique à l’échelle mondiale. La recherche d’un médicament est très onéreuse par rapport au cout marginal de production une fois le médicament mis au point. Ceci freine les compagnies pharmaceutiques à développer des molécules pour un public qui n’a pas les moyens de payer les royalties. Pour encourager la recherche, les gouvernements ont mis en place les brevets. Mais ces brevets sont maintenant à leur tour un frein à l’accès pour les plus pauvres suite au renforcement des accords sur la propriété intellectuelle couplées à l’adhésion à l’Organisation Mondiale du Commerce. Différentes initiatives ont été lancées pour tenter de réduire ce problème tel que UNITAID, le PEPFAR, le GFATM, ou d’autres initiatives pour promouvoir la recherche sur les maladies négligées par exemple. Mais les chercheurs de l’Université de Yale proposent ici un modèle institutionnel qui serait profitable à l’échelle mondiale, pour les habitants des pays plus riches comme plus pauvres et offrirait une solution à long terme.

Leur modèle propose aux sociétés pharmaceutiques qui le souhaitent d’opter pour un paiement forfaitaire de leur recherche en renonçant aux bénéfices sur la vente du produit qui pourrait dés lors être vendu pratiquement à prix coutant. Les sociétés qui enregistreraient un produit dans ce modèle bénéficieraient d’une partie d’un fonds qui serait distribué chaque année aux sociétés participantes. Le montant attribué serait proportionnel à l’impact de la molécule sur la santé à l’échelle mondiale. En quelque sorte, au prorata des années de vie sauvée. Ceci stimulerait la recherche pour les plus grands problèmes de santé, quels qu’ils soient, du SIDA aux excès de notre mode de vie et bénéficiant donc à tous. Ce modèle serait bénéfique pour les patients, les contribuables (les financeurs de la santé) et les sociétés pharmaceutiques.

Health Promotion

10.    Lancet – Africa's struggle to be smoke free

Adele Baleta ; Full Text

L’Afrique du Sud a l'intention d'interdire les cigarettes dans tous les stades lors de la prochaine Coupe du monde. Cette initiative est la bienvenue et les voisins africains devraient plus suivre l'exemple de l'Afrique du Sud en matière de lutte contre le tabac. Jusqu'à présent seulement 10% des Africains sont protégés par des lois anti-tabac. Les entreprises multinationales du tabac, dont les intérêts sont importants dans certains pays producteurs de tabac, constituent le plus grand obstacle à un air sans tabac.

Leave a Reply

Your email address will not be published. Required fields are marked *

Please fill in the below * Time limit is exhausted. Please reload the CAPTCHA.